lundi 26 juin 2017

[podcast] 1984 : la littérature prophétique

Concordance des temps, émission animée et produite par Jean-Noël Jeanneney, sur France Culture, a consacré son numéro du 24 juin 2017 à "La littérature prophétique".
Au menu de cette émission George Orwell et son oeuvre maîtresse 1984 mais sont aussi évoqués Albert Robida, Louis-Sébastien Mercier, Jules Verne, HG Wells, Capitaine Danrit ou Franz Kafka.

L'émission comprend diverses archives:

- Lecture de 1984 de George ORWELL par Daniel TARRARE, lu dans l’émission « Après-midi spécial » de Marion THIBA, sur France Culture, le 17 juin 1995.
- Extrait d'une émission à la mémoire d’Albert ROBIDA par Jean CALVEL, le 30 octobre 1951.
- Lecture par Jean DESAILLY d’un extrait de Autour de la lune de Jules VERNE (1870) dans un enregistrement sur disque de 1959.
- Lecture d’un extrait du Procès de KAFKA, lu par Guillaume GALLIENNE dans son émission « ça peut pas faire de mal », sur France Inter, le 9 juin 2012.
- Lecture par Hervé PIERRE d’un extrait de 1984 de George ORWELL, lu dans l’émission « Tire ta langue », d’Antoine PERRAUD,, sur France Culture, le 23 septembre 2003.

Deux citations contradictoires dans l'introduction de cette émission donnent à réfléchir: 

« A force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver»
Michel Simon

« La littérature prévient les dangers, oui, mais au sens où elle alerte sur une catastrophe qui, précisément, parce qu’on en a été alerté, ne vient jamais comme on l’avait imaginé»
Patrick Boucheron


ArchéoSF vous propose de retrouver le podcast de ce numéro :


mercredi 21 juin 2017

Hector Berlioz, Euphonia ou la ville musicale (1844 - 1852) (2)

Le compositeur Hector Berlioz a beaucoup écrit et parmi ses textes se trouve la nouvelle Euphonia ou la ville musicale, nouvelle de l'avenir recueillie dans Les Soirées de l'orchestre (1852) qui est une version plus courte de la première publication datant de 1844. ArchéoSF vous invite à lire la deuxième partie de cette nouvelle épistolaire se déroulant en 2344 !

Pour (re)lire la première partie, cliquez ICI

DEUXIÈME LETTRE.
Sicile, 8 juin 2344.
DU MÊME AU MÊME.
Quel martyre notre ministre m’a infligé ! Rester ainsi en Italie, retenu par ma parole, trop légèrement donnée, de n’en point sortir avant d’avoir engagé le nombre de chanteurs qui nous manquent, quand le moindre navire me transporterait à travers les airs aux lieux où est ma vie !... Mais pourquoi son silence ?... Je suis bien malheureux ! Et m’occuper de musique dans cet état de brûlant vertige, avec ce trouble de tous les sens, au milieu de cet orageux conflit de mille douleurs !... Il le faut cependant. O mon ami, le culte de l’art n’est un bonheur que pour les âmes sereines ; je le sens bien à l’indifférence et au dégoût que j’éprouve à l’égard des choses mêmes qui, pour moi, furent en d’autres temps des objets d’un si haut intérêt. N’importe ! Continuons ma tâche.
Sachant la mission dont je suis chargé et mes fonctions à Euphonia, les membres de l’Académie sicilienne m’ont écrit ce matin pour me demander des renseignements sur l’organisation de notre ville musicale ; ils ont beaucoup entendu parler d’elle, mais aucun d’eux cependant, malgré l’excessive facilité des voyages, n’a encore eu la curiosité de la visiter. Envoie-moi donc, par le prochain courrier, un exemplaire de notre charte, avec une description succincte de la cité conservatrice du grand art que nous adorons. J’irai lire l’une et l’autre à la docte assemblée ; je veux me donner le plaisir de voir de près l’étonnement de ces braves académiciens qui sont si loin de savoir ce qu’est la musique.
Je ne t’ai rien dit des concerts ni des festivals en Italie, par la raison que ces solennités y sont tout à fait inusitées ; elles n’exciteraient parmi les populations aucune sympathie, et leur exécution, en tout cas, ne pourrait différer beaucoup de celle que j’ai observée dans les théâtres. Quant à la musique religieuse, il n’y en a pas davantage, eu égard aux idées que nous avons et que nous réalisons si grandement sur l’application de toutes les ressources de l’art au service divin. Les derniers papes ayant prohibé dans les églises toute autre musique que celle des anciens maîtres de la chapelle Sixtine, tels que Palestrina et Allegri, ont, par cette grave décision, fait disparaître à tout jamais le scandale dont se plaignaient si amèrement, il y a quelques siècles, les écrivains dont l’opinion nous paraît avoir eu de la valeur. On ne joue plus, il est vrai, des concertos de violon pendant la messe, on n’y entend plus des cavatines chantées en voix de fausset par un homme entier, l’organiste n’exécute plus des fugues grotesques ni des ouvertures d’opéras bouffons ; mais il n’en faut pas moins regretter que cette expulsion, trop bien motivée, de tant de monstruosités choquantes et ridicules, ait entraîné celle des productions nobles et élevées de l’art. Ces œuvres de Palestrina ne sauraient être pour nous, ni pour quiconque possède la connaissance aujourd’hui vulgaire du vrai style sacré, des œuvres complètement musicales, ni absolument religieuses. Ce sont des tissus d’accords consonants dont la trame est quelquefois curieuse pour les yeux ou pour l’esprit, en considérant les difficultés dont l’auteur s’est amusé à trouver la solution, dont l’effet doux et calme sur l’oreille fait naître souvent une profonde rêverie ; mais ce n’est point là la musique complète, puisqu’elle ne demande rien à la mélodie, à l’expression, au rythme ni à l’instrumentation. Les savants siciliens seront fort surpris, j’imagine, d’apprendre avec quel soin il est défendu dans nos écoles de considérer ces puérilités de contre-point autrement que comme des exercices, de voir en elles un but au lieu d’un moyen de l’art, et, en les prenant ainsi au sérieux, de transformer les partitions en tables de logarithmes ou en échiquiers. En résumé cependant, s’il est regrettable qu’on ne puisse entendre dans les églises que des harmonies vocales calmes, au moins faut-il se féliciter de la destruction du style effronté, qui a été le résultat de cette décision. Entre deux maux, estimons-nous heureux de n’avoir que le moindre. Les papes, d’ailleurs, ont permis depuis longtemps aux femmes de chanter dans les temples, pensant que leur présence et leur participation au service religieux n’avaient rien que de naturel, et devaient paraître infiniment plus morales que le barbare usage de la castration, toléré et encouragé même par leurs prédécesseurs. Il a fallu des siècles pour découvrir cela ! Autrefois il était bien permis aux femmes de chanter pendant l’office divin, mais à la condition pour elles de chanter mal ; dès que leurs connaissances de l’art leur permettaient de chanter bien et de figurer en conséquence dans un chœur artistement organisé, défense était faite aux compositeurs de les y employer. Il semble, en lisant l’histoire, que dans certains moments notre art ait eu à subir l’influence despotique de l’idiotisme et de la folie.
Les chœurs des églises d’Italie sont en général peu nombreux ; ils se composent de vingt à trente voix au plus, aux jours des grandes solennités. Les choristes m’ont paru assez bien choisis ; ils chantent sans nuances, il est vrai, mais juste et avec ensemble ; et il faut évidemment les placer à part fort au-dessus des malheureux braillards des théâtres, dont je m’abstiens de te parler.
Adieu, je te quitte pour écrire encore à Mina ; serai-je plus heureux cette fois, et me répondra-t-elle enfin ?
Ton ami,
XILEF.

