samedi 31 janvier 2015

[film] Georges Méliès, L'Omnibus des toqués ou Noirs et Blancs (1901)

Georges Méliès s'inspire souvent du monde de la magie et des automates. Le seul élément conjectural de la fantaisie L'Omnibus des toqués est la présence d'un cheval mécanique au début du film. Ensuite vient la sarabande des Noirs et des Blancs changeant constamment de couleur grâce aux trucages mis au point par Méliès.




jeudi 29 janvier 2015

Construisez votre autorail vintage

Le Journal de Toto, publication pour la jeunesse, proposait des activités pour les enfants. Voici l'autorail à découper et à assembler (vers 1937) !

mercredi 28 janvier 2015

A propos de deux livres d'anticipation allemands de 1895

L'anticipation ancienne n'est pas l’apanage du domaine francophone. En 1895, la revue La Bibliothèque universelle s'intéresse à deux parutions récentes en allemand. les thèmes sont bien proches de ce qui existe au Royaume-Uni comme en France. Et l'on mesure les différences entre les deux textes présentés tant en terme d'idéologie (sous-ajacente ou non) que de traitement du thème de l'avenir.

Chronique allemande

Depuis que le fantastique ouvrage de Bellamy Coup d'œil sur l'an deux mille, a fait le tour du monde, les livres dévoilant l'avenir de l'humanité sont à la mode. Il en a paru récemment deux en Allemagne Aria, de M. Henne am Rhyn, déjà connu par ses travaux sur l'histoire de la civilisation, et Enlevé dans l'avenir, une nouvelle tentative de M. Th. Hertzka pour présenter, sous forme de roman, le tableau du Freiland, l'organisation sociale qu'il préconise.
Le premier de ces romans trace l'histoire de plusieurs générations d'une même famille à travers le vingtième siècle. Le développement politique et social de l'époque sert de toile de fond à cette idylle. L'Aria diffère de tant d'autres prophéties en ce qu'elle ne nous raconte pas le triomphe des idées socialistes. Là où ce mouvement a obtenu des succès éphémères, il a été écrasé par la force des armes. En Allemagne, on lui a sagement coupé l'herbe sous les pieds grâce à une refonte du système électoral, basée sur les groupements et syndicats professionnels. Cette organisation a aplani les voies à toutes les réformes désirables, qui se sont accomplies alors pacifiquement. Le « parti allemand du sauvetage, » auquel on a dû cette heureuse évolution, fonde également une grande association pour faire aboutir l'empire arien, qui doit réunir « tous les peuples dont la civilisation est issue de la fusion de l'antiquité classique avec le christianisme primitif. » La mission de ces peuples est évidemment de faire aboutir dans le monde entier les réformes religieuses, sociales et politiques. Cette grande pensée se réalisa enfin à Noël 1916, à la suite du congrès de Stuttgart. Tous les états de l'Europe se fédérèrent. A Vienne, devenue capitale du monde occidental, le « sénat européen » siège tous les trois ans. Après une crise intérieure assez intense, le catholicisme accepte une réforme profonde, tandis que le protestantisme se constitue en une « église libre » sur une base unitaire. Ainsi pacifié et rajeuni, l'Occident peut se vouer à sa grande tâche, l'expulsion des Turcs hors d'Europe et la civilisation de l'Orient. En 1941, la croix du Christ remplace enfin le croissant sur les hautes tours de Sainte-Sophie. Un congrès se réunit à Constantinople « sous la présidence de l'ambassadeur allemand, M. de Bennigsen II, » pour régler les questions territoriales ouvertes par la chute de l'empire ottoman.
Mais tout danger n'est pas écarté. La magnifique floraison que la paix universelle procure au monde est encore menacée par plusieurs périls. D'abord, la mauvaise semence jetée au dix-neuvième siècle dans les esprits par le philosophe Nietzsche a poussé avec abondance dans les pays de race latine. Un « superhomme, » d'origine arabe, César Borgia, s'est emparé de l'Italie et l'a courbée sous son joug. Son règne n'est heureusement pas de longue durée. Des courants réactionnaires qui ont surgi en France et en Allemagne peuvent être surmontés, si bien qu'au moment où se ferme le livre, en 1994, l'avenir est sans nuages.
Une foule de détails vaudraient d'être relevés dans cette rapide esquisse du siècle prochain. Ainsi nous apprenons qu'en 1916, après une effroyable panique dans une arène, les courses de taureaux ont été abolies en Espagne. Au concile de Milan (1926) le pape libéral Clément XV se réconcilie avec le roi d'Italie, met les jésuites hors d'état de nuire, efface les dogmes de l'infaillibilité et de l'immaculée conception, et lance un bref pour protéger les petits oiseaux d'Italie contre ceux qui les mettent en brochette pour les manger à la polenta. En Allemagne, la civilisation et les arts ont fait des progrès admirables. Au Stadttheater de Leipzig les voyageurs peuvent applaudir un drame gigantesque en sept actes, de Dankmar Wuchty, intitulé La grandeur et la chute du prince Bismarck, à moins qu'ils ne préfèrent contempler une féerie d'une fantaisie idéale et débordante la Paix éternelle, d'Orfried Eginhard. Munich « n'est plus la métropole de la bière, mais elle est, plus et mieux encore qu'aux jours troublés du dix-neuvième siècle, la métropole des arts. » On admire dans les jardins publics de la capitale bavaroise, où se donnent de superbes concerts, la sobriété de ses habitants, qui boivent de préférence du lait et de la limonade et ont recouvré la sveltesse originelle.
Ce mélange de grandes choses et de détails qui veulent être plaisants choque un peu le goût et enlève au livre quelque chose de la portée à laquelle il prétend sans doute. L'auteur manque de l'envolée et de la fantaisie nécessaires pour s'élever aux sommets qu'il s'est proposés. Il a décidément le souffle un peu court.
Ce n'est pas ce qu'on reprochera à M. Hertzka. L'échec de l'expédition qu'il a organisée dans le centre de l'Afrique pour y mettre en pratique son système de Freiland n'a point abattu sa foi. En 2093, en effet, c'est la date où est transporté le héros de son roman, la terre entière est devenue Freiland. Elle est peuplée de trois milliards et demi d'hommes libres, riches et heureux. L'humanité a repris son domicile naturel: les zones tropicales et subtropicales. Les pays du nord de l'Europe servent seulement aux séjours d'été, et le canal des deux mers, aux yachts, qui viennent y chercher la fraicheur. Paris n'est plus guère le séjour que de quelques pâtres. La Sicile, – toute la Sicile, – est devenue la capitale du monde. Elle compte cinquante-six millions d'habitants, trente-cinq universités, trois mille six cents écoles secondaires, neuf mille institutions scientifiques variées, deux mille théâtres, etc. L'Afrique centrale est l'inépuisable grenier de l'humanité et produit des céréales en suffisance pour toute la planète. Grâce aux progrès merveilleux des sciences, l'homme est arrivé à asservir presque toutes les forces de la nature. Les travaux désagréables ou déplaisants sont expédiés par des machines, comme dans l'Icarie de Cabet. Grâce à l'assainissement bien compris de la surface terrestre, on a supprimé la plupart des maladies qui décimaient jadis l'humanité. On use du magnétisme terrestre pour produire une lumière artificielle devant laquelle nos lampes électriques perfectionnées paraissent de fumeux quinquets. Et le même magnétisme terrestre sert à l'homme pour combattre et vaincre l'attraction de la terre et les lois de la pesanteur. On porte des habits ailés qui permettent de se mouvoir dans les airs avec une rapidité vertigineuse. Les « gâodromes » transportent par un procédé analogue des foules entières et d'innombrables tonnes de marchandises ainsi, le héros du livre en use pour se rendre en un après-midi de Paris à Syracuse en passant au-dessus de la Riviera et de Naples. M. Hertzka va sur les brisées de Jules Verne, car il fait partir neuf gâodromes pour la lune; ils y arrivent, mais, au moment où le livre se ferme, ils n'ont pu encore revenir, probablement à cause de l'influence en sens opposé du magnétisme lunaire. Les passagers font à notre planète des signaux optiques. Aux dernières nouvelles une seconde expédition, de vingt gâodromes, s'organise; on ne doute pas qu'elle n'ait un plein succès et ne puisse, cette fois, vaincre le magnétisme impertinent de l'astre des nuits.
Tout cela est gaiement raconté et amusera fort nos arrière-neveux si jamais, aux dates indiquées, le livre de M. Hertzka tombe sous leurs yeux. Mais sauront-ils nous lire encore ? Et notre papier de pâte de bois durera-t-il jusqu'à eux ? Les chimistes en doutent, et je n'en sais rien.


