vendredi 31 mai 2013

René Thévenin, Les Chasseurs d'hommes



Les Moutons électriques proposent régulièrement des rééditions d'oeuvres un peu oubliées mais de grande valeur littéraire. On doit à la dynamique maison d'édition lyonnaise les rééditions de L'Effrayante aventure de Jules Lermina, La Cité des ténèbres et autres voyages excentriques de Léon Groc  ou de Un mois sous les mers de Tancrède Vallerey. Voici René Thévenin qui est réédité avec Les Chasseurs d'homme. Un nouvel incontournable a nouveau disponible!

Présentation de l'éditeur:
Depuis les terreurs et mystères qui se terrent au plus profond des jungles, jusqu’aux glaciers qui enserrent la dernière des villes humaines, l’anticipation de René Thévenin (1877-1967) fait se croiser des surhommes, des aventuriers et des individus ordinaires, tous plongés dans des destins hors du commun.
L’auteur est déjà oublié et pourtant : non content d’avoir signé en 1911 Le Collier de l’idole de fer – un bijou archaïque dont on découvre en le lisant qu’il a littéralement servi de réservoir de scènes et d’images à Hergé et Jacobs – et, en 1929, Les Chasseurs d’hommes, grand roman surhumain qu’on dirait coécrit par Rosny aîné et Abraham Merritt –, il a aussi usé du pseudonyme d’André Valérie pour Sur l’autre face du monde, authentique chef-d’œuvre de l’anticipation lointaine paru en 1935.
Deux ans plus tard, il signait Martial Cendres le scénario de Futuropolis, la première vraie bande dessinée de science-fiction française, mise en image par René Pellos. Une plume à redécouvrir d’urgence, donc, à travers ce recueil de ses trois principaux romans.
Préface de Serge Lehman.
Postface de Jean-Luc Buard.

René Thévenin, Les Chasseurs d'hommes et autres récits conjecturaux
Les Moutons électriques, 2013 (disponible à partir du 6 juin)

mardi 28 mai 2013

Jules Verne et le travail de l'imagination



Dessin publié dans le tome V de l'Encyclopédie de la jeunesse, éditions Librairie Larousse, 1918

lundi 27 mai 2013

Enigme du lundi: que font ces hommes?

Nouvelle énigme du lundi avec ces hommes autour d'une grosse boule. Mais que font-ils?


lundi 20 mai 2013

Enigme du lundi : à quoi sert cette machine ?

Nouveau lundi, nouvelle énigme scientifique et technique avec cette machine datant des années 1920... A quoi servait-elle?


samedi 18 mai 2013

Léon Lambry, Ken et son chien (1931): illustration

Une illustration parue dans Pierrot en 1931 pour la nouvelle "Ken et son chien. Le texte est à lire sur ArchéoSF les textes.





lundi 13 mai 2013

Gabriel Timmory, A rire d'ailes! (1909) [feuilleton, épisode 6 - fin]

Sixième et dernier épisode de notre feuilleton aéroplanesque A rire d'ailes! (1909) par Gabriel Timmory.



A RIRE D'AILES ( feuilleton, sixième et dernier épisode)


Du DIX-SEPTIEME au DEUX MILLE HUIT CENT QUATRIEME TABLEAU.. — Défilé de S. M. Guillaume II dans ses différents uniformes (mise en scène de M. de Bülow)

DEUX MILLE HUIT CENT CINQUIEME TABLEAU. — Le théâtre de la Nature (mise en scène de M. Jéhovah). Le Roi et Amélie remontent en aéroplane pour revenir à Paris.
Le temps s'est enfin mis au froid. En passant au-dessus de Champigny, cependant que souffle une bise glaciale, les voyageurs aperçoivent, sur une sorte de tertre, entouré d'arbres dénudés, un monsieur et une dame, qui, avec des gestes larges, semblent déclamer.
Ils atterrissent et reconnaissent, avec stupéfaction M. et Mme. Silvain.
LE ROI, à Silvain. — Comment vous, cher maître, ici, en peplum, par dix degrés au-dessous de zéro ?
SILVAIN, — Oui, moi, Silvain.
Mme SILVAIN. — Et sa femme.
AMÉLIE. — Que faites-vous donc ?
SILVAIN. — Vous ne devinez donc pas ? Sur cette scène, où, tout l'été, s'illustre Albert d'Armont, nous jouons, tout l'hiver, la tragédie.
LE Roi. — Quelle singulière idée.
Mille SILVAIN. — Nous avons tellement l'habitude du théâtre en plein air que nous étouffons dans une salle de spectacle.
AMÉLIE. — Mais vous êtes seuls, vous n'avez pas d'auditoire
SILVAIN, très noble. — Nous jouons, pour Dieu. et pour nous!... Enchaînons, Louise !
MIIlC SILVAIN, très aimable. — Vous savez que les billets de faveur ne sont pas supprimés : si vous voulez prendre un siège.
LE ROI. — Excusez-nous : nous sommes très pressés.
AMÉLIE. — Oui, on nous attend.
Ils filent, cependant que le couple Silvain continue à rugir dans le désert.

