vendredi 31 août 2012

Vassili Avenarius, Histoire extraordinaire d'un Pompéien ressuscité (1898)

La science-fiction ancienne n'est évidemment pas l'apanage de la France.
Si ArchéoSF se penche surtout sur la production francophone (et on estime à environ 5000 le nombre de textes relevant de ce domaine), d'autres explorent la production de différents pays. 
Viktoriya et Patrice Lajoye se sont spécialisés dans la science fiction et le fantastique russes. Leur blog Russkaya Fantastika est une mine. Ils ont publié divers ouvrages et se lancent dans la réédition de textes anciens en auto-édition. Sans doute le marché est un peu restreint pour ce type d'ouvrages (d'où le choix de l'auto-édition) mais l'on doit à ces passionnés de nous permettre de lire ces textes oubliés.

Le premier vient de paraître. Il s'agit de l'Histoire extraordinaire d'un Pompéien réssucité de Vassili Avenarius. Publié à l'origine en France dans la Nouvelle revue en 1898, il était tombé dans l'oubli.
On ne peut qu'encourager ces initiatives visant à partager un patrimoine qui dort dans les périodiques, les bibliothèques et chez certains collectionneurs. Le livre est disponible sur Lulu.com, Amazon et iBookstore (format papier et numérique - sans DRM!)

Présentation de l'édition:


Auteur totalement inconnu de nos jours en France, Vassili Avenarius (1839-1923) fut particulièrement célèbre à la fin du XIXe siècle et au début du XXe pour ses contes pour enfant. Isolé au sein de son oeuvre, l’Histoire extraordinaire d’un Pompéien ressuscité est un récit de science-fiction avant l’heure, qui voit le retour à la vie d’un habitant momifié de Pompéi, un retour qui a pour cadre une Italie moderne, avec ses savants misanthropes, ses ouvriers presque esclaves, ses journalistes filous et ses Anglais voleurs. Avénarius livre au travers de ce récit non pas une satire, mais une critique du monde moderne, de sa frénésie, de son absence de morale quand tout est tourné vers l’argent roi. Un récit injustement oublié qu’il nous fallait ressusciter...

Traduit du russe par A. Challandes (1898).
Texte révisé, présenté et annoté par Viktoriya et Patrice Lajoye 



jeudi 30 août 2012

Le monde du futur!

Une nouvelle vidéo du futur avec cette vision datant de 1957!


La semaine prochaine, une autre vidéo du futur!

mercredi 29 août 2012

Louis Figuier, La Femme avant le déluge (feuilleton, épisode 2)

Après avoir présenté Louis Figuier et son projet de théâtre de vulgarisation scientifique et donné à lire l'avant propos de La Femme avant le déluge, ArchéoSF vous propose d'entrer dans la pièce de Louis Figuier avec les deux premières scènes. L'intrigue est pour le moment principalement amoureuse mais elle donne le cadre à l'ensemble de l'histoire (et bientôt viendront les éléments scientifiques et conjecturaux!).

LA FEMME AVANT LE DELUGE

Un paysage prêt de la mer Glaciale. - Au fond, la mer. avec des glaçons au bord du rivage. - Des sapins et des blocs de glace, à gauche. - Au premier plan, à droite, une chaumière, et devant la chaumière, un banc de mousse.

SCÈNE PREMIERE
Au lever du rideau, on entend un bruit de grelots, à gauche.
CHRISTIANA, elle sort vivement de la chaumière, à droite.
Les grelots d'un traîneau?... (Regardant au fond, vers la gauche ) Le traîneau s'arrête à l'auberge du Renard bleu (Vivement.) Serait-ce sir Evans? (Désappointée.) Non; c'est monsieur Ramponeau, avec sa nièce, madame de Beaugençy.

SCÈNE II
CHRISTIANA, RAMPONEAU, DIANE.