« Chronique allemande », in Bibliothèque universelle, 1895.

mardi 27 janvier 2015

En 1912, l'hiver sera précoce (aviation, anticipation)

Caricature parue en 1909 et annonçant le triomphe de l'aéroplane, En 1912 a été publiée au départ dans Life, New York avant d'être reprise notamment dans le volume L'Aviation triomphant (éditions Librairie aéronautique, 1910).




lundi 26 janvier 2015

samedi 24 janvier 2015

[film] Georges Méliès, La Lune à un mètre (1898)

Le génial Georges Méliès a réalisé de nombreux films de science-fiction. Il a imaginé des effets spéciaux, créant véritablement le cinéma de fiction utilisant ces effets pour créer un monde imaginaire et poétique.
La Lune à un mètre (le rêve de l'astronome en anglais) date de 1898. On y voit un astronome qui a toutes les caractéristiques de l'enchanteur-astrologue. Le film appartient au domaine de la fantaisie : l'astronome voit apparaître différents personnages relevant du conte (diablotin,...), anime les éléments célestes et ne peut rien contre la Lune qui dévore ses instruments d'observation puis l'emmène dans une sarabande, le démembre avant de le rendre à son laboratoire.




Voir les autres films  de Georges Méliès sur ArchéoSF.

vendredi 23 janvier 2015

[Parution] Albert Robida, Jadis chez aujourd'hui (versions 1 et 2)

Aujourd'hui paraît en numérique dans la collection ArchéoSF aux éditions Publie.net Jadis chez aujourd'hui d'Albert Robida. 
Pour la première sont réunies les deux versions (celle de 1890 et celle de 1892) de ce voyage temporel qui bouscule le sens habituel car le savant à l'origine de ce déplacement emmène le passé dans le présent. Albert Robida fait preuve d'une grande fantaisie en décrivant l'étonnement du roi Louis XIV et de sa cour débarquant soudainement dans le Paris de 1889. 
L'édition comprend les superbes illustrations d'Albert Robida réalisées pour le première édition.

Albert Robida, Jadis chez aujourd'hui, collection ArchéoSF, éditions Publie.net, janvier 2015. 4,99 euros.

Présentation du texte
Version de 1890
Version de 1892
Illustrations d'Albert Robida
Couverture et codage par Roxane Lecomte

Jadis chez aujourd'hui est disponible sur le site de l'éditeur.





jeudi 22 janvier 2015

[Parution] Ferdynand Ossendowski, Le Brig "Le Terreur" suivi de La Lutte à venir



Lingva informe:

Jeu sur la page Facebook de Lingva et annonce de la parution d'un nouveau volume de SF ancienne.
Et c'est parti. Vous avez jusqu'au 23 janvier, 12h, pour cliquer sur "j'aime", partager cette image, et gagner après tirage au sort, un exemplaire du "Brig 'Le Terreur'".
La parution officielle de livre est fixée au 30 janvier.
Ferdynand Ossendowski, "Le Brig 'Le Terreur', suivi de La Lutte à venir".
124 pages, format 15x21cm, ISBN 9791094441060, 20,5€.

«Maintenant, l’humanité et moi allons nous livrer à un dernier combat, à mort. Le commandant du brig ‘le Terreur’ lui a déclaré la guerre !...»
Il siffla brusquement, et les flambeaux s’éteignirent aussitôt. Seuls les voiles et les mâts du brig, qui ressemblait à un horrible et gigantesque fantôme, se profilaient dans les épaisses ténèbres. Des gens invisibles enlevèrent sans bruit les crocs qui le maintenait au «Griffon», et léger comme une vision, noir et sans feux, le voilier s’élança rapidement...
On le sait peu de nos jours, mais avant de fuir l’URSS naissante, Ferdynand Ossendowski fut un écrivain de langue russe, auteur d’une poignée de récits d’aventure et d’anticipation, dans la lignée de Jules Verne et d’Herbert George Wells. Démocrate, féministe et progressiste, il était l’ardent partisan d’une science au service de tous, et non d’une poignée d’aristocrates et de nantis.