DEUX MILLE HUIT CENT SIXIEME TABLEAU. — Une soirée à la Santé (mise en scène de M. le Dr Doyen). Les détenus de la Santé, ayant, comme ceux de Riom et de Nîmes, réclamé un adoucissement à leur régime, M. Clemenceau les a autorisés à donner une grande soirée. On s'est disputé les invitations. Quand le Roi et Amélie arrivent, la fête bat son plein.
LE DIPLODOCUS, se dandinant. — Je m'amuse beaucoup à Paris. C'est un ville charmante.
UN MONSIEUR, s'approchant de lui. — Peut-on vous racheter quelques vertèbres ?
Le diplodocus lui en cède deux ou trois au plus juste prix.
LEMOINE, à Le Poittevin. — Je ne me serais jamais douté que les prisons fussent aussi mondaines. Vous avez eu tort de me laisser filer.
LE POITTEVIN. — Je vous fais toutes mes excuses.
LE MONSIEUR, à Lemoine, — Peut-on vous racheter quelques diamants?
LEMOlNE. — Des diamants, je n'en ai pas sur moi. Mais j'ai la recette. (Il la lui vend).
UNE JEUNE FEMME. — Il me faudrait trouver, cette .fois, un établissement sérieux.
LE MONSIEUR, accourant. — Voulez-vous que je vous rachète votre capital ?
LA JEUNE FEMME.— Hélas, monsieur, j'ai été épousée, puis plaquée par un Bulgare : je n'ai plus de capital...
LE MONSIEUR. — Du moment que vous avez encore les intérêts, on peut encore s'arranger ! (Il l'entraîne dans une cellule confortablement
meublée où l'affaire se conclut et l'amiable.
)
ABD EL MAL-AZIZ, ex-sultan du Maroc, se promenant tristement. — Pourvu que Moulaï n'arrive pas ici ! Il me ferait flanquer à la porte.
LA FEMME D'UN MINISTRE. — Ne vous désolez pas, pauvre Sire ! vous me donnez un sujet de pièces.
ABD- EL - MAZ - AZIZ. Vraiment?
LA DAME. — Oui... J'ai même déjà le titre: Répudié !
LE MONSIEUR de tout à l'heure surgissant à ce moment. — Superbe, le titre ! Voulez- vous que je vous le rachète ?
LA DAME. — Volontiers. (Il le lui paye au poids de l'or).
AMÉLIE (au mon- sieur). — Ah ça, qui êtes-vous donc, monsieur, qui voulez tout racheter ?
LE ROI. - Oui, qui êtes-vous?
LE MONSIEUR. — Le député Bourrat. Depuis que j'ai mené à bien le rachat de l'Ouest, je veux tout racheter.
AMÉLIE. — C'est un tic.
BOURRAT, — C'est une manie. (Au Roi, lui montrant Amélie.) Voulez-vous que je vous la rachète?
Le Roi proteste violemment.
Dispute. A ce moment, un autre scandale se produit. Abdul-Hamid qui, devenu trop Jeune-Turc, est tombé en enfance, se rend tellement insupportable qu'on le flanque à la Sublime Porte. On prend parti pour ou contre le sultan. Bagarre. Nuit.

DEUX MILLE HUIT CENT SEPTIEME TABLEAU. — Apothéose (mise en scène de M. Santos-Dumont). Réconciliation générale autour de Wright trônant sur son pylône. Charles Humbert embrasse Bunau-Varilla. Chaumié embrasse Téry. Antoine embrasse Ginisty. La Veuve Joyeuse, qui arrive de Berlin, embrasse tout le monde... Projection. Feux de Bengale.
LE ROI. — Joli tableau !
AMÉLIE. — Ça. nous fait une sortie.
MM. MICHEAU ET SAMUEL, survenant, — En attendant, vous aurez l'un et l'autre, cinq louis d'amende pour avoir raté votre entrée !