RAMPONEAU.
Eh! oui, mademoiselle Christiana, c'est nous! Notre promenade est terminée. Nous venons de remiser notre traîneau et nos coursiers... deux rennes superbes. à l'auberge du Renard bleu, et nous sommes disposés à faire le plus grand honneur au dîner qui nous attend dans votre chaumière hospitalière. Quand je pense que je vous ai vue toute petite. tenez, pas plus haute que ça.(il fait un geste avec la main.) et que maintenant vous voila bonne à marier. ça ne me rajeunit pas

CHRISTIANA.
Ah ! je me souviens très bien, M. Ramponeau, de vous avoir vu ici, pendant que mon pauvre père vivait encore.

RAMPONEAU.
Le pécheur Ivan Pétrowick? C'est lui qui m'a vendu ma cargaison d'ivoire, à mon premier voyage dans votre Sibérie! Et comme il était bon, franc, serviable, votre père, le pêcheur Ivan Pétrowick.

DIANE.
Christiana a hérite de toutes ses excellentes qualités, mon oncle; car c'est avec une bonne grâce charmante qu'elle a mis, dès notre arrivée, sa chaumière à notre disposition; et elle rend plus faciles, par ses bons conseils, nos promenades dans les environs. (A Christiana.) Sais-tu d'où nous venons, dans notre traîneau ?

CHRISTIANA.
Non, Madame.

DIANE, montrant le fond, à gauche.
De là-bas, tout là-bas.

CHRISTIANA.
Des îles d'ivoire?

DIANE.
Précisément. Nous avons vu la Léna se diviser en plusieurs bras, pour se jeter dans la mer Glaciale. C'est un spectacle superbe (A Ramponeau.) Aussi dit-on, ici, les bouches de la Léna, comme on dit les bouches du Nil, du Danube et du Bosphore.

RAMPONEAU.
Pourquoi n'ajoutes-tu pas: les bouches du Rhône ?

DIANE, riant.
Parce qu'il y a trop de moustiques!

CHRISTIANA, timidement.
Et sir Evans, où l'avez-vous laissé ?

DIANE.
Nous l'avons laissé un pied sur un glaçon du fleuve, et l'autre sur un glaçon de la mer. Il nous rejoindra tout à l'heure.

RAMPONBAU.
Quant à son professeur, le savant M. Fresquelly, il a les deux pieds sur le même glaçon.

CHRISTIANA, riant.
Mais il va s'enrhumer!

DIANE.
Non ! Ces Messieurs, armés de pioches, fouillent les profondeurs des rivages glacés de la mer, pour en dégager le Mammouth qu'ils ont eu le bonheur de découvrir; et ils mettent tant d'ardeur à ce travail, qu'ils ne s'aperçoivent ni du vent, ni du froid. Mais moi, qui n'ai pas le feu sacré de la science, je ne serais pas fâchée de me réconforter un peu. Et tu serais bien gentille, ma petite Christiana, de me donner une tasse de lait, tout chaud.

RAMPONEAU.
Mais ma nièce, il n'y a ici, ni vache, ni chèvre, ni brebis!

CHRISTIANA.
Il y a de grands troupeaux de rennes, M. Ramponeau et je serai charmée d'offrir à Madame le lait des nourrices sauvages de notre Sibérie.
Elle entre dans la chaumière.

DIANE , à Ramponeau.
Des courses en traîneaux si rapides qu'on en perd la respiration... des fourrures si épaisses qu'elles bravent le thermomètre. (Elle croise son manteau de fourrure.) une terre unie et blanche, comme la nappe d'un repas de cérémonie. une mer sur laquelle on marche. (Montrant Christiana, qui sort de la chaumière, une tasse de lait à la main.) des paysannes habillées comme des chanteuses d'opérettes. (Elle regarde la tasse que lui offre Christiana.) et du lait crémeux, comme du lait de brebis. (Elle prend la tasse) écumeux, comme du lait d'ânesse. (Elle porte la tasse à ses lèvres et boit.) savoureux comme du lait de chèvre. (Elle rend la tasse vide à Christiana, qui la prend et entre dans la chaumière.) Mais la Sibérie est un pays charmant! Et quand je pense que vous ne vouliez pas me laisser partir avec vous! Vous me croyez donc incapable d'affronter les fatigues, le danger?...