A lire sur ArchéoSF:
Vladimir Odoievski, La Cité sans nom et Mikhaïl Artsybachev, Sous le Soleil (1924), Editions Lingva, 2014

mardi 20 janvier 2015

Mac Al Horeah et la maison électrique (1931)

Mac Al Horeah est une série de récits sous bande publiée dans Ric et Rac (avec copyright Opera Mundi). Quelques épisodes peuvent être conjecturaux. Voici l'épisode 46 dans lequel notre héros est confronté aux difficultés du progrès moderne.



Ric et Rac, n° 97, 17 janvier 1931.
Source Gallica

samedi 17 janvier 2015

Un examen en 2893

L'anticipation sert souvent à se moquer des travers des contemporains. Dans la petite blague qui suit, c'est le scandale de Panama qui est visé.

Un examen en 2893 :

Voudriez-vous me citer les principaux isthmes percés pendant le dix-neuvième siècle ?
L'isthme de Suez...
Bien.
L'isthme de Panama.
En êtes-vous bien sûr?

Oui, monsieur; il fut percé à jour !

Journal du Dimanche, 20 août 1893.

vendredi 16 janvier 2015

[Nouveauté] Poétiques du merveilleux. Fantastique, science-fiction, fantasy en littérature et dans les arts visuels (2015)

Le volume Poétiques du merveilleux. Fantastique, science-fiction, fantasy en littérature et dans les arts visuels dirigé par Anne Besson et Evelyne Jacquelin vient de paraître aux éditions Artois Presses Universités.
La présentation de l'éditeur indique:
Réunir sous le signe du merveilleux les domaines du fantastique, de la science-fiction et de la fantasy ne va pas de soi si l’on se réfère aux théories établies qui ont d’abord cherché à saisir la spécificité de chacun d’entre eux en tentant de les circonscrire comme des territoires limités par des frontières. Cet ouvrage se propose de revenir sur les poétiques des genres de l’imaginaire pour mettre en lumière la porosité des catégories héritées, et notamment de la célèbre tripartition todorovienne entre merveilleux, fantastique et étrange. Les articles réunis repèrent avec une grande cohérence cette plasticité théorique contemporaine, qui s’impose à eux dans des corpus diversifiés, du roman post-moderne à la littérature pour la jeunesse en passant par le cinéma et les séries télévisées.
La table des matières nous montre l'intérêt porté aux textes anciens dans cet ouvrage avec notamment dans le domaine de la SF ancienne Le Docteur Lerne de Maurice Renard avec l'article "L’hybride : merveilleux et scientifique dans Le Docteur Lerne de Maurice Renard" signé par Hugues Chabot et Jérôme Goffette ou Descent to Hell de Charles Williams pour le domaine de la Fantasy avec Deborah Bridle-Surprenant qui publie "« A terrible good » : la poétique du surnaturel et du mysticisme dans Descent Into Hell (1937) de Charles Williams".

Anne Besson et Evelyne Jacquelin, Poétiques du merveilleux. Fantastique, science-fiction, fantasy en littérature et dans les arts visuelsArtois Presses Universités, 2015.

A lire:
Présentation de l'ouvrage sur le site de l'Université d'Artois

mercredi 14 janvier 2015

Robot, l'homme mécanique, spectacle d'art et d'anticipation scientifique (1937)


Cette publicité parue dans trois numéros de Rouge-Midi en février-mars 1937 annonce pour la grande kermesse de St-Charles un spectacle sur le thème du robot. Malgré les recherches effectuées, aucune autre information n'a pu être trouvée...


Source: Gallica

Que sera l'homme de l'an 5000 ? (1937)

Que sera l'homme de l'an 5000 ? - Le physiologiste anglais Barker établit que, vers l'an 5000, l'homme sera devenu un être répugnant. Ce savant a calculé qu'à cette époque qui n'est plus bien éloignée, l'homme n'aura plus de cheveux. Et la raison? C'est, dit M Barker, que le port continuel du chapeau les aura rendus inutiles et qu'ils seront tombés. Les dents elles-mêmes auront disparu l'homme futur, selon M. Barker, n'aura plus de dents, parce qu'il n'en aura plus besoin parce que sa nourriture sera préparée chimiquement et qu'il n'y aura plus nécessité de la mâcher. Déjà 75 % des écoliers anglais ont des dents défectueuses et, en l'an 3000, ce pourcentage sera absolu, soit de 100 %. Et ce qui concerne la vue, tout le monde portera des lunettes. Une autre surprise que nous réserve M. Barker est relative aux doigts de pied. Selon ses calculs, l'homme de l'an 5000 n'aura plus qu'un orteil, à quoi l'aura réduit l'usage de la chaussure moderne qui fait peser tout le poids du corps sur le seul gros orteil qui se développe monstrueusement, aux dépens des autres doigts, destinés à disparaître. Les ongles aussi seront éliminés, comme superflus.
Donc, selon M. Barker, l'homme de l'an 5000 sera esthétiquement un être répugnant, sans dents, sans cheveux, sans ongles, avec un seul doigt au pied.
Nos arrière-neveux pourront avec raison nous considérer comme des Adonis.


Journal des débats politiques et littéraires, n° 229, 20 août 1937

A lire sur ArchéoSF:

mardi 13 janvier 2015

lundi 12 janvier 2015

jeudi 8 janvier 2015

Critique de « l'avenir » de Victor Hugo (1867)



Critique de « l'avenir » 

de Victor Hugo (1867)

Comme nos lecteurs le savent, le grand ouvrage Paris-Guide qui paraît aujourd'hui à la librairie internationale devait être précédé d'une introduction de Victor Hugo.
Nous apprenons que les éditeurs ont réservé au public une surprise magnifique. Au lieu de quelques pages, le travail de Victor Hugo forme la moitié d'un petit volume.— Cette introduction est devenue un manifeste. C'est le Paris de la paix et de la liberté qu'évoque Victor Hugo. Il donne l’affiliation de cette grande capitale et nous la montre dans ses successives transformations puis, se dégageant du passé et du présent, le grand poète entr'ouvre l'avenir. C'est Paris, c'est l'Europe au vingtième siècle qu'il fait apparaître.
Merveilleux mirage ! Les temps des luttes homicides sont passés ; les frontières des peuples rivaux et jaloux se sont abaissées, la fraternité trône avec la liberté, sa sœur ,parmi les nations,émules pacifiques ; le progrès a repris sa marche, et l'industrie a trouvé son essor magnifique au sein de cette concorde des races. C'est alors que Paris occupe sa place véritable dans ce courant unanime de la civilisation. Il faut lire ce tableau superbe du Paris de l'avenir, opposé du Paris du passé, il faut entendre cet appel du génie à toutes les nobles passions de l'homme ; sous le coup de cette vision de l'idéal, on se sent meilleur et grandi. On est transporté hors des luttes mesquines et des petitesses du présent :!
Paris Guide ne pouvait avoir un plus beau préambule, et ce seul travail assurerait au livre, s'il en était besoin, un succès plus universel.
Voici les divisions de ce travail de Victor Hugo:
I .L'avenir.—II .Le passé.—III .Suprématie de Paris.—IV. Fonction de Paris. —V. Déclaration de paix.