RIDEAU 

dimanche 12 mai 2013

Gabriel Timmory, A rire d'ailes! (1909) [feuilleton, épisode 5]

Cinquième épisode de notre feuilleton A Rire d'ailes! (1909) par Gabriel Timmory.


A RIRE D'AILES (épisode 5)

SEIZIEME TABLEAU. — La rue du Quatre-Septembre (mise en scène de M. Lépine). Le roi se décide à inviter Amélie à dîner dans un coquet appartement qu'il possède rue du Quatre-Septembre, mais il lui est impossible, — toujours à cause des travaux, — d'arriver jusque chez lui. Fort heureusement, il rencontre Hélène Dutrieu qui cherche à vendre l'appareil qui lui a servi à exécuter son fameux numéro de la flèche humaine, Il le lui achète. On l'installe devant les fenêtres de l'immeuble où habite le roi.

DIX-SEPTIEME TABLEA U. - Les flèches humaines (mise en scène réglée par M. le Directeur du Prytanée de La Flèche): Le Roi et Amélie descendent à bicyclette, à une allure vertigineuse, le « looping » d'Hélène Dutrieu et sont ainsi projetés dans l'appartement. Ils dînent de bon appétit, puis veulent causer, pas moyen ; il y a au-dessus d'eux un maudit Piano qui, faisant rage, leur coupe net le fil de leurs idées. Le Roi, furieux, fait monter le concierge et apprend de lui qu'il a pour voisin le général Picquart qui a loué une chambre de bonne pour y mobiliser, tout à son aise sur le clavier, Beethoven, Schumann et Chopin.
Le Roi et Amélie s'enfuient précipitamment, reprennent un aéroplane et, dix minutes plus tard, débarquent au col de la Schlucht.

DIX-HUITIEME TABLEAU. — Le col de la Schlucht (mise en scène de M. de Moltke). Le Roi et Amélie ont la bonne surprise d'y rencontrer S. M. Guillaume II. Exclamations joyeuses.
GUILLAUME. — Tiens ! Jean !
LE ROI. — Guillaume ! Alors décidément, entres-tu en France ?
GUILLAUME. — Non.
AMÉLIE. — Votre Majesté est trop pressée sans doute ; elle a été mise .en retard par une panne d'automobile ?
GUILLAUME. — Une panne ? Bêtise !
LE Roi. — Tu as craint de créer des incidents ?
GUILLAUME. — Des incidents ? Bêtise !
AMÉLIE. — Alors ?
GUILLAUME. — Vous voulez la vraie raison ?
LE ROI. — Oui.
GUILLAUME. — Eh bien, voilà ! J'ai réfléchi, au dernier moment, que c'était contraire à toutes mes habitudes de pénétrer dans un pays sans avoir le costume qui convient à la circonstance, je ne suis donc pas entré en France, parce que j'ai oublié de me commander un uniforme de général français !
AMÉLIE. — Vous devez en avoir de bien jolis, des uniformes.
GUILLAUME. — Voulez-vous les voir ?
LE Roi. — Certainement.

Suite et fin demain ! 

samedi 11 mai 2013

Gabriel Timmory, A rire d'ailes! (1909) [feuilleton, épisode 4]

Quatrième épisode de notre feuilleton A rire d'ailes ! (1909) par Gabriel Timmory.


A RIRE D'AILES (épisode 4)


SIXIEME TABLEAU. — La Maison Dorée (mise en scène de M. Raphaël Flateau).
LE ROI, entrant, à Amélie. - Ici, c'est une vieille réputation. On mange très bien.
AMÉLIE. — Tant mieux. Moi, littéralement, mon chéri, je crève !
LE Roi. — Bouge pas. Je vais te réconforter tout de suite. (A M. Simyan qui accourt. ) Avant tout, donnez-moi du petit bleu.
M. SIMYAN. — Bien. monsieur.
(Il s'éloigne.)
LE ROI.— C'est curieux. Là - bas, il y avait foule. Ici le couvert n'est
même pas mis.
AMÉLIE. - Quel drôle de restaurant!
M. SIMYAN, revenant et apportant sur un plateau une carte pneumatique. — Voilà, monsieur.
LE ROI. — Est-ce que vous vous fichez de moi ? C'est ce que vous appelez donner à boire?
M. SIMYAN. — Mais on ne donne pas plus ici à boire qu'à manger !
AMÉLIE. — Quel drôle de restaurant !
M. SIMYAN. — Ce n'est pas un restaurant, madame, c'est un bureau de poste et des mieux tenus, comme vous pouvez le voir. (Il commande,) Un coup de ballet, s'il vous plait !