RAMPONEAU.
Pardon, madame ma nièce, je crois une Parisienne capable de tout affronter. surtout quand elle est veuve.

DIANE.
Comme moi. A vrai dire, mon bon petit oncle, nous n'avons eu jusqu'ici rien à affronter du tout, grâce à votre expérience, grâce au confortable du Triton, le bateau à vapeur qui nous a conduits ici, grâce enfin, au savoir du professeur Fresquelly.

RAMPONEAU.
Oui, M. Fresquelly qui venait, avec sir Evans, son élève, explorer le nord de la Sibérie, et que nous avons rencontré à Yakoust, au moment où nous y arrivions Je me rendes à Yakoust,pour mon commerce d'ivoire, nos deux savants y venaient, pour faire des explorations géologiques: cela trouvé à merveille, et nous ne nous quittons plus. Nous nous retrouvons chaque jour, à la table de l'aimable Christiana... Tu sais que j'ai fait ma fortune en achetant des défenses d'éléphants fossiles, que je revends en France. J'ai reçu, cette année, deux commandes d'ivoire de Sibérie, de cent mille francs chacune, l'une d'un fabricant de billes de billard de la rue Popincourt. l'autre d'un fabricant de pianos du faubourg Poissonnière. (Riant.) Les billes qui rouleront cet hiver sur les billards parisiens, et les claviers des pianos qui accompagneront les chanteurs à la mode, auront, ma chère nièce, cent mille ans d'existence!...


DIANE
Comment, le piano que j'ai acheté, rue Saint-Georges, payable en quatre ans, à vingt-cinq francs par mois, a des touches fossiles ?

RAMPONEAU
Parfaitement.

DIANE
Je tapote les dents d'un éléphant qui broutait l'herbe avant le déluge ?

RAMPONEAU
Et ce vénérable pachyderme ne se doutait guère, pendant qu'il dégustait les fougères de l'ancien monde, que tu jouerais un jour les Cloches de Corneville sur ses vieilles quenottes... Ah! ça, mais ! dis-moi, tu n'es pas venue en Sibérie pour m'entendre faire une conférence sur l'ivoire fossile ?

DIANE, riant.
Certes, non !

RAMPONEAU
Mais enfin pourquoi as-tu voulu absolument m'accompagner en Sibérie ?. Tu ne me feras pas accroire que ce soit pour veiller sur l'oncle Ramponeau?

DIANE
Non! un oncle qui a fait dix-huit fois le voyage de Paris aux îles d'ivoire et des îles d'ivoire à Paris, c'est lui qui veille sur sa nièce!...

RAMPONEAU.
Ah! j'y suis! Les médecins ont mis à la mode les émanations des bois de sapins. tu es venue respirer l'air des sapins du Nord.

DIANE.
Il y a des sapins au bois de Boulogne, et l'air du bois de Boulogne aurait été tout aussi agréable et moins cher à respirer.

RAMPONEAU.
Si tu étais romanesque, je croirais que tu es partie pour contempler les bords désolés de la Léna.

DIANE.
Mais je ne suis pas romanesque.

RAMPONEAU.
Aurais-tu l'intention d'écrire, pour la Revue des Deux Mondes, un article sur le passé et l'avenir de la province de Yakoust?

DIANE, riant.
Dieu m'en préserve !

RAMPONEAU.
Voyons, Diane, tu aimes le monde, le plaisir, la toilette, les boulevards de Paris, et pourtant tu as absolument tenu à venir avec moi, dans ce pays sauvage. Ce n'est pas nature!: il y a quelque chose là-dessous.

DIANE.
Eh bien, mon oncle, je serai franche. Si j'ai voulu venir ici, où l'on grelotte, ici, on l'on s'ennuie, ici on l'on manque de tout.

RAMPONEAU.
Eh bien ?...

DIANE.
C'est que mon cousin y venait.