 A suivre !

mercredi 14 juin 2017

Amiens à l'heure Steampunk ! Tous à la Steamhouse !

 Le 17 juin, Amiens se met à l'heure "steampunk"! 
Toutes les animations sont gratuites ainsi que l'accès à la Maison Jules Verne de 19h à 23h.
D'abord genre littéraire né dans les années 1980, le Steampunk est devenu un mouvement incontournable englobant dans son esthétique particulière la musique, la bande dessinée, les mangas, le cinéma, les jeux vidéo… Le Steampunk, c'est avant tout l'héritier de Jules Verne : l'écrivain se place avec H.G Wells dans les références majeures du genre depuis ses débuts. On retrouve en effet des éléments caractéristiques de l'œuvre de Jules Verne dans l'univers Steampunk : le contexte du XIXe siècle bien sûr, mais aussi les machines extraordinaires, les voyages, l'utilisation des sciences et l'esprit d'aventure !

Il était donc naturel que la Maison de Jules Verne l'accueille dans ses murs !

A l'occasion de cette soirée très spéciale, la Maison de Jules Verne devient Steamhouse, la Maison à vapeur, lieu de rencontre de tous les vaporistes d'ici et d'ailleurs … personnages et objets issus de l'univers Steampunk ont trouvé leur place chez Jules Verne !


Animations de la journée:

Programme pour la Médiathèque d'Amiens (Bibliothèque Louis Aragon, rue de la République), entrée gratuite

14h-15h30 : atelier de création Steampunk avec Henri Michaels

15h30-16h30: table ronde co-animée avec Anaïs et Romain sur la culture Steampunk en présence d'Henri Michaels, Julien Hirts, Arthur Morgan (co-auteur du Guide Steampunk), Philippe Ethuin (directeur de la collection ArchéoSF, anthologiste de Le Passé à vapeur, anthologie proto-steampunk)

16h30-17h30 : séance de dédicaces avec les auteurs

19h00 : Ouverture de la Steamhouse !

Maison Jules Verne, rue Charles Dubois, Amiens, entrée gratuite 19h00-23h00 (attention, dernière entrée à 22h30)

Séances photos avec la Guilde Dòl Hròkr dans la cabine du navire (étage) avec prêt de costumes Steampunk
Session de "duels de thé" avec le Blackstorm dans la verrière (rez-de-chaussée)
Contes et lectures avec le Blackstorm
Stand de création Steampunk (bijoux) avec Olkenheim Craft
Déambulation des troupes Steampunk de la Guilde Dòl Hròkr avec le Blackstorm
Stands dédicaces avec Emilie Dumoulin (illustratrice) et Julien Hirt (auteur) de La Ville des mystères, Arthur Morgan (co-auteur du Guide du Steampunk) et Philippe Ethuin (collection ArchéoSF).