SEPTIEME TABLEAU. — Le Ballet à la poste (mise en scène de M. Victor de Cottens), Entrée des télégraphistes (Tiller's girls), enlaçant des trottins vieux marcheurs (Tiller's girls). Valse renversée par les petites femmes du boulevard (Tiller's girls). Fandango par les distributeurs. de prospectus (Tiller's girls), les hommes-sandwich et les camelots (Tiller's girls). Couronnement des bustes d'Aurélien Scholl et d'Alphonse Karr (Tiller's girls). Nuit.

LE ROI. — Tous mes compliments.
AMÉLIE. — La poste a fait de grands progrès.
M. SIMYAN. — Voulez-vous en juger ?

HUITIEME, NEUVIEME, DIXIEME ONZIEME, DOUZIEME, TREI-
ZIEME, - QUATORZIEME ET QUINZIEME TABLEAUX. —
Les Progrès. de la poste. — Scènes cinématographiques (réglées par M. Pierre Decourcelle pour la maison Pathé frères), où l'on voit deux jeunes gens, qui veulent se marier par correspondance, attendant avec impatience leurs lettres qui leur arrivent chaque fois avec une dizaine d'années de retard, et ne parviennent à s'épouser qu'à l'âge de quatre-vingt-quinze ans ; où l'on assiste aussi au voyage d'une carte postale illustrée qui, mise à la poste au bureau de .la Bourse, fait le tour du monde avant de parvenir à sa destination, rue Vivienne.

vendredi 10 mai 2013

Gabriel Timmory, A Rire d'ailes! ( 1909) [feuilleton, épisode 3]

Suite de notre feuilleton Gabriel Timmory, A Rire d'ailes! (1909)

A RIRE D'AILES (épisode 3)


DEUXIEME TABLEAU. — Une loge de l'Odéon (mise en scène de
M. Ginisty)
.
LE ROI, se tâtant pour voir. s'il n'a rien de cassé. , - Sapristi ! Quelle aventure !... Ma chérie, est-tu intacte ?
AMÉLIE. — Oui. autant que je puis l'être.
LE Roi. - Où sommes-nous ?
AMÉLIE. - Attends... Oui... c'est ça... Nous sommes à l'Odéon.
LE ROI. — C'est ce qui s'appelle tomber dans le vide... Mais au moins,
tu ne te ressens pas de ta chute ?
AMÉLIE. — Oh, moi, tu sais ! Une chute de plus ou de moins !...
M. ANTOINE, sortant de son cabinet, d'où il a entendu le bruit des voix. — C'est insensé, ma parole ! Pour une fois qu'il y a du monde ici, pas un de mes fourneaux d'employés n'a l'idée de me prévenir ! (II se rue dans la. loge avec le plus aimable empressement.) Ah! monsieur! Ah! madame! Que c'est gentil à vous d'être venus !... Que faut-il vous servir? L'Abbé Mouret, L'Apprentie, Ramuntcho ?
LE ROI (vivement). — Non, merci.
ANTOINE. — Préférez-vous une nouveauté, L'Arlésienne ?
AMÉLIE.—Non, mon vieux: j'aime mieux Sherlock.
ANTOINE, furieux. — Foutez-moi le camp !
On chasse le Roi et Amélie.
Demeuré seul, Antoine, pour oublier l'affront qui vient de lui être fait, décide d'assister au ballet de ses conférenciers.