RAMPONEAU.
Ton cousin Ludovic, le lieutenant du Triton?

DIANE.
Lui-même... Il m'aimait avant mon mariage.

RAMPONEAU.
Je le sais parbleu bien! Il sortait de l'école de Brest, avec le grade d'enseigne de vaisseau. Il me demanda ta main. Mais il était sans fortune, et je dus lui préférer M. de Beaugençy, qui était banquier et millionnaire.

DIANE.
Oui seulement, je n'aimais pas M. de Beaugençy, et je pleurai beaucoup, quand je dus me résigner à accepter sa main. Quant à Ludovic, le jour même de mon mariage, il partit, comme enseigne, à bord d'un aviso.

RAMPONEAU.
Et penser que juste trois semaines après le départ de Ludovic, tu étais veuve, et que, de son coté, Ludovic héritait de quarante mille livres de rentes, et passait, comme lieutenant, à bord du Triton !... Ah! si on pouvait deviner !...

DIANE
Mais on ne peut pas deviner

RAMPONEAU.
De façon que vous voilà, toi, jeune veuve, et lui garçon à marier. Mais ce qui ne s'est pas fait il y a un an, peut se faire aujourd'hui. Que Ludovic me redemande ta main, et cette fois, je ne la refuserai pas, je t'en réponds.

DIANE
Il y a une petite difficulté, mon oncle: c'est que Ludovic ne vous redemandera pas ma main.

RAMPONEAU.
Et pourquoi cela, ma nièce ?

DIANE
Parce qu'il ne m'aime plus.


RAMPONEAU.
Allons donc! Il t'aime plus que jamais: c'est facile à voir.

DIANE
Non; il est facile devoir qu'il n'est plus le même envers moi, depuis mon mariage.

RAMPONEAU.
Oui, mais depuis ton veuvage ?

DIANE
C'est pire encore.

RAMPONEAU

Comment? Chaque jour il se montre plus empressé auprès de toi.

DIANE
Trop empressé, mon oncle.

RAMPONEAU
Je ne comprends pas.

DIANE
Vous allez comprendre. Quand j'étais jeune fille, tout, dans les allures et dans les paroles de mon cousin, me disait qu'il désirant faire de moi sa femme. Il ne me parlait pas d'amour mais sa tendresse perçait à travers son respect. Un regard timide, un serrement de main rapide et tremblant, une fleur donnée avec hésitation, un soupir à demi étouffé, ce n'était rien en apparence, mais au fond c'était l'aveu de son cœur. Maintenant, Ludovic fixe hardiment ses yeux sur les miens; il m'adresse des déclarations a brûle-pourpoint, sans le moindre embarras; et s'il me présente une fleur, c'est comme s'il m'ocrait. un petit pâté. Il m'aime peut-être encore, mais il m'aime tout autrement

RAMPONEAU.
Ah!

DIANE
Ses manières cavalières frisent l'impertinence, et cette nouvelle façon de me faire la cour, me révolte, autant que son respectueux amour me touchait autrefois!... Il est sans doute fort empressé auprès de moi; et, même (Baissant les yeux.) fort entreprenant, mais quant à m'épouser, il n'en parle jamais.

RAMPONEAU.
Quelle peut être la cause d'un pareil changement dans ses manières? (Apercevant Ludovic, qui entre par la droite.) Mais, le voilà, ton chenapan de Ludovic !

DIANE, serrant la main de Ramponeau.
Alors, plus un mot ! 

A suivre!





mardi 28 août 2012

La planète Mars comme Curiosity ne vous la montrera jamais !

Curiosity nous montre une planète un peu désertique tout de même. Heureusement que nous avons de bons vieux chromos qui nous dévoilent les magnifiques canaux martiens! 

Source de l'image: Delcampe: le paradis des collectionneurs !

lundi 27 août 2012

Enigme : à quoi sert cet engin?