Expositions:
Oeuvres Steampunks avec Henri Michaels et Julien de Hurtez dans toute la Maison Jules Verne
Cabinet de curiosité du Blackstorm

jeudi 8 juin 2017

Henry Maret, Carnet d'un sauvage ou la critique de la vitesse (1910)

Dans son « Carnet d'un Sauvage », le député et homme politique Henry Maret fait la critique de la vitesse en se projetant dans le futur :

Carnet d'un sauvage

Dans un des manuels scolaires de l'an 2000, vous ne manquerez pas, si vous vivez encore, ce que je vous souhaite de tout mon cœur, de lire les lignes suivantes :

« En ce temps-là une nouvelle épidémie se répandit par le monde. On rappela la maladie de la vitesse. Tout d'un coup les hommes étaient saisis comme d'un vertige. On les voyait sans raison se dépêcher, se dépêcher. Les uns montaient dans de grosses machines, qu'ils avaient inventées pour les porter plus rapidement d'un point à un autre, où, d'ailleurs, les trois quarts du temps ils n'avaient que faire. Les autres, non contents de circuler sur la terre et les mers, et ayant remarqué que les hirondelles traversaient l'air avec une surprenante vélocité, s'étaient demandé pourquoi ils ne seraient pas aussi habiles que les hirondelles, et ils s'étaient mis à voler dans toutes les directions. »
« Jamais la rage de se casser les reins n'avait atteint de pareilles proportions, car tous les jours on enregistrait des morts tragiques. Les humains se culbutaient les uns sur les autres avec la conviction que ce n'était pas la peine d'avoir une vie, si ce n'était pour la perdre : et tandis que certains d'entre eux étudiaient pour la prolonger, le grand nombre ne cherchait qu'à la détruire. »
« Les ravages causés par cette singulière épidémie dépassèrent de beaucoup ceux de la peste noire et du choléra asiatique. Cette folie dura jusqu'à ce que, la population diminuant considérablement, quelques philosophes mirent au concours la question de savoir s'il était bien utile d'aller aussi vite pour arriver à la fin de son existence, et si cela constituait un véritable progrès. Ces philosophes commencèrent par être conspués, et l'on en mit plusieurs en croix pour leur apprendre à vivre. Après quoi on reconnut qu'ils ne parlaient point sans raison.
Et l'humanité guérit. »

Henry Maret (1837-1917), « Carnet d'un sauvage », in Le Journal n° 6583, 5 octobre 1910

lundi 22 mai 2017

les Mystères de Coat-er-Urlo (1923)

Les périodiques recèlent de nombreuses petites pépites conjecturales qui restent largement inconnues. Sous le titre Les Mystères de Coat-er-urlo un feuilleton en sept épisodes paraît dans la revue les Petits bonshommes dirigée alors par Roland Gagey (1900-1976) du n° 41 au n° 47 (17 novembre - 29 décembre). Le nom de Roland Gagey n'est pas inconnu des amateurs de littérature érotique ancienne, ses ouvrages lui valant de nombreuses condamnations. Anticlérical et libre penseur il publia de nombreux livres. 


Mais Les Petits Bonshommes ne relève pas de ces domaines. Il s'agit d'un périodique pour la jeunesse dont le premier numéro paraît le 1er janvier 1911. Au départ bimensuel (parution le 1er et le 15 puis le 25 du mois), la revue connaît une interruption pendant la première guerre mondiale), il semble devenir hebdomadaire en 1922 au moment de sa reparution. 
Le texte des Mystères de Coat-er-Urlo est anonyme mais les illustrations sont de Raymond Cazanave. La même année les Petits Bonshommes publie un autre feuilleton inspiré par la Bretagne "Le circuit de Paimpol". La revue comporte des contes, des nouvelles, des anecdotes historiques et des pages de jeux.


Les Mystères de Coat-er-Urlo semble le seul feuilleton conjectural publié dans Les Petits Bonshommes. Jamais repris parce que totalement oublié, le texte est désormais disponible dans la collection ArchéoSF (parution le 14 juin 2017).

Le vagabond Jean-Marie est recruté par le vieux savant Trégourec pour servir de cobaye humain au cours de ses expériences sur l'invisibilité. Alors que de nombreux textes des Petits Bonshommes relèvent du fantastique et du merveilleux, Les Mystères de Coat-er-Urlo est un feuilleton de pure science-fiction car l'invisibilité est scientifiquement rendue possible par des procédés scientifiques.

Comme pour le savant Victor Frankenstein, la créature échappe à son créateur. Rien de dramatique néanmoins: le vagabond utilise son invisibilité pour mener quelques larcins et jouer de bons tours aux paysans du bocage breton. Mais le savant Trégourec a une arme, soufflée par sa nièce, la bonne fée Sylvette, qui va rendre difficile la vie de brigandage de Jean-Marie. tel est pris qui croyait prendre!





samedi 20 mai 2017

Jean Trubert, L'Age de pierre (1934)

Le dessin préhistorique n'a cessé de mettre en scène de petits dialogues humoristiques. Jean Trubert propose dans le numéro 265 de Ric et Rac (7 avril 1934) ce dessin:


samedi 13 mai 2017

Phil, dessin préhistorique (1933)

Dans le n° 247 de Ric et Rac daté du 2 décembre 1933, le dessinateur Phil publie ce dessin humoristique sur le thème préhistorique:


Phil a proposé plusieurs dessins préhistoriques comme L'Escalier préhistorique ou La Belle époque. Ric et Rac est riche en dessins conjecturaux souvent dans cette veine humoristique (voir les autres billets consacrés à Ric et Rac).