TROISIEME TABLEAU. — Le Ballet des Conférenciers (mise en scène de M. P.-L. Fleys). — Entrée de M. Nozière, en Grec : il sort d'une carafe pour esquisser avec des Bacchantes des pas voluptueux. — Arrive ensuite M. Bernardin, en rasoir, qui prend des poses plastiques, au milieu des femmes personnifiant les différentes Barbes. M. Laurent Tailhade, en Satyre, lutine des Nymphes. Après quoi paraît M. Abel Bonnard ! des Naïades arrosent généreusement la petite cressonnière qu'il a sur la tête. — Et c'est enfin M. Lajeunesse, qui surgit tout nu d'un fossé, avec la voix duquel (voix de fossé), il roucoule une romance : les petits oiseaux, croyant entendre un rossignol, accourent de toutes parts et prennent leurs ébats sur l'air immortel de Viens Poupoule, Nuit.

QUATRIEME TABLEAU. —
La place Saint-Michel (mise en scène de M.Lépine). — Des chariots. Des tombereaux. Des madriers. Des grues (à vapeur, malheureusement). — Des charpentes métalliques. Des tas de moellons. Des ornières. L'auto-taxi que le Roi et A mélie ont pris en quittant l'Odéon vient de s'embourber : les voyageurs en sortent péniblement quand arrive un agent.
L'AGENT. — Qu'est-ce que vous faites-là ?
AMÉLIE. — Vous le voyez bien. Nous essayons de traverser la place.
L'AGENT. — Naturellement ! Ça vous est égal de gêner la circulation !
LE Roi. - En quoi ?
L'AGENT. - Mais en circulant, parbleu ! Parole d'honneur, ils sont extra-
ordinaires tous ces lascars-là ! Ça vient ici à pied, en voiture, à cheval, en auto, en tramway ! Et ça ne s'aperçoit pas que ça tient de la place! Et ça récrimine quand il y a des accidents ! Mais, nom d'un pétard, si tous les passants se mettent à encombrer les rues, où voulez-vous qu'on mette les briques, les moellons, les gravats, les machines, les tas de pavés et autres ustensiles propices à la
réflexion de la voie publique ? Tâchez moyen de disparaître !
LE ROI. - Si on allait dîner ?
AMÉLIE. — Où ça, chez Paillard ? Chez Henry ? Chez Lapré ? au Café de Paris ?....
LE ROI. — Pas du tout : je vais t'emmener dans le seul restaurant qui
soit vraiment à la mode...
AMÉLIE. — Et quel est-il ?
LE Roi. — La caserne du Prince Eugène.

CINQUIEME TABLEAU. — Réfectoire du Prince Eugène, (Mise en
scène du prince Eugène Héros)
Depuis que M. Chéron a donné mission à M. Marguery d'améliorer
l'ordinaire des soldats, tout le monde veut y goûter : le réfectoire de la caserne du prince Eugène est le rendez-vous de la plus élégante société parisienne ,M M. Chéron et Marguery sont littéralement débordés.
M. MARGUERY (apportant un plat à M. Caillaux). — Voilà votre veau, monsieur. C'est moi-même qui l'ait fait revenir.
M. CAILLAUX. — Ah ! il est revenu ? Je l'impose !
Violente discussion. — Les autres clients, qu'on néglige, protestent.
M. PIERRE WOLFF. - Et ma tête de veau ?
M. LE GÉNÉRAL D'AMADE. — Et mes épinards ?
Mme JEANNE BLOCH. - Et mon gras-double ?
JANE DERVAL. — Et mes tripes? Jamais on ne les a attendues aussi longtemps !
M. ANDRÉ DE FONQUIÈRES. — Et mes suprêmes d'émincés à la Montespan ?
M. GAILHARD. — Et mes suprêmes d'évincé à la Messager ?
Mlle PAULETTE DARTY. — Et mon eau de Vals lente ?
M. ALEXANDRE DUVAL. - Et mon bouillon ?
Arrivant au milieu de de tohu-bohu, le Roi et Amélie ne trouvent à se mettre sous la dent qu'une paire de pantoufles de cavalerie. Ils s'enfuient.

La suite demain!

jeudi 9 mai 2013

Gabriel Timmory, A Rire d'ailes! ( 1909) [feuilleton, épisode 2]

Gabriel Timmory propose en 1909 la fantaisie théâtrale A Rires d'ailes. Voici le second épisode de notre feuilleton reprenant le texte original.