ArchéoSF vous propose aujourd'hui une nouvelle énigme avec cet engin et cette question: mais à quoi sert-il?


dimanche 26 août 2012

Les dimanches de l'abbé Béthléem 8 : décembre 1908

Nous poursuivons notre exploration du périodique dirigé par l'Abbé Béthléem, célèbre pour son ouvrage Romans à lire et romans à proscrire, Romans-Revue qui, comme son nom l'indique, tient la chronique des parutions de romans mais aussi du théâtre, des essais, des journaux, etc.

Peu de choses concernant la science-fiction dans ce dernier numéro de l'année. Signalons tout de même après la mort de Victorien Sardou une bibliographique critique (du point de vue moral) dans laquelle on trouve la mention d'une révolution à Monaco:


Rabagas (1872), histoire d'une révolution en raccourci. Le prince de Monaco est en lutte avec son peuple ; il est bon, mais ses sujets sont menés et pervertis par Rabagas, sa brasserie du Crapaud Volant et son journal La Carmagnole.Le prince, menacé par la Révolution fait appel à Rabagas.Celui-ci fait volte-face, devient gouvernemental et finalement fait fusiller ses anciens partisans. L'ordre est rétabli ; Rabagas est congédié par le prince. L'oeuvre fit grand bruit : tout le monde reconnut Gambetta dans Rabagas.
Point de véritable conjecture donc mais un déplacement exotique pour railler la politique française.


Mention est faite de La Cité ardente d'Henry Carton de Wiart mais il s'agit en fait d'un roman de chevalerie.

La section « romans et récits » critique Les aventures merveilleuses de Serge Myrendhal sur la planète Mars, par H. GAYAR(Laumonier).— Livre intéressant; pour ceux que ne rebutent pas les invraisemblances.
Très honnête.

En fin de volume on trouve une copieuse table des matières qui indexe pas moins de 1.200 articles et titres cités.
Ainsi se termine la première année de Romans-Revue. On remarquera donc que la littérature conjecturale n'est nullement absente de ce relevé et que les collaborateurs de la revue ne dédaignent pas le roman policier ou la littérature d'imagination. 

A dimanche prochain !


A lire sur ArchéoSF:

Les dimanches de l'abbé Bethléem 1: mars-mai 1908

jeudi 23 août 2012

La mode du futur...

... ou comment on voyait la mode des années 2000 vers 1930 !


Et jeudi prochain une autre vidéo du futur

mercredi 22 août 2012

Louis Figuier, La Femme avant le déluge (feuilleton, épisode 1)


Fichier:Louis Figuier02.jpg
Louis Figuier (voir sa fiche sur wikipedia) fut un vulgarisateur scientifique très connu en son temps. Il s'essaya au théâtre scientifique (sans grand succès à vrai dire). La plupart des pièces relève de la biographie (de grands scientifiques et techniciens comme Gutenberg, Keppler, Denis Papin ou Franklin).
Dans sa préface à la publication en volume de son théâtre scientifique (La Science au théâtre, éditions Tresse et Stock, 1889, 2 volumes), Louis Figuier ne se trompe guère en affirmant: « Une tentative aussi originale que celle dont il est question ici. ne doit point prétendre à réussir du premier coup: elle ne peut que lentement prendre racine et porter ses fruits. J'ai si souvent exposé. dans mes ouvrages, les difficultés et les luttes que tout inventeur rencontre sur son chemin, que je sais parfaitement qu'il faut un temps considérable pour qu'une innovation triomphe de la routine et perce l'épaisseur de l'indifférence générale. » En revanche il croyait vraiment au succès de ce théâtre de la science...
Œuvres bien oubliées, nous avons choisi de vous présenter, parmi ces pièces, La Femme avant le déluge sous la forme d'un feuilleton à suivre.
Au moment de la publication en volume, cette pièce n'avait jamais été représentée et Louis Figuier, dans sa préface, invitait les directeurs de théâtre à se saisir de celle-ci et des autres restées inédites. Il semble que ce voeu soit resté lettre morte.
Le texte s'ouvre sur une présentation (scientifique) de l'intrigue.


