vendredi 30 septembre 2016

[réédition] Han Ryner, Les Surhommes, roman prophétique

Han Ryner a écrit plus de cinquante ouvrages. Parmi cette production plusieurs (ainsi que des nouvelles et contes) relèvent de la conjecture romanesque. En 2016, la maison d'édition Theolib a réédité dans sa collection Liber le roman prophétique Les Surhommes accompagné d'une postface de Mariano Martin Rodriguez.


La 4ème de couverture:

Un autre usage de la fiction Avec Les Surhommes, nous sommes en présence d'un ouvrage très singulier dans l'oeuvre de Han Ryner. Car il s'agit, ici, de recourir à l'anticipation et au merveilleux pour décrire, de la manière la plus originale qui soit, un monde « possible », disant d'un avenir lointain ce qu'est le monde d'aujourd'hui.
Le ressort narratif peut en paraître simple. Une catastrophe soudaine a introduit une rupture dans l'histoire de l'humanité. Nous en découvrons les signes avant-coureurs à travers la réunion, sacerdotale et rituelle, de certains initiés, les hexagrammistes. Cherchant à adopter une ligne commune, ils se divisent toutefois quand ils expriment leurs souhaits, dans la préparation d'une future incarnation... 
D'un bond, nous rejoignons ensuite l'univers de nos très lointains descendants, aux aptitudes très diverses, leur ayant conduits à constituer un système de castes d'une absolue rigidité. 
L'humanité - du moins celle ayant conservé notre image - se trouve réduite en esclavage, profondément soumise à des prêtres. Ses membres consacrent leur vie au dur labeur et à la louange de leurs dieux, les suréléphants, qui vivent dans le luxe d'une cour orientale.
D'autres vivants, devenus immortels, se cachent dans des cavernes souterraines, tremblant à l'idée d'une possible catastrophe qui les dépouillerait de l'unique élément constituant leur identité : cette immortalité les empêchant de vivre... 
Seule alternative possible à ce monde de pouvoir tyrannique et de guerres répétées, les Suranges, être ailés qui ont fait le choix de l'amour. 



Gaston Mas, En l'an 2000 (1933)

Sur la "page amusante", recueillant des dessins humoristiques, du magazine suisse L'Illustré n° 27 daté du 6 juillet 1933, on pouvait voir cette image où les détails créés une ambiance science-fictionnelle avec fusée et voitures à hélice. Je n'arrivais pas à décrypter correctement la signature, merci à Pascal Z. de m'avoir éclairé !


Dans le ciel les aéroplanes côtoient une fusée:


Au sol, on découvre des voitures à hélice :


Le dessin est signé Gaston Mas, connu pour au moins un autre dessin relevant de la science-fiction






mercredi 28 septembre 2016

Un transcontinental de l'an 2000 (1930)

L'auteur de ce dessin, sans doute américain, présente un gigantesque autobus pouvant transporter passagers et automobiles à la manière d'un ferry terrestre.


Dessin publié dans L'Illustré, revue hebdomadaire suisse, n°12, 20 mars 1930.

mardi 27 septembre 2016

[critique] Barillon, à propos du Napoléon apocryphe de Louis Geoffroy (1842) 1/3

François-Guillaume Barillon (1834-1885) fut membre du Conseil municipal de Lyon entre 1838 et 1848 et administrateur des chemins de fer. Propriétaire du château de la Carbonnière à Lacenas (Rhône), sa bibliothèque fut léguée, à la mort de sa femme en 1888, à la ville de Villefranche-sur-Saône. La médiathèque de Villefranche est le dépositaire de ce fonds.
François-Guillaume Barillon a collaboré à La Revue du Lyonnais, dont la collection est accessible sur le site de la Bibliothèque numérique de Lyon. En 1842, dans la partie « Appréciations littéraires », il y donne un long article (le plus long que je connaisse publié à l'époque) sur le Napoléon apocryphe de Louis Geoffroy. Nous le publierons en trois parties. Il présente l'intérêt de témoigner sur la réception de l'ouvrage à l'époque de sa publication.