Courrier de la Drôme et de l'Ardèche, 29 mai 1867

Le texte "L'Avenir" est disponible dans l'anthologie Paris Futurs, collection ArchéoSF, éditions publie.net en version numérique et version papier


mercredi 7 janvier 2015

Renée Dunan, Triple caresse (1922) : extrait

Renée Dunan est une personnalité qui fascine. Ecrivain, journaliste, critique,... ses talents sont multiples et ses positions souvent provocantes.
L'infatigable Fabrice Mundzik après avoir lancé un blog consacré à JH Rosny nous propose depuis le début 2015 un nouveau blog sur Renée Dunan. Articles d'époque, bibliographie, actualité de Renée Dunan sont au programme.
ArchéoSF profite de ce moment "Dunanien" pour reproduire un extrait de Triple caresse publié en 1922 dans L'Homme libre. Il y est question de révolution future et d'armes secrètes... Serait-ce le Grand Soir? Le site consacré à Renée Dunan présente longuement La Triple caresse.



La Triple caresse

La Triple caresse (Albert Michel, éd.-) de Mme Dunan, contrairement à ce qu'on pourrait penser, est l'histoire d'un homme, vaincu par les mille mesquineries de la vie provinciale, qui vient à Paris, s'y débat, sombre parfois, participe à-une révolution, y devient à la fois hors la loi par le pouvoir établi et par le pouvoir révolutionnaire, accède enfin dans l'ironie fatale de choses humaines au premier rang de l'Etat. Les trois caresses sont : l'amour, la puissance; l'argent. Voici un extrait du livre où l'auteur décrit une révolution :