La Femme avant le déluge
comédie en un acte

Personnages:
FRESQUELLY, géologue.
SIR EVANS, élève de Fresquelly.
LUDOVIC, lieutenant de vaisseau.
RAMPONEAU, négociant.
DIANE DE BEAUGENÇY
CHRISTIANA, jeune Sibérienne.

L'action se passe au nord de la Sibérie, aux bords de la mer Glaciale.
De nos jours.

En 1800, un naturaliste russe, Gabriel Sarytschew, voyageait dans le nord de la Sibérie. Étant parvenu non loin de la mer Glaciale, il trouva sur les bords de l'Alaséia, rivière qui se jette dans cette mer, le cadavre entier d'un Mammouth, environné de glace. Le corps était dans un état complet de conservation, car le contact permanent des glaces l'avait préservé de toute putréfaction. On sait qu'à la température de zéro et au-dessous, les substances animales ne se putréfient point si bien que, dans nos ménages, on pourrait conserver indéfiniment la viande des animaux de boucherie, le gibier ou le poisson, en les maintenant sous une couche de glace. C'est ce qui était arrivé pour le Mammouth que Gabriel Sarytschew découvrit sur les rives glacées de l'Alaséia, et qui avait été mis à nu par l'action du courant de ce fleuve. Le flot, creusant la berge, avait dégagé de la glace, il était emprisonné depuis des milliers d'années, le monstrueux pachyderme, qui se trouvait presque debout sur ses quatre pieds. Le corps, renfermait ses chairs, ainsi que toute la peau, à laquelle de longs poils adhéraient, en certaines places. Il servit d'aliment aux pêcheurs de ces rivages.
Ce fait curieux, rapporté dans mon ouvrage, La Terre avant le déluge, expliquera certaines parties de la comédie que l'on va lire. Mais l'auteur s'est proposé surtout de donner un résumé scénique des mœurs et des coutumes de l'humanité primitive. La fiction qu'il emploie est de supposer une femme antédiluvienne renaissant de nos jours, et reproduisant les particularités diverses de l'existence des premiers habitants de notre globe.
Tel est l'objet du long monologue et de la grande scène mimée (Scène XI) qui forme le point culminant de cette comédie, dans laquelle la science et le théâtre sont combinés de manière à amuser et à instruire tout à la fois. 

La suite la semaine prochaine!

lundi 20 août 2012

André Laurie, De Brest à New-York en sept heures

Gallica propose de nombreux outils comme l'exportation de vignettes et de diaporamas. Profitons-en avec celui consacré aux illustrations signées Edouard Riou pour De Brest à New-York en sept heures par André Laurie (1889) 

dimanche 19 août 2012

Les dimanches de l'abbé Bethléem 7: novembre 1908

Nous poursuivons l'exploration des critiques des oeuvres conjecturales par Romans- Revue dirigé par l'Abbé Bethléem (lire la présentation). Arsène Lupin est à nouveau à l'honneur, apparaît Kowa la mystérieuse de Charles Foley et la polémique concernant Le Maître de la Terre se poursuit.

On ne passera pas sous silence la critique de la pièce Arsène Lupin :
Arsène Lupin, pièce en trois actes par MM. Francis DÉCROISSET et Maurice LEBLANC. — La pièce est tirée du célèbre roman de Maurice Leblanc. Elle est inoffensive pour les têtes bien faites ; elle est inintelligible pour tous.