jeudi 11 mai 2017

[Précommande] Futurs de province, l'anthologie

Futurs de province regroupe quatorze anticipations de l'avenir régional. Au sommaire: Amiens (80), Flers (61), Grenoble (38), Lyon (69), Marseille (13), Nantes (44), Poitiers (86), Rouen (76), Tarbes (65), Toulouse (31), Vienne (38).
Toutes ces villes ont eu leurs anticipateurs.
Alors, hors de Paris pas d’avenir ? Futurs de province vous offre quatorze preuves du contraire. Se projetant dans l’avenir, cinquante ans en avant pour les plus timides, mille ans pour les plus audacieux, ces textes rassemblés pour la première fois nous parlent d’urbanisme, d’économie, de démographie, d’industrie, de sport…
Ils nous font entrer dans l’imaginaire de défricheurs provinciaux de l’avenir, parfois célèbres tel Jules Verne, souvent oubliés pour les autres.
Pour Amiens, Flers, Grenoble, Lyon, Marseille, Nantes, Poitiers, Rouen, Tarbes, Toulouse, Vienne — petites et grandes capitales régionales — c’est le rêve d’un futur radieux loin de la métropole parisienne.
La province, doux lieu de l’utopie !

Ouvrage en précommande, parution le 14 juin 2017, disponible en version numérique et papier (la version papier donne accès gratuitement à la version numérique)

Sommaire complet:

samedi 6 mai 2017

Georges-Michel Birgel, Resquille (1935)

Quand des voyageurs tentent d'aller sur la Lune avec un billet pour ... Lunéville !



Birgel, "Resquille", Ric et Rac n° 347, 2 novembre 1935

mardi 2 mai 2017

Festivals et salons 2017

ArchéoSF est une collection créée en 2011 (voir le catalogue en ligne). Elle compte plus de 40 titres en numérique et près d'une dizaine au format papier. ArchéoSF est éditée par Publie.net. Elle réédite des anticipations, des aventures extraordinaires, des utopies, des uchronies, des histoires de savants fous, des récits préhistoriques, des anthologies, des voyages dans le temps, des histoires oubliées…



En 2017, ArchéoSF sera présente aux festivals et salons suivants:

17 juin 2017: Steamhouse à Amiens. Sur le site de la Médiathèque Louis Aragon (rue de la République): 15h30-16h30 : table ronde sur la culture Steampunk puis 16h30-17h30: rencontre autour du stand ArchéoSF
A la Maison Jules Verne (rue Charles Dubois) de 19h à 23h: stand ArchéoSF


26 août 2017: Salon du Livre & de l'Art de Callac (Côtes d'Armor) de 10h à 18h, salle des fêtes de Callac, place du 9 avril 1944. Plus d'information sur le site de l'association Callac Culture.

21 et 22 octobre 2017: festival Scorfel (Lannion (Côtes d'Armor), salle des ursulines. Plus d'information sur le site Scorfel.

25 novembre 2017: 14ème rencontres de l'imaginaire de Sèvres (92), Le Sel – 47 Grande-Rue de 10 h 30 à 18 h 30.


D'autres dates à venir !

[mise en ligne le 02/05/2017]
[dernière mise à jour le 13/06/2017]






Le site ArchéoSF a été nominé en 2012 pour le Grand Prix de l'Imaginaire (catégorie Prix spécial)
L'anthologie Les Autres vies de Napoléon Bonaparte. Uchronies & histoires secrètes a été nominée en 2016 pour le prix ActuSF de l'uchronie (catégorie Prix spécial)



samedi 29 avril 2017

Dubout, Aux Arts ménager (1935)

Albert Dubout a livré quelques dessins conjecturaux comme cette caricature ayant trait au salon des Arts ménagers :

Dubout, "Aux Arts ménagers", Ric et Rac, n° 308, 3 février 1935

samedi 22 avril 2017

Bogislas, Déjà ! (dessin préhistorique), 1935

Le dessin d'humour à thème préhistorique se retrouve régulièrement dans le périodique Ric et Rac. En voici un exemple avec Bogislas dans le n° 348 du 9 novembre 1935:


jeudi 6 avril 2017

Square Rosny Aîné, 13ème arrondissement Paris

Le square Rosny aîné dans le XIIIème arrondissement de Paris semble bien être le seul odonyme rendant hommage à ce si grand contributeur à la littérature d'imagination scientifique. Un arrêté du 21 mai 1956 attribua au square ce nom mais c'est lors de la séance du Conseil municipal de Paris des 22-23 mars 1956 (compte-rendu publié dans le Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 3 avril 1956 ) que la proposition fut adoptée.




M. Roger Rigaud était le rapporteur de la 3ème commission chargée de la dénomination des voies.

 Il défend ainsi la proposition de donner le nom de Rosny Aîné à un square nouvellement créé :