Appréciations littéraires







NAPOLÉON APOCRYPHE,


PAR M. L. GEOFFROY




Quand un cri funèbre, parti du rocher de Sainte-Hélène, vint apprendre à la France que Napoléon était mort, on ne crut pas de suite à cette triste nouvelle : beaucoup de personnes la considérèrent comme une manoeuvre politique, tendant à effacer le souvenir du grand homme dont le nom seul épouvantait encore la race que les baïonnettes étrangères avaient installée sur le trône de France. Bientôt, cependant, la vérité de ce grave événement fut démontrée; mais elle ne fut pas unanimement reconnue. Les préventions et les doutes qui s'étaient d'abord manifestés avaient été avidement recueillis par les classes populaires : quelques années plus tard, une grande partie de la nation française, et surtout les anciens soldats qui avaient combattu sous les aigles impériales, soutenaient encore que l'empereur n'était pas mort, et que bientôt il viendrait, comme en 1815, chasser les infâmes qui foulaient aux pieds l'honneur et les libertés de la nation.
Cette erreur était excusable. Le peuple avait alors oublié les ravages de la conscription ; il se rappelait seulement avec orgueil la gloire dont Napoléon avait entouré la France. Les exigences du régime militaire lui semblaient moins pénibles à supporter que les envahissements incessants et les vexations toujours croissantes des aristocraties auxquelles les funestes événements de 1815 avaient ouvert un champ en apparence illimité. Mais cette espérance qui persistait à invoquer le retour de Napoléon était vaine, Napoléon n'était plus. Le brillant météore, dont la course rapide avait un instant illuminé le monde, était allé s'éteindre au milieu des mers. Le peuple ne pouvait plus revenir à son ancien maître ; il n'avait, désormais, à compter que sur lui-même pour se créer une destinée nouvelle et pour sortir de l'abjection où le voulaient plonger ces rois, revenus après vingt années d'exil sans avoir rien oublié et sans avoir rien appris. Quand le moment fut venu où la mesure des vexations et des abus eût été comblée, le peuple comprit ce qu'il avait à faire. Trois jours lui suffirent pour se délivrer des chaînes que, pendant quinze années, ses ennemis avaient accumulé sur lui !