Paris était fébrile durant ces événements. Les trois cent mille soldats qui avaient été amenés à proximité de la capitale durent être envoyés dans les villes révoltées. L'on donna ordre de faire revenir d'Algérie cent mille hommes, dont des mouvements séparatistes antérieurs avaient nécessité l'envoi.
C'est alors qu'eut lieu un étrange événement : le président du Conseil des Ministres d'Italie, Grealli, prononça un grand discours où il disait :. « L'heure est enfin venue de libérer nos frères tunisiens. L'heure est proche où l'oeuvre de l'Unité Italienne doit s'accomplir. Vive Bizerte italienne ! Notre primauté méditerranéenne s'affirmera bientôt. La Rive d'Azur est une annexe de notre immortelle Gênes. »
Lorsque cette sortie fut affichée à Paris, on crut que le peuple oublierait dans la menace-étrangère ses dissensions et ses colères. C'est alors que le gouvernement de la République connut qu'il avait irrémédiablement séparé la nation de ses maîtres. Le discours de Grealli passa au milieu des soucis quotidiens comme un événement sans. importance et l'idée d'une mobilisation qui hantait le Président de la République dut être abandonnée.
Il y eut dès lors, des collisions à Lille et à Saint-Etienne et encore des exécutions à Lyon. Les gouvernements étrangers envoyèrent chacun deux mille soldats pour la garde des ambassades.
Cette fois, Paris prit' la tête du mouvement de révolte. Les rancunes les plus lointaines, les colères de la Commune, des irritations accumulées durant tant de premiers mai où les dragons avaient chargé la foule, tant de vieux levains fermentèrent. On vit des gens, jusque- là inoffensifs, se livrer à des manifestations violentes. Chaque nuit, il y eut plusieurs agents de police assassinés et tous les grands magasins fermèrent.
L'état de siège fut décrété. Durant une orageuse réunion du Conseil des Ministres, le Président de la République avait dit que s'il le fallait il exécuterait un million d'hommes, mais que la Révolution n'aurait pas le dernier mot. Tous les ministres démissionnèrent, sauf Jacques Altmay, ministre de la Guerre, et Henri Plégrin, qui régnait sur les Postes et Télégraphes, tous, deux socialistes. Une sorte de dictature fut créée ; le général Mantrelas donna sa parole que si tous les moyens lui étaient confiés sans réserves, il materait le peuple.
Ce furent des heures étranges et mélancoliques. Les rues de Paris étaient suivies sans cesse par des bandes ardentes et coléreuses de désœuvrés, de grévistes et de lock-outés qui cherchaient à répandre le trop-plein de leur folie.
Des incidents surgissaient partout, presque toujours accompagnés de mort d'homme, et nul ne savait même pourquoi on avait tué. Une irritation pathologique tenait le peuple. On remarqua qu'il devenait insensible aux privations. Des milliers de malheureux ne songeaient plus à eux-mêmes, ils retrouvaient la démence mystique des premiers chrétiens.
Pourtant, il en fut de cela comme de l'agonie d'un homme, elle dure toujours plus longtemps qu'on ne se figurait. De même cet état morbide se prolongea un mois entier. Le général Mantrelas eut donc le temps de prendre toutes les mesures qui lui semblèrent propices. Il hâta sans le savoir l'explosion finale.
On avait organisé un système de roulement régulier des troupes. Sept cent cinquante mille hommes sous les armes devaient pouvoir assurer le maintien de « l'ordre ». Quatre armées de soixante mille hommes chacune étaient cantonnées en quatre points stratégiques choisis de façon à pouvoir se rendre très vite en n'importe quel lieu révolté. Cent soixante mille hommes circulaient entre les villes menacées par la révolte. Aucun régiment l'y séjournait plus de cinq jours. Les trois cent cinquante mille hommes de supplément étaient massés sur-la frontière italienne et allemande.
Toutes les villes de trente, mille habitants étaient nanties d'une Cour Martiale et les grandes cités s'en voyaient offrir de quatre à douze (Paris).
Les précautions de Mantrelas acquises, on crut l'heure venue de recourir à la manière forte, et le même jour cinq cents révolutionnaires -étaient incarcérés. Il y avait eu douze cents mandats, mais, malgré l'organisation militaire de Paris, qui passait pour admirable, cinquante commissaires occasionnels disparurent en allant effectuer les gestations. Nul ne put dire où ils avaient été emmenés. On sut seulement que la presque totalité de deux arrondissements, le dix-neuvième et la vingtième, étaient déjà aux mains de la révolte. Les cinq bataillons de coloniaux qui les occupaient fraternisaient avec la population et la plupart des officiers semblaient disparus.
On pensa en haut lieu que les révolutionnaires avaient aménagé une prison. Cependant, les cinq cents arrêtés étaient une bonne prise. Le même jour, le général Mantrelas était tué en sortant du Ministère de la Guerre, par un inconnu qui avait tiré une bande entière de mitrailleuse sur la voiture du ministre, d'un balcon proche. L'assassin s'enfuit. La mitrailleuse était restée sur le balcon.
A cinq heures, un énorme incendie se déclarait subitement au Ministère de l'Intérieur, causé par des bombes incendiaires pour avions qui avaient été portées là on ne sut par qui.
A sept heures, le groupe A. L. (Anarchie Libératrice) hissait le drapeau noir sur la mairie du vingtième arrondissement et déclarait prendre en charge le gouvernement de ce coin de Paris. Lorsque la nuit vint une angoisse nouvelle pesait sur la capitale déjà désertée par ses riches et ses gros négociants. Le peuple prétendait être le maître, mais comment se conduirait l'armée ?
Les rues devinrent une série de camps retranchés, mais les patrouilles ni les postes ne pouvaient agir dans toutes les voies de capitale et pour la première fois le gouvernement s'aperçut qu'il avait contre lui autre chose que des bandes d'énergumènes. Une sorte de commandement, aussi informé et soutenu que le vrai, agissait visiblement dans l'ombre. A proximité de postes, des incidents se produisirent régulièrement, suivis d'une sortie du poste et de sa destruction immédiate. Des mitrailleuses du nouveau système ultra-rapide, des fusils électriques utilisant la force centrifuge et dont on ne pouvait repérer les emplacements étaient aux mains des révolutionnaires sans qu'on pût deviner leur origine, ces armes étant secrètes et les stocks contrôlés.
La nuit tomba ce soir-là dans l'épouvantement. Le gouvernement accusait plusieurs centaines de morts, la désertion de milliers d'hommes et la révolte d'un régiment nègre qui, accueilli par le tir en enfilade de quatre mitrailleuses dans l'avenue de Neuilly, s'était débandé après avoir tué ses officiers.
Au général Mantrelas, le Président de la République succéda. Il supprima le Conseil des Ministres et se déclara dictateur. Des ordres d'une cruauté asiatique furent donnés. On devait fusiller au matin les cinq cents révolutionnaires arrêtés. En même temps, on tenta un regroupement des troupes. Tous les petits postes et les patrouilles furent ramenés dans le centre.
On reconquerrait Paris maison à maison s'il le fallait.
Mais au jour, la prison de la Santé, où étaient les révolutionnaires incarcérés, fut prise d'assaut. Des barricades avaient rendu impossible la venue des secours à temps. Pourtant, avant leur délivrance, plusieurs détenus furent exécutée par un gardien chef, tué lui-même plus tard, et qui avait été mandaté pour ces actes comme il fut prouvé par un pli secret trouvé sur son cadavre. Une série de combats violents s'engagèrent dès la venue des troupes régulières au secours des postes de garde de la prison qui furent d'ailleurs exterminés. La lutte mit en présence des outillages militaires équivalents et la peur régna en haut lieu. A midi, on disait que le pouvoir consentait à traiter. Dès une heure, toutefois, il procédait au regroupement des régiments fidèles et une sorte d'armistice, dont nul ne savait par qui, au nom de qui, et à quelles conditions il avait pu être sigillé, régna jusqu'au soir.
Le gouvernement très habile, avait donné l'ordre à trois armées de venir sans délai, l'une de Bourges, l'autre d'Amiens, la troisième de Thouàrs. Il comptait que ces cent quatre-vingt mille hommes commenceraient dès le soir à arriver. Il n'avait pas abandonné l'idée de reprendre Paris rue à rue en fusillant, s'il le fallait, lia moitié des habitants, ou en noyant des quartiers entiers d'ans les gaz asphyxiants.
L'après-midi fut calme. La main mystérieuse que l'on avait cru sentir dans l'organisation des révoltes précédentes ne se manifestait plus. Paris retrouva un semblant de tranquillité. Des gens sortirent pour voir ce qui se passait. Les cafés étaient bondés et l'on entendit des orchestres jouer des airs attendrissants, tandis que se préparait la fin.
Ce jour-là à quatre heures, le Grand Comité Central Révolutionnaire était réuni.

L'Homme libre, n° 2312, 22 novembre 1922

mardi 6 janvier 2015

Phil, Escalier préhistorique (1930)

Après un premier dessin narrant les exploits culinaires de nos lointains ancêtres, en voici un autre toujours signé Phil paru dans Ric et Rac n° 70 daté du 12 juillet 1930.
Dessin sans  titre mais avec cette légende: "Au secours ! A moi !... Voila mon escalier qui s'en va !"

Source Gallica

lundi 5 janvier 2015

Enigme du lundi #1 : qu'est-ce donc?

Première énigme de 2015 (en principe le rendez-vous sera plus régulier qu'en 2014) avec cet objet. Mais qu'est-ce donc ?




dimanche 4 janvier 2015

Les dimanches de l'abbé Bethléem 23, mai 1910

En 2012, ArchéoSF avait entrepris de dépouiller Romans Revue, revue de critique dirigée par le rigoriste Abbé Béthléem. L'aventure s'était poursuivie en 2013. En 2015, nous reprenons cette exploration avec cette semaine le numéro de mai 1910 (3ème année, n° 5), très riche concernant la littérature conjecturale, la littérature jeunesse et la littérature populaire.

Ce numéro est en effet exceptionnel pour l'amateur de littérature populaire sous toutes ses formes avec au sommaire une étude de M. Henry Pilate consacrée aux lectures des enfants (« c'est-à-dire sur les livres, les revues, les magazines, les albums et les diverses publications qui leur sont offerts ou destinés. »), puis un article de P. de Maigremont sur La Semaine de Suzette, une critique de plusieurs volumes de la collection Modern Bibliothèque. La partie « Les revues, journaux et magazines » critique vertement la publication L'Ecole nouvelle (une revue pédagogique bien trop laïque et rationaliste pour Romans Revue) et s'attaque au Journal des Voyages ( article que nous reproduisons intégralement ci-dessous). Parmi les romans du mois, Gaston Leroux et André Laurie sont mentionnés. Enfin le Carnet de Romans-Revue traite de l'actualité de la lutte « contre la presse malsaine » et parle du cas Karl May.