Une dernière voie a été ouverte dans le 13e arrondissement.
C'est une voie qui dessert le groupe d'immeubles sis rue du Docteur-Bourneville, près l'avenue de la Porte-d'Italie. Je vous propose de lui donner le nom de square Rosny-Aîné. J.-H. Rosny naquit à Bruxelles, en 1856, et décéda à Paris le 15 février 1940 à son domicile, 47, rue de Rennes. Membre fondateur, puis président de l'académie Goncourt, il fut aussi président de la Société des gens de lettres de France. Il était Grand officier de la Légion d'honneur. Rosny aîné a publié au cours de sa longue carrière plus de 80 romans et de nombreux souvenirs de sa vie littéraire et artistique, des études historiques et des chroniques. L'auteur de « Nell Horn » a été un novateur en créant un genre littéraire nouveau : l'épopée de la préhistoire avec ces romans intitulés : « La Guerre de feu », « Le Félin géant », « Helgvor du Fleuve bleu » dont de nombreux extraits figurent dans les manuels scolaires. Rosny aîné est considéré également comme l'un des précurseurs de la littérature d'anticipation scientifique avec ses romans : « La Mort de la terre », « La Force mystérieuse », « Les Xipehuz », « Les Navigateurs de l'infini », etc... Ses essais de philosophie scientifique : « Le Pluralisme » et « Les Sciences et le Pluralisme » furent très remarqués et firent l'objet de rapports et communications à l'Académie des sciences. En 1947, un an après l'inauguration d'une plaque commémorative — le 7 avril 1946 — devant la maison de la rue de Rennes qu'habita pendant trente ans Rosny aîné et où il mourut le 15 février 1940, un comité d'honneur a été constitué en vue de donner le nom de Rosny aîné à une voie de Paris. Ce comité comprend de hautes personnalités : M. Edouard Herriot, président d'honneur de l'Assemblée nationale ; MM. Georges Lecomte, secrétaire perpétuel de l'Académie française, François Mauriac, Pierre Brisson, le regretté Emile Borel, ancien ministre, membre de l'Institut, Francis Perrin, haut-commissaire à l'Energie atomique, les membres de l'académie Goncourt, M. Paul Vialar, président de la Société des gens de lettres. D'autre part, en 1947, une pétition de M. le Maire du 6e arrondissement avait également demandé, au nom de la famille Rosny, que le nom de ce grand écrivain entra dans la toponymie de la capitale. M. Laborowski, 3, rue Palatine (6° arronndissement), l'avait également réclamé en 1947, Plus récemment, le 26 mai 1954, M. Borel-Rosny, 9, rue du Dragon (6° arrondissement), en faisait aussi la demande, au nom des amis de M. Rosny aîné. 

 Plaque du square Rosny Aîné:




mardi 4 avril 2017

René de Planhol, Le Désastre (fragment d'une histoire future), 1930 (1/2)

En préparant la présentation du pamphlet Le Désastre de René de Planhol, je suis tombé sur cet article du Monde consacré à son fils Xavier de Planhol, grand géographe disparu en 2016:

Son père, René (1889­-1940), revenu blessé de la Grande Guerre, se chargea de l’éducation de son fils unique, qui fréquenta juste le temps d’une année scolaire le lycée de Clamecy (Nièvre), commune bourguignonne où il grandit « entre les livres », selon sa propre formule.
C’est là que ses parents se retirent dès 1930, quittant Paris et leur appartement de la porte Maillot, en face du domicile personnel de Raymond Poincaré, que le petit garçon voit passer, « rare souvenir parisien des toutes premières années ». Le père, qui a lancé en 1927 une revue mensuelle, littéraire et politique, La Nouvelle Lanterne, dont il est l’unique rédacteur, transmet à l’enfant une double tradition familiale : monarchiste, mais détachée de toute pratique catholique, et dreyfusienne – le tuteur de René de Planhol, Edgar Demange, avocat pénaliste, défendit le capitaine Dreyfus dès 1894 ! Ce qui explique que le publiciste, auteur d’un virulent essai, Le Monde à l’envers (1932), à bien des égards proche de l’Action française, ne collabora jamais à la publication de Charles Maurras, malgré leur proximité de vues.

Cet extrait m'a éveillé ma curiosité car il m'avait semblé que René de Planhol était bien plus proche de l'Action française. Après quelques recherches, il en effet pas niable que René de Planhol fut un collaborateur de l'Action française et de ses publications satellites. Il est assez étrange de vouloir dédouaner son fils de lien avec une idéologie paternelle en recourant à la réécriture d'une histoire familiale. Après tout, il n'est nullement comptable des choix politiques de son père...
Ce ne serait pas si "grave" si cet article n'apparaissait pas dans les premiers résultats d'une recherche Google "René de Planhol". Il faut donc rétablir la vérité et apporter quelques preuves...

Dans le n° 210 du 6 août 1940, Charles Maurras lui-même rappelle avec force de louanges la publication, vieille de dix ans du Désastre et y montre, selon lui, les qualités de visionnaire de René de Planhol:


Si Edgar Demange fut bien l'un des avocats du capitaine Deryfus, il défendit aussi le marquis de Morès, fondateur avec Edouard Drumont de la Ligue antisémitique de France, qui tua en duel un capitaine juif de l'armée nommé Armand Meyer. En faire un Dreyfusard est un peu une extrapolation, il n'a fait que son métier d'avocat...René de Planhol fut bien plus proche de l'Action française (ce que nie l'article du Monde) comme en témoigne la notice nécrologique parue dans l'Action française du 1er novembre 1940:

Quant à prétendre que René de Planhol "ne collabora jamais à la publication de Charles Maurras" il suffit de consulter la collection du périodique sur Gallica pour constater que c'est une affirmation totalement fausse: nous ne relèverons qu'un article (signature de rené de Planhol dans le n° 149 du 29 mai 1921:

On trouvera d'autres articles notamment sur la littérature signés par René de Planhol dans l'Action française.
De même, sa signature apparaît dans l'Almanach de l'Action française pour l'année 1929 avec un article "Fragments des mémoires secrets de M. Poincaré" et l'on pouvait acheter à la Librairie d'Action française ses oeuvres. 