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux..., il n'est point d'apache non plus qui, au théâtre, ne puisse plaire aux yeux... Sur les trottoirs, dans nos cours et nos jardins, il est hideux à voir « le bandit aux poings de tueur, la bête basse effroyablement mâchoirée, l'animal aux lourdes pattes, à la gueule féroce. » Sur la scène, il n'a rien du type de Geffroy, il est un homme du monde dans le sens restreint que donnent à ce mot les mondains, il est nippé comme un dandy, habile comme Robert Houdin, distingué comme un « lion » et fin comme un renard. Les parisiens en font leur coqueluche. On admire toujours l'habile prestidigitateur qui, pour quelques francs, donne quelques heures d'ahurissement.
On sait ce que nous pensons en général, de ce genre de pièces et de livres. Leur popularité même et leur vogue inépuisable sont un symptôme inquiétant de l'avilissement de l'esprit public. Un peuple qui s'amuse à de pareilles balivernes et se contente pour alimenter son intelligence de cette littérature misérable, est un peuple en décadence. Une pièce qui aux applaudissements frénétiques de milliers de personnes fait l'apothéose d'un bandit, héros chevaleresque, amoureux choyé, est une oeuvre de lente corruption intellectuelle.
Une mention de Kowa la mystérieuse, roman paru en 1908 et réédité par exemple dans la collection Le Disque Rouge (1932).

Kowa la mystérieuse, par Ch. FOLEY. (Laffitte).— Sujet: la rivalité des Jaunes et des Blancs en Amérique ; récit captivant. Quelques mots de trop ne permettent pas de l'offrir aux petites jeunes filles.



Kowa la mystérieuse est le nom d'une ville souterraine chinoise située sous San Francisco en Amérique. Evidemment ces vils Asiatiques n'ont pas des buts très honorables. On retrouve le nom de cette ville dans La Cité de l'Ombre Jaune et Les Jardins de l'Ombre Jaune, série Bob Morane. Le héros des Araignés de Fritz Lang ( le seul roman, tronqué, du réalisateur allemand) descend aussi dans les profondeurs de San Francisco dans une Chinatown clandestine et souterraine.
La couverture est des plus suggestives!


« A travers les périodiques » mentionne un article « L'homme-oiseau et l'homme-poisson » publié dans L'Idéal, revue de M. l'abbé Coubé. Sans doute ne s'agit-il que d'un article scientifique sur la conquête des l'air et des profondeurs mais...

La rubrique « Consultations & petit courrier » revient sur les approches différentes, pour ne pas dire opposées, du roman Le Maître de la Terre de Benson en septembre puis octobre 1908.

Je me permets de vous consulter au sujet du « Maître de la terre » et de vous signaler la contradiction qui existe au sujet de ce roman entre deux article de Romans-Revue, etc.

R. — Il y a eu en effet dans « Romans-Revue », deux articles sinon contradictoires, du moins différents d'aspect et de ton, concernant le célèbre roman de Benson. Il serait facile de trouver dans la presse catholique les appréciations les plus variées sur ce livre, comme sur Qao Vsdis ? De Sienkiewiez, La Vierge d'Avila, de Catulle Mendés, et nombre d'autres. Les livres qui remuent des idées religieuses, surtout s'ils appartiennent à la littérature conjecturale, soulèvent autour d'eux tant de brouhaha qu'il faut un peu de temps et de recul pour y voir clair. Le temps et le recul sont aujourd'hui suffisants et voici ce que nous croyons en toute conscience pouvoir déclarer, après avoir pris . conseil d'hommes compétents et considérés : il y a eu, à propos du Maître de la Terre, d'abord un engouement, excité par Drumont qui y voit sans doute la réalisation de ses idées pessimistes. Puis, à la réflexion, on s'est aperçu que le roman ne faisait pas du tout la part belle à l'Eglise. Il est sûr que l'Eglise n'y joue pas un rôle honorable, puisqu'elle est réduite à finir dans la stérilité et la violence. Ses ennemis prévalent contre elle, et s'ils n'ont pas les honneurs du triomphe, c'est que Dieu intervient par un coup de force pour détruire le monde. L'auteur aurait pu appliquer ses facultés d'invention à une oeuvre moins débilitante que cette noire Apocalypse. Son livre n'est pas à recommander.
La Riposte, d'Amiens, La Revue Critique du Libéralisme et La Semaine Religieuse, de Cambrai, donnent la même note. Nous croyons qu'elle est la vraie.
(1) Le roman est donné en feuilleton dans La Libre parole [journal antisémite dirigé par Edouard Drumont]


A dimanche prochain !