Le premier (long) article est le texte d'une conférence donnée par Henry Pilate sur le thème des « lectures des enfants ». Il regrette tout d'abord le défaut de lecture des enfants :

Les Enfants. — La plupart des enfants ne lisent plus ou lisent mal.

La faute en est à la vie moderne, à certains parents qui, d'aventure, ne lisent pas plus ou pas mieux que leurs fils et leurs filles ; mais surtout aux livres eux-mêmes, aux journaux et revues pour la jeunesse.
La vie moderne dissipe les facultés de l'enfant. Il s'attache rarement à une occupation ; il ne sait pas se divertir avec esprit de suite ; l'effort lui répugne, la persévérance lui est inconnue. Il joue mal, et il lit encore plus mal parce que la lecture est moins séduisante que le jeu…
Le cinématographe est un grand ennemi de la lecture. Il captive la jeunesse, alors que les projections expliquées ne l'intéressent plus guère. C'est que le fantastique, qu'il est inutile de chercher à comprendre, épargne à l'enfant un effort de la pensée pour suivre le conférencier, un effort des doigts pour feuilleter le livre de gravures.

Après le cinéma, c'est le récit sous bande (ancêtre de la bande dessinée) qui est attaqué :

C'est une série de dessins accompagnés d'une courte légende et d'images coloriées et soulignées par trois lignes de texte. Les images et les dessins sont souvent de déplaisantes caricatures ; le texte ne vaut pas mieux. Il n'y a là dedans rien qui soit capable de laisser dans l'âme des enfants un début de formation morale et artistique dont se dégagera peu à peu leur honnêteté et leur goût. Ces mêmes bambins qu'on nourrit physiquement des aliments les plus purs et les mieux stérilisés, n'ont pour le coeur et pour l'esprit qu'un aliment à peu près grossier.


Et si Henry Pilate reconnaît les mérites de Benjamin Rabier, Caran d'Ache ou Forain, il indique que la caricature échappe trop souvent aux enfants et que par la même ne leur est guère utile.

L'article suivant, signé P. de Maigremont, a pour titre « La Semaine de Suzette ». Ce périodique pour la jeunesse crée en 1905 reçoit les éloges de la rédaction :

« par ses romans honnêtes, ses nouvelles, ses récits d'aventures, jusque dans ses fictions elles mêmes et les exploits de Bécassine, non seulement elle développe l'imagination, forme le goût, mais aussi et surtout, elle laisse des traces durables et fécondes dans l'âme et dans le coeur de ses jeunes lectrices.
Dans les nombreuses publications enfantines que nous ayons là sous les yeux, on se contente de rester neutre. A la Semaine de Suzette on se déclare franchement pour Dieu et pour la religion catholique. »



La rubrique consacrée à la presse a pour tâche d'étudier du point de vue chrétien les périodiques du temps. Le Journal des Voyages bénéficie d'un longe article :

LE JOURNAL DES VOYAGES

Pourquoi le cacher ? Je viens de parcourir l'année 1909 du Journal des Voyages et mon attente a été bien déçue. J'espérais — ô candeur ! — y trouver d'amusants récits de voyages, d'instructives études géographiques, de suggestifs articles sur les us et coutumes, les croyances, les moeurs des divers
peuples, d'abondantes reproductions de sites pittoresques et de paysages enchanteurs. Fiez-vous à votre imagination !
Sans doute le Journal des Voyages donne dans ses 16 pages hebdomadaires, bien imprimées sur beau papier, d'attrayantes photographies et d'agréables lectures. En particulier, son supplément mensuel Sur Terre et sur Mer avec ses quatre rubriques intitulées : le Mouvement Géographique, du Sud au Nord, Les Troupes Coloniales, Les Sports Modernes m'a paru bien rédigé. Mais à côté de ces pages intéressantes, que de variétés insignifiantes, d'entre-filets sans intérêt, de légendes farouches, de romans ineptes et puérils !
Et pas la moindre annonce : ce qui semble indiquer que le Journal des Voyages compté des légions de lecteurs. Je doute qu'il ait autant de sympathies dans le public féminin.

Les nerfs de ses lectrices doivent être soumis en effet à de rudes épreuves. Les couvertures de magazines se signalent en général par la mièvrerie et la frivolité de leurs sujets. C'est un reproche que je n'adresserai certes pas au Journal des Voyages. Les gravures sur bois ou les compositions en couleurs qu'il nous donne n'ont rien de fade; ni d'amollissant. Elles frappent presque toujours par leur brutalité. Question de goûts, sans doute. Jugez plutôt,:.. Voici la Mort de Saô (1). Monseigneur le tigre Ong Kop dévore un cadavre étendu dans la jungle mystérieuse ; -— La Vengeance du Chaman (2) : dans la forêt qu'éclairé la lune impassible, une panthère bondit sur un petit enfant couché à terré et ligoté.— Les Bandits des Antipodes (3) : on se croirait dans certains quartiers de Paris.. Si tu bouges, je te fais sauter la cervelle. — Le Maître des Vampires (4) : le supplice de Prométhée. — Un enfant sacrifié aux esprits (5) un sorcier élève une lance à la hauteur de l'aisselle d'un malheureux enfant ligoté à un arbre.— La Bastille Turque (6) : à chaque clou est fixée une tête et les tyrans sanguinaires qui avaient ordonné ces décapitations venaient, à la lueur des torches; contempler les visages de leurs ennemis. — Les Esquimaux de l'Extrême-Nord (7) : Suivant une coutume dont ils ne comprennent pas l'horreur, les Esquimaux transportent les vieillards qui vont mourir sur les bords de la mer et, avant qu'ils aient rendu le dernier soupir, ils les jettent dans les flots.
Pour ma part, je ne comprends que trop l'horreur de ces « pages dramatiques ». Ah ! si elles n'étaient qu'occasionnelles, je n'en parlerais certainement pas. Mais ces gravures horribles sont nombreuses : il n'est pas de numéro où je n'en rencontre deux ou trois. Quand il serait si facile — certaines reproductions le prouvent assez — de nous donner des illustrations vivantes, artistiques et pittoresques !
Les images, il est vrai, répondent parfaitement aux récits. Et quels récits ! Des scènes de brigandage et de carnage, assassinats, bagarres, rixes, batailles et attentats où apparaissent dans toute leur hideur bandits de grand chemin et escarpes de moindre envergure, anthropophages odieux et brutes incivilisées, apaches et gredins, Sioux et Indiens. Revolvers et pistolets, fusils et épées, dagues et poignards, lancés et cravachés, toutes les armes y figurent. Y a-t-il eu quelque tuerie en Orient, les Arméniens ont-ils été massacres ? Vite on nous raconté longuement cette ignoble boucherie. Est-il dans un coin du globe une légende affreuse ? On ne nous en épargnera pas le moindre détail. Existe-t-il chez certaines tribus sauvages des pratiques barbares, des coutumes féroces, des usages cruels, des sacrifices sanglants ? On nous initiera à leur accomplissement. C'est un véritable musée des Horreurs.
Eh ! sans doute, je vous accorde volontiers qu'il y a encore des peuples grossiers aux instincts belliqueux, aux habitudes bestiales, aux moeurs violentes. Mais pourquoi vouloir arrêter complaisamment nos regards sur ces races brutales, et nous en parler sans cesse ? Il ne manque pourtant pas à travers le monde d'autres sujets dignes de notre attention. Ne connaissons nous pas dans notre propre pays nombre de légendes tristes ou gaies, attendries ou véhémentes, simples ou fleuries, de ces aimables contes où l'âme populaire s'est comme cristallisée dans sa naïveté et sa générosité? Dites-nous les et nous vous en saurons gré.