Si la pratique religieuse de René de Planhol fut peut-être nulle (rien ne l'infirme ni ne l'atteste), il n'en reste pas moins que sa haine de la République trouve une partie de ses fondements dans l'anticléricalisme des Républicains qu'il combat:




Extrait de l'article de Juliette Rennes,  "L'argument de la décadence dans les pamphlets d'extrême droite des années 1930", in Mots, Volume 58, n° 1, 1999

Ceci posé (et au passage la vérité rétablie), il est plus aisé de cerner les motivations idéologiques de René de Planhol quand il écrit Désastre (fragment d'une histoire future) en 1930. (à suivre!)







dimanche 2 avril 2017

[Révélation] Albert Bailly n'aurait jamais dû recevoir le prix Jules Verne en 1929 !

Il est communément admis que le roman d'Albert Bailly L'Ether alpha lauréat du Prix Jules Verne en 1929 a d'abord été publié dans Lectures pour Tous puis repris en volume dans la collection Prix Jules Verne aux éditions Hachette avant d'être édité dans la collection Bibliothèque de la jeunesse.
Les amateurs de nids à poussières proposent un intéressant article consacré à l'oeuvre conjecturale d'Albert Bailly et Jean-Luc Boutel un long article sur L'Ether Alpha.





Pourtant Albert Bailly n'aurait jamais dû recevoir ce prix !
En effet le règlement précise :

Le roman serait-il trop court ou trop long? Le problème n'est pas là: ce roman n'est pas inédit. Plus encore: il est écourté !
En réalité L'Ether Alpha, raccourci pour être conforme au règlement du Prix Jules Verne, n'est que la reprise du roman-feuilleton Le Baiser de l'infini paru dans Le Figaro en 1928.

Lors de la publication dans le quotidien, une citation de Charles Nordmann est mise en exergue:



Le raccourcissement du texte apparaît dès le premier chapitre:


Début du roman Le Baiser de l'infini, version Le Figaro, 1928.

Début du roman L'Ether-alpha, version Lectures pour tous, 1929.

 Fin du roman Le Baiser de l'infini, version Le Figaro, 1928.
Fin du roman L'Ether-alpha, version Lectures pour tous, 1929.

La disposition des paragraphes changent mais le texte de la fin du roman est conforme dans les deux éditions.
Le titre original reprend les derniers mots du roman alors que la publication dans Lectures pour tous a pour titre le nom de l'engin.







samedi 1 avril 2017

Robinson, La machine à s'obliger à plonger (1935)

Robinson (?) donne ce dessin avec une amusante machine qui oblige son inventeur à plonger dans l'eau.



Ric et Rac, n° 350, 23 novembre 1935

samedi 25 mars 2017

Marcel Prangey, La fabrication automatique des voitures (1935)

Marcel Prangey a donné quelques dessins conjecturaux.  Il s'amuse ici du machinisme échevelé qui ne va pas sans causer quelques problèmes en cas de dysfonctionnement !



Marcel Prangey, "La fabrication automatique des voitures" in Ric et Rac n° 352 daté du 7 décembre 1935

A lire sur ArchéoSF:

samedi 18 mars 2017

Dubout, Blanchisserie moderne (1935)

Albert Dubout nous montre une blanchisserie moderne utilisée à des fins différentes de ce que l'on pourrait attendre!



Dubout, "Blanchisserie moderne", Ric et Rac n° 350, 23 novembre 1935

mercredi 15 mars 2017

Clément Vautel, Du pain sur la planche (1940)

Clément Vautel a livré plusieurs textes conjecturaux. Dans l'article qui suit il rapporte les commentaires de Frédéric Joliot-Curie lors de la projection de films d'anticipation au musée de l'Homme en 1940. Le conservateur Clément Vautel fait part de ses réflexions sur le progrès humain et sur la possibilité de quitter une planète Terre épuisée pour conquérir d'autres mondes.