C'est un problème dont Dieu seul peut connaître la solution, que celui de savoir si les destinées de la France auraient été meilleures dans le cas où Napoléon aurait continué le cours de ses conquêtes. Pour apprécier avec quelqu'exactitude cette question délicate, il ne faudrait pas seulement examiner les événements qui ont eu lieu, il faudrait rechercher encore quels auraient été ces événements si l'empereur avait continué ou reconquis sa domination. Ce travail serait doublement difficile : d'une part, les faits sont bien récents pour qu'on puisse les connaître dans toute leur vérité et les apprécier impartialement ; et, d'autre part, on risque bien de s'égarer quand on s'engage dans la voie ténébreuse des suppositions. Cependant la comparaison de la réalité avec l'hypothèse pourrait seule conduire à un résultat. Quelque jour, peut-être, une plume hardie tentera cette œuvre compliquée. Voici que, déjà, un livre a paru qui semble avoir eu pour but de préparer l'exécution de ce grand travail.
Un écrivain, doué d'une imagination ardente, a voulu compléter cette vie de Napoléon, si fatalement brisée au moment où elle s'apprêtait peut-être à faire les plus grandes choses. M. Geoffroy a écrit une histoire de l'empereur depuis l'année 1812 jusqu'à l'année 1832. Sortant de la pénible réalité des faits historiques, cet auteur s'est élancé dans la vaste carrière des illusions ; et, conduisant son héros de victoires en victoires, et de conquêtes en conquêtes, il l'a élevé à une gloire sans exemple dans l'histoire du monde. Cette œuvre était hardie; voici comment M. Geoffroy l'explique et la justifie :
« C'est une des lois fatales de l'humanité que rien n'y atteigne le but. Tout y reste incomplet et inachevé ; les hommes, les choses, la gloire, la fortune et la vie. Loi terrible qui tue Alexandre, Raphaël, Pascal, Mozart et Byron avant l'âge de trente-neuf ans ! Loi terrible qui ne laisse s'écouler ni un peuple, ni un rêve, ni une existence jusqu'à ce que la mesure soit pleine !
« Combien ont soupiré, après ces songes interrompus, en suppliant le ciel de les finir! Combien, en face de ces histoires inachevées, ont cherché, non plus dans l'avenir ni dans les temps, mais dans leur pensée, un reste et une fin qui pussent les parfaire !
« Et que si Napoléon Bonaparte, écrasé par cette loi fatale, avait, par malheur, été brisé à Moscou, renversé avant quarante-cinq ans de son âge, pour aller mourir dans une île-prison, au bout de l'Océan, au lieu de conquérir le monde et de s'asseoir sur le trône de la monarchie universelle, ne serait-ce pas une chose à tirer des larmes des yeux de ceux qui liraient une pareille histoire ?
« Et si cela avait existé, l'homme n'aurait-il pas le droit de se réfugier dans sa pensée, dans son cœur, dans son imagination, pour suppléer à l'histoire, pour conjurer ce passé, pour toucher le but espéré, pour atteindre la grandeur possible?
« Or, c'est là ce que j'ai fait. J'ai écrit l'histoire de Napoléon depuis 1812 jusqu'en 1832, depuis Moscou en flammes jusqu'à sa monarchie universelle et sa mort ; vingt années d'une grandeur incessamment croissante, et qui l'éleva au faîte d'une toute-puissance au-dessus de laquelle il n'y a plus que Dieu.
« J'ai fini par croire à ce livre après l'avoir achevé.
« Ainsi, le sculpteur qui vient de terminer son marbre, y voit un Dieu, s'agenouille et adore! »
En présentant son œuvre sous le point de vue exclusif d'un caprice d'imagination, M. Geoffroy nous paraît avoir dissimulé la portée réelle de son intention et de son travail. Il nous semble que le but de cet auteur a été d'établir implicitement une comparaison entre les résultats produits par les faits historiques, et ceux produits par les événements imaginaires qu'il raconte. Nous ne saurions croire que M. Geoffroy eût dépensé tant de travail et tant de talent pour Je plaisir de bâtir un roman et de créer une décevante illusion. Cette comparaison que nous venons d'indiquer se présente d'ailleurs à chaque instant dans l'esprit, en lisant l'histoire apocryphe de Napoléon. Cette auréole de gloire qui entoure l'empereur des Français, cette suprématie universelle de l'Empire, forment un contraste saisissant avec notre France contemporaine qu'on a faite si honteusement humble, qu'on a laissée si déplorablement incomplète, qu'on a réduite à une si funeste nullité. Il est impossible de lire l’œuvre de M. Geoffroy sans être frappé de cette différence qui jaillit de chaque page et qui attriste l'âme.
Toutefois, au milieu de la fascination qu'exerce l'histoire apocryphe de Napoléon, on est souvent amené à se rappeler que cette histoire est un roman. Nos cœurs sont trop vivement empreints du triste souvenir de la vérité, pour que nous puissions nous abandonner d'une manière absolue aux illusions que font naître les merveilleux récits de M. Geoffroy. Cet auteur a d'ailleurs raison en disant qu'il a fait un dieu de son héros. Quel homme, en effet, pourrait atteindre le haut rang auquel il a élevé son Napoléon ? Quel homme pourrait conquérir le monde et conserver paisiblement cette immense domination ? Il faudrait être un dieu pour asservir et pour comprimer ainsi tous les peuples, pour régir le globe par une seule volonté.
Il est curieux d'observer comment M. Geoffroy a su combiner les faits de son invention de manière à ce que, tout merveilleux qu'ils soient, ils semblent encore vraisemblables. Il est curieux d'observer comment cet historiographe exceptionnel a su introduire nos illustrations contemporaines dans le drame qu'il a improvisé.
Essayons de suivre, l'auteur dans sa course éblouissante, et tâchons de conserver notre sang-froid en courant à sa suite au milieu des nuages sur lesquels il a élevé sa miraculeuse histoire.
Vous qui avez douté de la mort de Napoléon, vous qui avez pleuré sur ses infortunes, vous qui le vénériez comme un dieu, vous, dont le sang a fertilisé les lauriers qui parent à jamais sa tête, vous, amis et admirateurs du grand homme, vous, soldats et peuples, accourez ! voici votre empereur à l'apogée de sa gloire ; sa statue vient d'être élevée sur un piédestal digne d'elle. Arrière ceux qui voulaient la faire tomber sous la funeste atteinte de la foudre ; arrière les profanateurs ! Place à l'historiographe de Napoléon le Grand ! Ecoutez M. Geoffroy, voilà son histoire de votre empereur !!!