Certes, nous serions bien autrement intéressés que par ces vagues romans d'aventures, toujours les mêmes avec leurs épisodes invraisemblables et leurs pâles héros !
Le Journal des Voyages publie dans chaque numéro trois romans d'aventures. Si j'en excepte les Robinsons de l'Air et L'Aviateur du Pacifique, de notre Jules Verne militaire, le capitaine Danrit, que valent-ils ? Hélas ! ils ne conduiront pas leurs auteurs sous la Coupole. Vous me direz qu'ils s'adressent à de jeunes lecteurs et non point à des critiques grincheux comme votre serviteur. Eh bien, raison de plus pour que le style de leurs écrits soit très châtié, leur langue très pure et leur inspiration morale nettement affirmée, il ne faut donner à la jeunesse que de l'excellent : former le coeur d'un adolescent, éclairer son jugement, fortifier sa volonté, cultiver son esprit, quelle tâche noble et délicate ! Aussi, voyez la haute valeur littéraire et morale des couvres qu'on nous offre !

Voici Tom le Dompteur, de Louis Boussenard. M. et Mme Dixon sont propriétaires du Great American Circus, de San Francisco — évidemment, l'action ne peut se dérouler qu'en Amérique. — Ils sont en butte aux vexations d'ennemis acharnés, les Treize qui ont pour chef un millionnaire, s'il vous plaît, Jonathan. Leur fille Jane est fiancée au dompteur Tom. La fille de Jonathan, Lizzy, a vainement tenté de l'épouser. Ce Tom, qui a le flair d'un de ses lions, aidé de son ami le détective Fil-en-Soie — c'était inévitable — découvre les machinations de la bande.
Un jour que le cirque se rendait à Mexico, les Treize font dérailler le train. On se bat : les Dixon sont faits prisonniers. Lizzy, qui décidément est une jeune fille charmante, veut se venger : si Tom l'épouse, il sera libre. Quant à Jane, on la mariera à un de ses Indiens.
Ces conditions sont refusées. On va massacrer le dompteur et sa fiancée, quand comme par hasard survient l'indispensable Fil-en-Soie avec un clown du cirque. Nouveau combat : les Treize et leur chef sont tués. Lizzy expire après que Jane lui a pardonné. Douces moeurs.
L'auteur ne nous le dit pas, mais c'est bien certain, Jane et Tom se marièrent alors, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.
Le Roi du Radium de Paul d'Ivoi est bâti sur le même modèle. Mais ici le détective s'appelle Dick Fann et les rivaux sont des bijoutiers.
Le Maître des Vampires, de René Thévenin, dont l'action se déroule au Venezuela, est un chef d'oeuvre d'invraisemblance.
Les Chasseurs de Turquoises d'Henry Leturque bataillent en Perse. Le héros de ce bizarre récit est un jeune télégraphiste, Tape à l'OEil — ô harmonie des noms — qui se trouve un beau jour de juillet jeté dans le Nord-Express et tombe en Perse, où à peine arrivé, il retrouve son père, disparu mystérieusement. Au milieu d'incidents de toute sorte, il recherche le trésor du Mouton-Noir caché sous la « pierre qui tonne. »
Ai-je besoin d'insister sur le caractère factice et enfantin de ces romans ? Ce ne sont que des récits incolores et fantaisistes, aux péripéties multiples et inattendues, aux personnages sans relief et sans originalité. On n'y voit aucune suite dans les idées, aucune liaison dans les faits. « Quand le hasard s'en mêle, il fait de singulières choses, dit quelque part Tape à l'OEil ». C'est aussi l'avis de nos auteurs. On dit quelquefois que le hasard est la Providence des Journalistes. Que feraient les romanciers sans le hasard ? Les événements les plus extraordinaires surviennent toujours au moment le plus propice.
Tous ces romans n'ont du reste aucune portée. Où trouver une idée, un but moral dans ces lignes si décousues!
Somme toute, il est très regrettable de voir quelles inepties on offre à de jeunes lecteurs quand on pourrait leur donner de si beaux récits, capables de leur inspirer des pensées nobles et généreuses ! Notre histoire de France abonde en traits héroïques, en épisodes grandioses, en exploits éclatants : quelle mine magnifique à exploiter ! Notre histoire coloniale en particulier serait d'un attrait puissant avec ses campagnes si pleines d'imprévu et de bravoure, ses héros populaires. Le dévouement de nos missionnaires ans les terres lointaines, au milieu des dangers les plus graves, des périls les plus menaçants, quel thème splendide !
Mais les Nick Carter et les Buffalo Bill sont à l'ordre du jour et je vous avouerai qu'après tout c'était bien naturel que je trouve de telles pages dans Le Journal des Voyages quand comme prime d'abonnement, je recevais six livraisons des Aventures de Toto Fouinard, le petit détective parisien. Les titres étaient affriolants et suggestifs : on me donnait L'Etranglée de la Porte Saint-Martin, L'Introuvable Assassin, Un Clou dans un crâne,  Les Exploits de Piédeboeuf, 600.000 francs de diamants, le Tueur d'Enfants.
II y a déjà plusieurs années que se sont déclarés les symptômes de ce mal inquiétant ét depuis les romans policiers se sont multipliés à profusion. Il est absolument: nécessaire de réagir contre ce danger, on l'a dit ici même bien des fois.
Aussi, bien qu'à l'ordinaire je n'y rencontre rien d'irréligieux (8) ou d'immoral, j'aimerais peu cependant voir entre les mains de jeunes lecteurs le Journal des Voyages ; les scènes de cruautés, violentes, et brutales qui remplissent ses feuilles, sont de nature à impressionner fâcheusement des adolescents ; elles exciteraient leur imagination, émousseraient leur sensibilité, fausseraient leurs caractères. D'autre part, comme il n'ani valeur, morale ni grande valeur littéraire, sa lecture ne leur profiterait guère.
Et quant aux aînés, aux grandes personnes s'intéresseront-elles à des romans destinés à de petits apprentis frais émoulus de l'école primaire ? Hélas !
Robert Devannes