MON FILM : DU PAIN SUR LA PLANCHE

Des films d'« anticipations » — genre facile — viennent d'être présentés au musée de l'Homme, et M. Joliot-Curie les a accompagnés de commentaires. Étant un savant, il n'a pas manqué de proclamer que la science était la meilleure des choses. (A vrai dire, tous les savants ne sont pas de cet avis-là)
L'homme n'a guère que quarante ou cinquante mille ans, a déclaré M. Joliot-Curie, mille générations au total. Et malgré tous les malheurs présents, n'a-t-il pas une vie plus facile que l'homme préhistorique ?
Personne ne peut préciser, même à dix mille ans près, la date à laquelle est apparu, sur la terre, le premier de ces messieurs, suivi sans doute de très près par the first lady in the World ! N'importe, admettons la chronologie de M. Joliot-Curie et disons-nous :
Nous avons tout de même progressé depuis quatre ou cinq cents siècles. Ah ! l'humanité n'a pas gâché son temps !
Seulement, qu'elle continue à progresser dans le même sens et nous finirons par nous retrouver à l'âge des cavernes. Nous y sommes déjà un peu. Nos cavernes sont perfectionnées — casemates de la ligne Maginot, caves-abris, etc. Mais c'est un revenez-y au genre d'existence qu'on menait aux âges préhistoriques. Encore les hommes de ce temps-là ne se battaient qu'avec des haches de silex — les veinards ! — et les femmes, si elles étaient déjà vêtues de peaux de bêtes, ne portaient pas du vulgaire lapin.
Un film de H. G. Wells, a inspiré à M. Joliot-Curie des propos très intéressants sur nos futures relations avec les autres mondes. Ça commencera par l'envoi d'un projectile dans la lune. Charmante façon de faire connaissance avec notre blonde voisine ! Jules Verne y avait déjà pensé, mais son obus capitonné transportait Nadar, spirituel Parisien bien fait pour arranger les choses après une si discourtoise prise de contact.
Puis nous nous occuperons des planètes. Pourquoi chercherons-nous à entrer en relations avec ces sœurs célestes qui sont tout de même des parentes éloignées ?
Parce que, a dit M. Joliot-Curie, la terre aura un jour épuisé ses ressources d'énergie.
La vie biologique n'y sera plus possible. Si l'on désire conserver la race, il faut envisager un départ pour les autres planètes.
Oui, mais voilà, faut-il conserver la race ?
Au surplus, la théorie de l' « espace vital » — M. Joliot-Curie l'a empruntée, me semble-t-il — ne sera peut-être pas admise par les planètes. Et voilà la guerre allumée. La première guerre intermondiale !
Elle aura, quoi qu'il arrive, cet heureux résultat : les Terriens cesseront de se battre entre eux comme des idiots.

Clément Vautel, « Mon film. Du pain sur la planche », Le Journal, n°17282, 13 février 1940

A lire sur ArchéoSF:
Clément Vautel, Londres en l'an 2000
Clément Vautel, Les villes de l'avenir
Clément Vautel, Comment voyez-vous Paris dans cinquante ans?
Clément Vautel, La Grève des bourgeois
Clément Vautel, Le féminisme en 1958
 
Pour aller plus loin:
Les Nouvelles conjecturales de Clément Vautel dans Galaxies Science Fiction n° 15
Laurent Joly, « Le préjugé antisémite entre « bon sens » et humour gaulois. Clément Vautel (1876-1954), chroniqueur et romancier populaire », Archives juives, 2010/1, volume 43 (lire en ligne)

samedi 11 mars 2017

Haro, Télévision (1937)

Le visiophone a été anticipé dès la naissance de la télévision. Haro imagine une consultation médicale à distance en 1937 dans Ric et Rac n° 422 daté du 10 avril 1937 :

samedi 4 mars 2017

Dubout, La machine à faire des omelettes (1937)

L'illustrateur Albert Dubout a collaboré à de nombreux périodiques et a parfois livré des dessins conjecturaux comme celui représentant une machine à faire des omelettes publié dans Ric et Rac n° 427 daté du12 mai 1937.


mercredi 22 février 2017

Varé, en 2037 (1937)

Le thème du dernier piéton a connu un certain succès au début du XXe siècle. On imaginait que plus personne en marcherait, utilisant des trottoirs roulants, des automobiles, des ballons ou des aéroplanes. Dans Ric et Rac n° 429 daté du 26 mai 1937, le dessinateur Varé nous livre sa vision de l'an 2037 sur ce thème...


A lire:
Markous, Quand on aura oublié de marcher (1909) (lire en ligne)

L’espèce rare des piétons sous le joug d’un nouvel impôt en 1997" publié dans la  Revue du Touring-Club de France (1897) (lire en ligne)

Jean Goudezki, sous le pseudonyme de X. Jeune-Sépaki, Un clou pour l’exposition de 1950, L’homme à pied, in Almanach catholique de Roubaix, 1899 recueilli dans l'anthologie En 1950


Fel, "Les Derniers pas de l'homme", « Temps futurs », publié dans La Tribune de Lausanne, n°285, 14 octobre 1921. (lire en ligne)

samedi 18 février 2017

Charles du Biez, Le Phonographe (1893)

"Le Phonographe" fait partie de ces multiples de ces multiples textes oubliés et qui pourrait passer tout à fait inaperçus. Pourtant il propose une date anticipée (1950 pour une date de publication en 1893) et une utilisation du phonographe pour des usages domestiques qui ont certes eu lieu mais pas dans les conditions décrites dans la nouvelle ce qui présente donc une extrapolation qui mérite d'être retenue.