(à suivre) 

A lire:  Napoléon apocryphe est recueilli dans l'anthologie Les Autres vies de Napoléon Bonaparte. Uchronies & histoires secrètes dans la collection ArchéoSF.

vendredi 23 septembre 2016

Lavergne, En l'an 2000 (1949)

Dessin signé Lavergne publié dans Pour Tous, n°8 du 25 février 1949, illustré suisse édité à Lausanne.




mercredi 21 septembre 2016

Pierre Mille, Et nunc, et semper (1906)

La machine à voyager dans le temps d'HG Wells a inspiré nombre d'auteurs. Alfred Jarry écrivit ses "Commentaires pour servir à la construction pratique de la machine à voyager dans le temps par le Dr Faustroll" dès 1899 (lire en ligne), un certain "Pierre" publia en 1918 Lausanne en 1950 (lire en ligne) qu'il explore grâce à la machine de Wells,...
Dans le texte qui suit intitulé "Et nunc, et semper" (maintenant et toujours), publié fin 1906, Pierre Mille se contente d'explorer l'année qui vient...




« ET NUNC, ET SEMPER »

S'enfoncer dans le futur, en retombant juste sur le jour qu'on voudra prévoir l'avenir, ou plutôt et bien mieux, vivre en avant ? L'Anglais H. G. Wells en a donné les moyens à tout le monde avec sa Machine à explorer le temps. Nul ne s'en sert ? Croyez que c'est par horreur du plus petit effort. Mais moi, je suis infatigable quand il s'agit de vous obliger. Vous désirez savoir ce qui se passera durant l'année 1907 ? Je suis parti sur la machine de Wells. Un tour de volant, l'espèce d'éblouissement que cause cette ruée furieuse à travers les jours et les nuits mêlés par la rapidité de la course, qui brouille l'ombre et la lumière pour n'en plus faire que du gris, du gris, et encore du gris. Enfin l'arrêt brusque et désarçonnant. Je me retrouvais à la même place, mais une année en plus écoulée, et je n'avais qu'à mettre la main sur le journal que j'avais écrit durant cette année, pour vous encore inexistante. Après quoi, je suis revenu parmi vous avec mon butin. Ce journal est incomplet, à cause de ma paresse; elle y a laissé de nombreuses et regrettables lacunes. Mais tel qu'il est, je vous le livre.

3 janvier 1907. L'année commence sous les plus sombres auspices. Une personne bien informée vient de me dire que nous allions avoir une guerre épouvantable avec le Maroc et ensuite avec toutes les autres nations du monde, par contre-coup. L'armée d'El Guebbas campe en face de celle de Raissouli; et si elle est battue par celle de cet insurgé ou se laisse absorber dans son sein tumultueux, les troupes de la France et de l'Espagne devront débarquer à leur tour. Alors ce sera, affirme-t-on, la conflagration universelle.

3 février. Nous aurons aussi la guerre religieuse. Il n'y a rien de moins douteux le Vatican vient de refuser la troisième loi faite sur la séparation. Les plus affreux événements sont à prévoir. Nous sommes aujourd'hui dimanche, et ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice, comme d'habitude. C'est ce qu'elle appelle aller à sa persécution.
7 mars.- On vient de découvrir dans un galetas une vieille dame séquestrée par ses enfants dénaturés, depuis vingt-neuf ans. Il paraît qu'on n'avait jamais vu ça. L'opinion publique est très émue.