(1)-No 633, 17 janvier. — (2) 637, 14 février. —.(3) 648 2 mai - (4) 650, 16 mai. - (5) 654, 13 juin. — (6) 656, 27 juin. - (7) n° 665, 29 août (8) Que dire pourtant de certains articles où l'on nous représente la. Nuit de la Saint-Jean, comme un prétexte à batailles pour, la populace romaine, où l'on nous montre les pénitents noirs de Villefranche en discorde avec les pénitents bleus, etc. Je ne nie pas l'exactitude de ces renseignements, mais de grâce, pensez qu'il y a bien d'autres faits religieux intéressants, même au point, de vue pittoresque.


Dans la rubrique « A travers les romans du mois » R. Varende nous entretient du Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux et du Maître de l'abîme d'André Laurie.

Le Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux est classé comme « Roman pour grandes personnes »

Voulez-vous du merveilleux, de l'inédit ?
Cy le Fantôme de l'Opéra.
Cette histoire fantastique, mystérieuse, tragique est de celles qu'on ne résume point.
Le héros : Erick, laideur affreuse, tête qui semble une tête,de mort, yeux magiques qui brillent phosphorescents dans la nuit comme des yeux de chat.
Sa vie : s'exhibe comme mort vivant, vit en Perse où il amuse la favorite par ses tours, où il sème des trappes magiques, est condamné à mort, revient à Paris où il entreprend du travail à l'Opéra, se construit un abri dans les caves, effraie, terrorise, épouvante.
Ses aventures : il aime une cantatrice, se fait passer près d'elle pour l'ange de la musique, est jaloux du vicomte qui l'aime ; enlèvement, poursuite, ruse, victoire, toute la lyre. Il laissera partir la jeune fille, puisqu'elle osera lui donner un jour un baiser et qu'elle ne mourra point d'horreur.
La morale : mystère.
Que peuvent bien faire des histoires fantastiques, si ce n'est dresser les cheveux du lecteur, s'il en a encore, et s'il est un peu crédule ?
Dans la catégorie « Romans blancs » nous trouvons André Laurie avec Le Maître de l'abîme

Qui nous disait donc il y a quelques mois qu'André Laurie était mort ? Il nous donne un roman.
Roman d'aventures étourdissantes qui ravira d'aise les jeunes gens, les lecteurs assidus de Jules Verne. Jules Verne est mort, et Paschal Grousset, c'est-à-dire André Laurie. Ils publient ericore l'un et l'autre. C'est un mystère. Mais les jeenes lecteurs ne s'en plaindront pas.
Donc quelques Français et un Espagnol, qui montaient un sous-rmarin, ont été enlevés par un autre sous-marin, dans une île, :admirablement défendue, où règne le maître de l'Abîme. Comment ? Il serait trop long de le dire. Car leurs aventures leur font faire des découvertes étonnantes à chaque pas.
Ils vivent côté à côte, longtemps; réjouis par la gaîté d'un inoubliable Marseillais; ils pourraient être heureux. Mais la patrie..; Donc ils fuient en ballon.
Mais chemin faisant, ils nous ont bien divertis, intéressés, instruits...

La rubrique « Carnet de Romans-Revue » parle de l'actualité de la lutte en faveur des « bons livres » à travers l'Europe. On y apprend qu'en Allemagne une pétition a été signée par 30.000 femmes contre la « presse malsaine », s'insurgeant notamment contre le nombre de mineurs condamnés après avoir lu la presse immorale (c'est à dire les illustrés!). En Suisse c'est la lutte contre les fascicules « Buffalo Bill, Nick Carter et Co. » et elle obtient des succès célébrés par Romans-Revue :

Les conseils communaux de Fribourg, de Bulle, - comme ceux de Nyon et Vallorbe (canton de Vaud), de Neuchâtel, de Zurich, de Bâle - ont interdit d'exhiber les romans policiers ou brutaux dans les kiosques et de les vendre aux mineurs. Le premier arrondissement des chemins de fer fédéraux, cédant à une .emande du Conseiller d'Etat qui dirige la police du canton de Fribourg a fait disparaître la littérature policière et criminelIe(Nick Carter, Nat Pinkerton, etc.) de toutes les bibliothèques de son réseau, le 25 janvier dernier.

Enfin, Karl May fait l'objet d'un article du « Carnet de Romans-Revue » :

Karl May, le Jules Verne allemand, a souvent fait parler de lui. Le Journal catholique de Cologne, La Gazette populaire, l'accusa , il a quelques années d'avoir fabriqué au temps jadis des romans obscènes. Karl May se défendit, il certifia que les passages obscènes avaient été introduits par l'éditeur dans le corps de ses ouvrages : le tribunal lui donna raison dans des conditions qui
restèrent mystérieuses.
L'affaire cependant fut oubliée (Voir Romans-Revue, mars 1908). Mais voici qu'un écrivain nommé Libius a poussé les choses plus loin. Il prétend que Karl May est un mystificateur effronté. Non seulement il est l'auteur d'ouvrages pornographiques, non seulement il a commis des plagiats, mais sa vie passée est infâme. Le Jules Verne allemand serait, d'après Libius, un repris de justice, un voleur de profession, un brigand dans toute l'acception du mot.
A ces accusations, Karl May a répondu par une assignation, et devant le tribunal des échevins de Charlottenbourg, la vérité a été péremptoirement établie, Lebius a été acquitté, et Karl May convaincu de brigandage.
Ces révélations n'entachent en rien les traductions de Karl May qui ont été publiées en France par la distinguée femme de lettres qui signait J. de Rochay. Ces ouvrages, traduits et expurgés, méritent toujours l'estime des familles chrétiennes.

A dimanche prochain !