A RIRE D'AILES (deuxième épisode)

On passe à la discussion du détail. On a presque terminé quand survient M. Francis Robin, candidat perpétuel à la direction de tous les établissements de Paris, qui demande à faire une saison d'été avec la revue. On le conspue, et on lève la séance, non sans toutefois avoir adopté un projet de scénario de la dite revue.
C'est ce scénario qu'une heureuse indiscrétion nous permet de faire connaître à nos lecteurs. Le voici :

PREMIER TABLEAU. - Le théâtre représente l'immensité (mise en scène de M. Fernand Samuel)
Une multitude d'aéroplanes évolue dans tous les sens : aéroplanes de luxe et de livraison, aérobus, aérotaxis, etc.

LE SOLEIL.Quelle sale invention que ces aéroplanes ! Je viens encore de recevoir un coup d'aile dans l'œil.
LA LUNE.Imbécile ! C'est de ta faute. Pourquoi les regardes-tu en face? Fais comme moi. Tourne-leur le dos.
Cinq heures. Les vrais Parisiens sortent de chez eux ; les plus
notoires d'entre eux apparaissent dans le firmament.

M. SAMUEL (directeur des Variétés), regardant avec satisfaction les aéroplanes qui se croisent dans l'espace,Ce défilé à 1.200 mètres d'altitude est admirablement réglé. Voilà ce qui s'appelle monter une pièce !
M. DE MONTESQUIOU (le dépassant).Je suis décidément le chef des hauteurs suaves.
M. CATULLE MENDÈS (qui plane en relisant Scarron). C'est la première fois que mon œuvre va aux nues.
M. BÉRENGER (qui n'a entendu que le dernier mot).Les nues ? Il faudra que je les fasse habiller.
Mlle LITVINNE (qui fait une petite promenade dans un aéroplane de déménagement),C'est maintenant que je vais pouvoir donner des notes élevées ! (Apercevant Régina Badet qui bondit légèrement à travers l'infini.) courez-vous donc, chère amie ?
RÉGINA BADET.Je vais voir de plus près le paratonnerre de la Tour
Eiffel.
LITVINNE.Peuh! La Tour Eiffel, comme distraction, c'est maigre !
RÉGINA BADET.Que voulez-vous ? Nous autres danseuses, nous sommes comme la foudre : les pointes nous attirent.
On aperçoit aussi les frères Isola dans leur aéroplane couplé « Paul et Virginie », piloté par Marcel Simond ; M. Henri Brisson dans son aéro-nef le «Rigole-haut». Mme Réjane, très excitée par le nouveau sport, parce qu'elle prend l'Empyrée pour un homme ; et M. Jacques Inaudi, absorbé dans ses chiffres : il cherche la solution du problème suivant : « Etant donnée la distance de la Terre au Soleil, calculer celle de la Grande-Ourse au Pré Catelan, et en déduire l'âge de Sarah Bernhardt ».
LILIANE GREUZE (en passant à côté de Madeleine Carlier),- Je suis déjà allée au ciel, mais jamais aussi convenablement.
MADELEINE CARLIER, - C'est très chic de venir ici. On nous prend pour des étoiles.
VIVIANI.Quel ennui ! Je viens de les éteindre : impossible à présent d'allumer mon cigare. (A un Monsieur qui passe en aéro-taxi.)Auriez-vous l'amabilité de me donner du feu ?
LE MONSIEUR. ;— Du feu ? A moi, Pataud ? Vous en avez une
santé ! (Il fait dédaigneusement un court-circuit pour aller retrouver son ami Mansuelle. Depuis quelque temps un élégant aéroplane majestueux suit de très près un autre véhicule, dans lequel a pris place une délicieuse blonde.)
LA BLONDE (tout-à-coup),Zut ! Faut relayer. Mon moteur est grippé !
LE PERSONNAGE MAJESTUEUX (saisissant l'occasion par ses chichis et s'approchant aussitôt).- Permettez-moi de lui offrir une petite pastille.
LA BLONDE. — Trop aimable, monsieur. A qui ai-je l'honneur ?
LE PERSONNAGE MAJESTUEUX. — Jean IV, roi de Cerdagne.
LA BLONDE. — Le roi des Variétés ? Je me disais aussi : Ce monsieur ressemble à Brasseur !
LE ROI. — Quoi d'étonnant ? Vous ressemblez bien à Cassive !
LA BLONDE. — Y a des chances ! Je suis Amélie, des Nouveautés.
LE Roi. - Enchanté de vous rencontrer !
AMÉLIE. - Et moi donc! J'ai bien connu des princes : mais, un roi, c'est
de l'avancement !
Le Roi s'avance, en effet, jusqu'à offrir à Amélie de s'asseoir à ses
côtés. Retenus, l'un aux Variétés, l'autre aux Nouveau
tés, ils n'ont guère eu de loisir de connaître Paris : ils décident de l'explorer ensemble, tels le compère et la commère d'une revue.
Mais, comme il faut d'abord se connaître soi-même, ils se livrent dans l'aéroplane à des explorations mutuelles si passionnées, que la machine bascule et qu'ils sont précipités, à travers les airs, dans une loge de l'Odéon.