20 mars. L'armée d'El Guebbas campe toujours en face de celle de Raissouli. Elle se prépare à lui livrer une grande bataille. Dans ces conditions, on considère généralement qu'il serait peu diplomatique de faire intervenir les troupes franco-espagnoles.
14 avril. Le Parlement vient de voter la septième loi sur la séparation de l'Eglise et de l’État ; le Panthéon, depuis si longtemps désaffecté, y est déclaré rouvert au culte. De telles conditions paraissent intolérables à l'Eglise, et l'on s'accorde en tous lieux à dire que la guerre religieuse bat son plein. Nous sommes aujourd'hui dimanche, et ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice; elle va à sa persécution, comme d'habitude. Que l'avenir est noir!

22 mai. La seconde Douma, en Russie, vient d'être dissoute. Le ministère Stolypine est tombé et il a été remplacé par un ministère Golypine. De plus, à Ligue des hommes russes vient de se substituer une Ligue des hommes slaves il est impossible de prévoir les conséquences d'un si grand bouleversement. Les journaux, à la même date, nous apprennent que l'empereur d'Allemagne, s'adressant aux soldats de sa garde, leur a dit qu'ils le devaient servir aveuglément, tant contre ses ennemis de l'intérieur que contre ceux de l'extérieur. Ce langage, tout nouveau dans sa bouche, est bien inquiétant.

30 mai. Les troupes d'El Guebbas ont avancé de 10 kilomètres et celles de Raissouli ont reculé d'autant. On s'attend à une grande bataille. Dans ces conditions, on considère généralement qu'il serait peu diplomatique de faire débarquer les troupes franco-espagnoles.

18 juin. Deux bandes d'apaches se sont livré un combat réglé, avec des couteaux et des revolvers, sur le boulevard Ornano. Il parait qu'on n'avait jamais vu ça. L'opinion publique est très émue, et tous les journaux, à quelque opinion qu'ils appartiennent, se plaignent de l'accroissement de la criminalité.
Il fait très chaud. Un député socialiste, à la fin d'une séance de la Chambre, a giflé un député du centre. Une telle agression est inouïe dans les fastes parlementaires. Où va-t-on ?
En Italie, le procès Bonmartini vient de recommencer.

7 juillet. Le Parlement vient de voter sa quinzième loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. On construira une immense cathédrale sur l'emplacement du Champ-de-Mars. Une telle rigueur rend, bien entendu, impossible toute espèce d'accommodement. C'est aujourd'hui dimanche, onze heures. Ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice, elle va à sa persécution.
On a découvert, rue de Belzunce, le cadavre d'une femme coupée en morceaux. La police est complètement déroutée par la nouveauté si imprévue du procédé employé par l'ingénieux criminel pour multiplier les traces de son crime, tout porte à croire qu'elle ne retrouvera jamais le coupable.

29 juillet. Les accidents d'automobile ont tué cette semaine; à Trouville et Deauville, dix-huit personnes; à Etretat, neuf à Dieppe, sept; sur les autres grandes routes de France, neuf cent quarante. Personne n'y comprend rien on n'avait jamais cru que les automobiles, conduites à la vitesse de cent kilomètres à l'heure, pussent présenter un danger quelconque. On penche à croire que ces accidents sont dus en grande partie à l'élévation de la température et n'ont rien de commun avec les automobiles elles-mêmes.

5 août. L'empereur, se trouvant à bord de son yacht le Hohenzollern, a fait, le dimanche, fonction de pasteur et adressé une homélie aux matelots de son bord il leur a dit qu'ils devaient le servir aveuglément, tant contre ses ennemis de l'intérieur que contre ceux de l'extérieur. La nouveauté de cette manifestation surprend on se demande, pour la première fois, si la Triple-Alliance ne commencerait pas à se décoller.
A la Chambre austro-hongroise, les partis tchèque, polonais, antisémite, magyar, croate, roumain et pangermaniste se sont battus à coups de sabre à l'aide de leurs coupe-papier. Jamais jusqu'à présent, affirme-t-on, ils n'avaient employé cette arme.