LE PHONOGRAPHE

à Paul Bourget

M. Besmier est étendu sur son dernier lit, jaune entre quatre cierges jaunes, au milieu des fleurs.
Non loin de lui, anéantie au fond d'un grand fauteuil, sa veuve, une septuagénaire aux cheveux blancs, regarde obstinément le feu qui danse dans la cheminée, et froisse dans ses mains son mouchoir humide de larmes.
Elle a dû être très belle dans son temps, la bonne vieille dame, mais les ans ont passé sur elle, courbant sa taille, déformant la bouche, éteignant les yeux.
Aujourd'hui, — nous sommes en 1950 — elle vient de perdre son époux, M. Besmier, après une lente agonie de vingt années, vient de succomber à ses rhumatismes, à sa goutte, à sa paralysie, pour mieux dire : à la vieillesse. Et, lentement, devant les yeux à demi-fermés de la triste femme, passent et repassent, comme des réalités de chair, les jours heureux passés avec celui qu'elle pleure.
Elle se revoit toute jeune fille, sortant du Sacré-Cœur pour entrer dans la vie mondaine et brillante du noble faubourg. Oh ! le premier hiver dans le monde !... le bal, les soirées, les spectacles... une féerie ininterrompue pendant six mois ! Parmi tous les jeunes gens qui lui faisaient la cour, elle distingua tout de suite Henry Besmier.
A cette époque, Henry Besmier, sorti de l'Ecole normale avec de nombreux succès, commençait à se faire un nom dans le monde des lettres. Arrivé en un temps où les psychologues tenaient le haut du pavé, et où la dissection du « moi » semblait la seule science philosophique, Besmier, lui, s'était rejeté résolument sur la métaphysique : définir les notions d'espace et de temps, trouver la signification vraie de ces mots : mouvement, vie, mort, éternité, telle était l'idée fixe qui revenait douloureusement dans tous ses livres.
Cette préoccupation constante réagissant sur sa vie privée, finit par lui donner une singulière manie : celle d'échapper au temps le plus possible, de fixer pour le plus longtemps possible ses sensations, ses sentiments, ses idées.
Aussi, lorsqu'il eut obtenu la main de la belle Claire de Montfleury, pensa-t-il très sérieusement à éterniser ces heures d'amour qu'il savait devoir être brèves... Et, pour ce faire, il déposa, non loin du lit nuptial, un phonographe d'une extrême sensibilité et d'une précision merveilleuse.
... Pendant une partie de la nuit, l'ingénieux appareil d'Edison fonctionna, enregistrant depuis les timides baisers de bienvenue jusqu'aux plus ardents gémissements d'amour.
Le lendemain, quand le soleil déjà haut, eût réveillé les deux amoureux, Henry montra à Claire l'indiscrète petite machine, et lui dit : « Quand nous serons devenus vieux, nous passerons peut-
être de bien bonnes heures avec ce jouet... »
... La bonne dame, aride et courbée comme un vieux saule, tressaille en se souvenant du phonographe... elle veut l'entendre encore une fois... oh ! oui... quand son cœur devrait se briser, elle l'entendra !
Tout au fond de l'armoire à glace parfumée, dans un riche coffret, gît le précieux instrument... Mme Besmier le prend avec respect dans ses mains tremblottantes, et le contemple longuement. Puis, fermant à clef toutes les portes pour s'isoler entièrement avec ses souvenirs, elle met en mouvement la batterie... le cylindre se meut avec rapidité. Elle se penche alors tout près de lui, et voici qu'elle entend sa propre voix d'il y a cinquante ans, et celle de son vieil époux qui repose là sur ce lit, éternellement silencieux.
Voici les voix qui sortent du phonographe : « Claire ! — Mon bien aimé !... — Seuls ! nous voilà seuls enfin ! pour la première fois vous voilà toute à moi ! — Oh ! Oui ! toute à vous !... — Vous
tremblez... pourquoi ? Vous avez peur de moi ?... Pourquoi tremblez-vous dans mes bras ? — Et vous, mon ami, pourquoi pleurez-vous ?... Quand on a beaucoup aimé, Claire, quand on a très longtemps désiré une belle et pure jeune fille, et qu'on se trouve soudain en possession de son rêve, il semble qu'on aspire plus de bonheur que le cœur n'en peut contenir, et l'on se sent défaillir... Ce soir de noces, cette robe blanche... ces fleurs... l'innocence de ce front, de ces yeux si beaux... Ah ! te voilà enfin ! toi, la douce vision de mes rêves, toi la bien-aimée, toi dans ta jeunesse et dans ta beauté !... Laisse-toi aimer, veux-tu ? Laisse-moi mettre à tes pieds tout ce que je possède de dévouement et de tendresse ! — Relevez-vous, Henry, je vous aime et je vous aimerai toujours !... — Ah! quel mot prononces-tu là! Toujours ?... — Toujours ? »

... La vieille Claire écoute toujours, les yeux fixés sur le mort, la bouche plissée d'un triste sourire. Un nouveau décor se déroule devant elle : elle revoit la chambre nuptiale, le large lit aux rideaux bleus, les tableaux qui ornaient les murs, tout... et même un détail insignifiant : un dessin du tapis qui représentait une corne d'abondance remplie de gerbes et de fleurs.
L'illusion est si forte, que Mme Besmier doute un moment de la durée qui s'est écoulée depuis ce jour... Mais l'impitoyable réalité surnage bientôt tout autour de ses sens, et s'impose à elle malgré l'ironique petit langage du phonographe.
Alors la bonne vieille dame aux cheveux blancs se sent envahie par une mélancolie si pénétrante, l'affreuse ironie des choses transperce son pauvre cœur d'une pointe si acérée, qu'elle tombe avec un gémissement, comme morte, sur le tapis.
Elle est morte avant d'avoir pu se décider à détruire ce dépositaire fidèle de ses plus belles heures d'amour et de jeunesse.
Aujourd'hui, le phonographe est tombé entre les mains d'un héritier, cousin au douzième degré. Celui-ci le conserve avec ses curiosités dans son fumoir. Parfois, lorsqu'il reçoit des amis, et qu 'on est un peu gai, il tire du coffret la petite machine, la remonte...
Et l 'on entend s'élever, toujours jeunes et fraîches, chantant leur éternelle chanson d'amour, les voix des deux bons aïeux qui dorment depuis déjà bien longtemps clans leur tombeau.


Charles du Biez (pseudonyme de Charles Droulers-Pruvost, 1872 – 1945) , « Le phonographe », in Les Enfants du Nord, Paris, volume I, 1893