La suite demain! 

mercredi 8 mai 2013

Gabriel Timmory, A Rire d'ailes! ( 1909) [feuilleton, épisode 1]

Nous allons passer ce long week-end, pour celles et ceux qui ont la chance de faire le "pont" en compagnie de Gabriel Timmory et de sa fantaisie théâtrale A rire d'ailes! publiée dans L'Almanach du rire et de Fantasio en 1909. Le sous-titre inscrit dans la revue peut laisser croire qu'il s'agit d'une anticipation lointaine:



En fait il n'en est rien car le sous-titre exact est Revue aréoplanesque en deux mille huit cent sept... tableaux. Il ne s'agit donc pas d'une date mais d'un nombre. Le dernier mot a peut-être sauté à la mise en page.
Il n'en reste pas moins que le texte est intéressant car il livre en 1909 les espoirs et les craintes quand à un ciel envahi par les aéroplanes divers et variés.

A RIRE D' AILES !
Revue aéroplanesque en deux mille huit cent sept [tableaux]

EN UN NOMBRE INCALCULABLE DE TABLEAUX, MONTÉE A FRAIS COMMUNS, MAIS DE LA FAÇON LA PLUS DISTINGUÉE PAR LES DIRECTEURS DES GRANDS MUSIC-HALLS DE PARIS, AVEC LE CONCOURS DE NOS PLUS ÉMINENTS METTEURS EN SCÈNE.

PROLOGUE

Le grand salon de réception de Fantasio, somptueusement décoré de tous les ordres étrangers. Electricité de Ceylan. Objets d'art Turmeyer. Fauteuils de Perdrix. Tableaux de Vichy. Divans Caryll. Bibelots Téro.

M. BANNEL (directeur des Folies-Bergère). - Alors, on nous a fait venir ?.
M. BARASFORD (directeur de l'Alhambra) — Pour nous prier de monter, à frais communs, une grande revue.
M. FONTANES (directeur du Châtelet). — Une revue ? Encore ? Très peu pour moi, on ne m'y repincera plus ! (Il. s'évapore pour aller faire le tour du monde à prix réduits.)
Mme VARLET (directrice de la Gaîté-Rochechouart). — Ne nous occupons pas de ce lâcheur. Il n'y a encore que les femmes pour montrer de l'estomac.
Tous, la regardant, légèrement émoustillés. — C'est vrai !
M. HABREKORN (directeur de Ba-Ta-Clan). — Voulez-vous que j'aille le chercher ?. Vous savez tous que je ramène très bien.
( Cris unanimes : Non! Non! Inutile!.
Le principe de la revue est adopté.)
M. DE COTTENS (directeur de l'Olympia). — Je suppose qu'il y aura des petites Anglaises.
M. ROZENBERG (directeur de l'Apollo). — Et un rôle pour ma femme.
M. AUMONT (directeur du Moulin-Rouge). — Et des soupers.
M. DESPREZ (directeur de Marigny), très timidement, — Voilà bien des complications pour les changements. Comment fera- t-on pour enlever tout ça ?
M. BORNEY (autre directeur de Marigny). — Ne mettez donc pas de bâtons dans les roues môssieu Desprez. Vous êtes toujours trop autoritaire. N'est-ce pas, môssieu Flateau ?
M. RAPHAËL FLATEAU (directeur de la Cigale). — Je suis de l'avis de M. Magne.
M. MAGNE (autre directeur de la Cigale). — Moi, je pense comme Flateau.
M. RUEZ (directeur de Parisiana). — Moi, je n'ai pas d'opinion. Depuis que je n'ai plus à diriger qu'un seul établissement à la fois, je me sens tout désorienté.
M. LE COINTE (directeur de la Scala et de l'Eldorado) .— Voulez-vous que je vous repasse la Scala ?
M. RUEZ. — Trop aimable, merci. Revenons à notre revue.

La suite demain!