12 septembre. Les troupes d'El Guebbas ont repris leurs anciennes positions, mais celles de Raissouli se sont rapprochées d'Arzila. Elles vont se battre, c'est certain. Dans ces conditions, on s'accorde à reconnaître qu'il serait peu diplomatique de faire avancer d'un seul pas le corps franco-espagnol. Le comité des Dames de France a fait don à celui-ci de trois billards anglais et d'un grand nombre de jeux de dominos.
La ligne Nord Sud du Métropolitain de Paris est terminée pour la rue de Rennes et le boulevard Saint-Germain. Mais il paraît qu'on avait oublié toutes les canalisations d'eau. Alors on a refait un grand trou à côté du Métropolitain. Il n'y a que sept ans que les travaux ont commencé les habitants du quartier, qui sont réactionnaires, affirment qu'on attend, pour les terminer, le retour de la monarchie légitime. Donc, pour les républicains, rien ne presse.

18 octobre. Un savant de province vient de démontrer qu'en traitant des parcelles de sesquitannate de tellurium par l'acide azotique, dans une solution saline, on obtenait, des cellules amiboïdes qui se comportent comme des êtres vivants et se reproduisent par scissiparité. Un savant de Paris a prouvé d'autre part que cette expérience ne signifiait absolument rien, mais qu'elle avait déjà été faite par Berzélius en 1806. Par extraordinaire, le public, en général si intelligent, n'y comprend plus rien du tout.

4 novembre. A la Chambre, on discute le budget. M. Joseph Reinach a prononcé un discours éloquent sur les inconvénients du fonctionnarisme en France. Il a révélé que depuis l'année dernière, le nombre des employés, au ministère de l'intérieur, avait augmenté de 17 unités, tandis qu'il diminuait de 28 au Home office d'Angleterre. M. Reinach a été applaudi sur tous les bancs de la Chambre.

5 novembre. M. Jules Goutant, député d'Ivry, a demandé la création d'un corps nouveau d'inspecteurs du travail, chargé d'unifier le jaugeage des barriques en France. Les tourangelles jaugent 250 litres et les bordelaises 228 seulement. Cette fantaisie chez les barriques est choquante dans un pays libre. On uni-fiera donc tous les tonneaux à 225 litres, et tout le monde y gagnera les ouvriers tonneliers, qui auront moins à travailler sur moins de matière, et les vignerons, qui vendront au même prix moins de marchandise; enfin les vingt-deux inspecteurs, qui toucheront chacun six mille francs par an. Seuls les consommateurs et les contribuables y trouveront à redire, ce qui n'a aucune importance. La motion de M. Jules Coutant a été votée à l'unanimité.

15 décembre. Deux formidables grèves ayant éclaté, l'une à Toulon, l'autre à Santander, le corps franco-espagnol a été rappelé en Europe pour maintenir l'ordre. Simultanément les troupes d'El Guebbas sont rentrées dans leurs foyers. Cette conclusion étonne tout le monde on avait bien cru qu'il y aurait une grande bataille !

29 décembre. Le Parlement français vient de voter sa vingt-quatrième loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les vénérables de toutes les loges maçonniques de France. devront aller faire amende-honorable à Notre-Dame, en chemise, la corde au cou, et la tour Eiffel sera revêtue d'un crêpe, en signe de deuil. Mais la mâle énergie de cette attitude n'a pas fait reculer Rome, et la guerre religieuse se poursuit avec la même férocité. C'est aujourd'hui dimanche, et ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice elle va à sa persécution.

31 décembre. On vient de publier une statistique d'où il ressort qu'en cette année 1907 il est mort en France, et il est né, le même nombre de personnes que l'année dernière que la fortune publique s'y est accrue dans la proportion ordinaire; qu'on s'y est suicidé, marié, séparé comme d'habitude, ni plus ni moins et que Paris, se trouvant toujours sous le même méridien a reçu à peu de chose près la même quantité d'eau et de soleil. Comme c'est curieux !

Pierre Mille, « Et nunc, et semper » 
in Le Temps, n° 16624, daté du 27 décembre 1906

mardi 20 septembre 2016

samedi 17 septembre 2016

Un cataclysme détruit Paris ! (1933)

Dans le périodique suisse L'Illustré publié le 6 juillet 1933, les lecteurs pouvaient découvrir les conséquences d'un cataclysme sur trois monuments parisiens (L'Opéra, la tour Eiffel et l'Arc de triomphe) grâce à des photomontages. Les trois visions cataclysmiques étaient accompagnées du petit texte suivant:

Un cataclysme détruit Paris !

Oui mais seulement sur les clichés de photos habilement truquées ! N’empêche que ce trio de visions infernales donne à réfléchir... Songez donc aux innombrables puits, égouts, galeries souterraines, tunnels et autres cavités qui font ressembler le sol d’une grande capitale à une vulgaire passoire ! Et les trépidations qui ébranlent jour et nuit l’énorme masse de pierres, de briques et d’acier qui consume une ville ! Que se produise un tremblement de terre d’une certaine violence, ce serait aussitôt l’enfer de Dante réalisé dans un fracas indescriptible. A New- York et à Chicago, avec leurs insolents gratte-ciel, ce serait — si possible — encore pire. Cependant, à tout cela, personne ne pourrait rien, puisque ce serait un phénomène naturel. Mais que dire d’un cataclysme qui serait voulu par les hommes... un bombardement exécuté froidement, méthodiquement par les terribles avions de guerre qui existent aujourd’hui ?

L'effondrement de l'Opéra 


Au milieu d'un brasier prodigieux, la Tour Eiffel se tord dans les flammes avant de s'abattre avec fracas, carcasse bonne tout au plus à mettre au vieux fer.
 L'Arc de triomphe se disloque dans un sourd déchirement, tandis que la flamme du souvenir se transforme en une fournaise.

Sur le thème de l'avenir de Paris vu par des auteurs d'anticipation, la collection ArchéoSF propose les anthologies Les Ruines de Paris et Paris futurs disponibles en numérique et au format papier.

mercredi 14 septembre 2016

Josef Danilowatz, La construction d'un pont en béton armé en l'an 2000 (1933)

Josef Danilowatz (1877 - 1945), peintre et dessinateur autrichien, a souvent montré un grand intérêt pour la technique. Le 15 octobre 1933, le périodique suisse portant le sobre titre Le Magazine publie l'un de ses dessins représentant la construction d'un pont en béton armé en l'an 2000.



Le dessin est accompagné de cette légende : "Un ingénieur allemand eut l'idée d'imaginer qu'avec les progrès de la technique, il ne serait pas impossible qu'on pût arriver à construire des ponts de grandes dimensions en dressant une armature de fer et en la remplissant ensuite de béton armée que l'on projetterait au moyen d'avions, ainsi que le montre le dessin ci-dessus"

vendredi 9 septembre 2016

Gustave Claudin, Que deviendra Paris? (1862)

Dans le dernier chapitre de son ouvrage consacré à Paris, Gustave Claudin se pose la question : « Que deviendra Paris ? ». Sa réponse ressemble beaucoup à celle de Théophile Gautier...


J'arrive, dans ce dernier chapitre, à des suppositions encore plus téméraires. Le grand, le formidable Paris que nous habitons, et qui passe à si juste titre pour le foyer de ]a civilisation, est destiné, comme toutes les grandes villes de l'antiquité, à ne former un jour qu'un monceau de ruines, sur lesquelles pousseront des ronces que les loups échappés à l'adresse des chasseurs viendront peupler. Le palais du Louvre redeviendra la demeure des loups, comme sous le roi Dagobert.
Pour admettre cette supposition, il faut oublier un instant la courte chronologie des historiens qui n'accordent à la terre que six mille ans d'existence, et raisonner avec celle des géologues qui assignent à notre globe des millions de siècles dans l'avenir comme dans le passé.
Rien de ce que créent les hommes n'est éternel. Les villes qu'ils construisent tombent en poussière avec le temps.
Dans cinq ou dix mille ans, les palais et les musées seront anéantis. Les chefs-d'œuvre du Titien, de Raphaël et de Rembrandt qu'ils renferment seront tombés en poussière, pour aller rejoindre ceux d'Apelles et de Zeuxis, et la solitude planera à cette place, où les hommes auront accompli de si grands efforts et se seront agités avec tant de fièvre et d'ardeur. Il en sera ainsi parce que la marche du temps le veut, et parce que la civilisation aura émigré vers d'autres parages.
Ce Paris que nous savons par cœur, et sur lequel nous avons incrusté nos idées, nos caprices et nos fantaisies, a d'ailleurs changé lui-même vingt fois d'aspect. Cette rue Vivienne, toute peuplée de pimpantes modistes dont les yeux fripons regardent les flâneurs, dans laquelle passent les commis d'agents de change, les clercs de notaire, les comiques du Palais-Royal, toutes les modernités enfin, fut autrefois un vaste champ de sépultures romaines. On a retrouvé sur son emplacement les bas-reliefs d'un tombeau en marbre. L'un représentait Bacchus couché près d'Ariane, l'autre une prêtresse rendant des oracles. On a également découvert une urne funéraire portant cette inscription : « Pithusa a fait exécuter ce monument pour sa fille Ampudia Amanda, morte à l'âge de dix-sept ans », puis une autre urne avec cette inscription : « Chrestus affranchi a fait, à ses dépens, ériger ce monument à son patron, Nonius Junius Epigonus. »
Ainsi donc, le luxe et la futilité se sont installés à l'endroit où, il y a deux mille ans, se trouvaient des tombeaux.
Dans mille ans peut-être les ruines et la solitude auront repris possession de la place, et l'observateur de l'éternité, qui jettera un regard curieux sur le passé, éprouvera, en apprenant qu'en l'an 1862 on y a vendu des chapeaux, un étonnement égal à celui que manifesteraient à présent les jolies modistes de la rue Vivienne si on leur rappelait qu'elles ont choisi pour poser des fleurs et des rubans sur des bonnets, l'espace occupé jadis par le tombeau de la jeune et belle Ampudia.
Tout près de cette rue Vivienne, cette grande halle où Paris vient chaque jour chercher ses provisions a été construite sur le charnier des Innocents, c'est-à dire sur un endroit qui, pendant près de dix siècles, fut le réceptacle dans lequel on enterra plus de quatorze cent mille Parisiens. En bouleversant le sol, on a trouvé une épaisse couche de phosphate de chaux produite par tous ces détritus humains. On a remué les cendres de ces cadavres, que le fossoyeur avait alignés, sans qu'il fut possible de rien discerner ni de rien lire dans cette poussière, formée par des mains qui avaient travaillé, des cœurs qui avaient battu, des cerveaux qui avaient pensé et des bouches qui avaient prié Dieu!
O Hamlet! tu n'aurais pu reconnaître dans ces débris immenses le crâne d'Yorick.
Paris disparaîtra comme Babylone, comme Thèbes aux cent portes, comme Syracuse, comme Carthage, comme cette Ninive dont un de ses musées a recueilli les débris, mais le temps seul aura raison de lui. Il n'est pas exposé, comme ces grandes villes de l'antiquité, a périr saccagé par des Alaric ou des Attila à la tête des barbares. D'abord il n'y a plus de barbares. La géographie peut l'affirmer. Il n'a plus à redouter un siège. Le temps est passé où l'on attaquait les capitales. C'est par Henri IV qu'il était écrit que Paris serait une dernière fois assiégé. Aussi le Béarnais fit-il passer des vivres à ses adversaires. On ne verra plus ces atrocités des anciens temps et comme à Tyr et à Carthage, les femmes couper leurs cheveux pour fournir des cordes aux grues et aux cabestans.
L'art de la guerre n'a point renoncé aux sièges, je le sais, mais ces sièges n'atteindront jamais les métropoles. La stratégie jouera désormais la partie avec les villes moins importantes d'un quadrilatère. 

Gustave Claudin, « Que deviendra Paris ? » in Paris, E. Dentu, 1862.

Source du texte: Gallica

A lire:
Paris Futurs, petite anthologie rétrospective des Paris du futur, éditions Publie.net (disponible en numérique et papier)
Les Ruines de Paris, anthologie, éditions publie.net (disponible en numérique et papier)
 

mardi 6 septembre 2016

En 1999 (1903)

Dessin paru dans Le Progrès Illustré, supplément littéraire du "Progrès de Lyon", n° 652, le 14 juin 1903.


Source: Bibliothèque numérique de Lyon
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