A lire sur ArchéoSF:

Les dimanches de l'abbé Bethléem 1: mars-mai 1908

vendredi 17 août 2012

Paris-Londres en taxi volant !

En 1958, la couverture du n°3 de la nouvelle série de Meccano Magazine présentait une illustration proposant pour 1968 un trajet Paris-Londres en taxi volant ! Parfois les anticipations sont un peu ambitieuses et optimistes !


A lire sur ArchéoSF:

Humour extraterrestre (vignette publiée dans Meccano Magazine)
Chasseurs d'images (photographie publiée dans Meccano Magazine)
Le Super-Athlète du futur ( anticipation sportive publié dans Meccano Magazine)

mercredi 15 août 2012

Dopage: Le super-athlète du futur ne doit pas devenir un fakir !



En 1958, Meccano-Magazine propose un numéro consacré à l'an 2000. Parmi les articles, on trouve cette anticipation du sport du futur et une liste des records établis.

Exclusif
Après la mort de Laufer, le docteur Lambert lance un S.O.S:
Le super-athlète de l'an 2000 ne doit pas devenir un fakir!

Coureur honnête crédité d'un 3'40'' 'au 1.500 metres (record mondial 325’’ 2/10) I'Allemand Laufer prétendait réaliser d'un seul coup, sans transition, le temps effarant de 3'15''! On connaît la suite : iI s’est tué à l'entraînement le 27 avril 2000 en préparant cette tentative. Le docteur Lambert, éminent spécialiste cardiologue, révèle en exclusivité pour les lecteurs de « Meccano-Magazine » |es causes de cette mort.
Je connaissais bien Laufer. II m'avait dit : « L'athlétisme va appartenir maintenant aux purs scientifiques. J'ai découvert une méthode qui me fera réaliser 3'15” au 1.500 metres! »
Et devant mon étonnement : « Vers 1956, a-t-il continué, on a découvert l’entrainement fractionné — 20 à 40 distances courtes et rapides par jour — remplaçant l'entraînement à la Suédoise, long et lent.
A peu près à la même époque, on s'est aperçu qu'un gros coeur était un avantage pour le coureur, alors que quelques années plus tôt, il interdisait la pratique du sport ! Le coeur, en effet, est un muscle : il restait a le développer comme tous les muscles! Aujourd’hui, le cceur d'un coureur moyen a un volume de 1.500 centimètres cubes (750 pour un coeur normal, 1.300 au maximum pour un marathonien de 1960). Vous savez comment on y est parvenu : entraînement intensif, nourriture synthétique, oxygénisation des muscles, et surtout gymnastique cardio-respiratoire, qui consiste à respirer le plus doucement possible.
« C’est en poussant cette dernière méthode à fond que j'ai fait ma découverte, docteur : en m’entraînant des journées entières à respirer de moins en moins vite, je me suis aperçu que tout mon corps s’endormait comme si les organes ralentissaient, y compris mon coeur qui me semblait battre moins vite. Regardez docteur... »
Et devant moi, je le révèle pour la première fois, Laufer s’est penché, il a laissé tomber ses bras. La respiration déjà lente naturellement s’est encore ralentie, tout en devenant plus bruyante. II devait bien inspirer durant trente secondes, et expirer durant quarante. Je lui ai parlé, il ne m'entendait pas. On aurait dit qu’il dormait, que tout son corps dormait. Je n’avais pas de pistolet-chronomètre électronique alors pour en donner le départ j’ai frappé dans mes mains. II est parti à une allure qu'il n’avait jamais atteinte. II devait réaliser 3’26” 4/10!
« Je me suis réveillé dans la dernière ligne droite, m’a-t-il déclaré à l'arrivée. C’est donc que ma méthode n’est pas encore au point. Oui, docteur, je dis bien: réveillé! Vous m'avez vu tomber dans un état second, mon corps s’hiberne comme celui de certains animaux en hiver. Mais je n’ai rien inventé : c'est par cette méthode que les fakirs et les yogas parvenaient à se transpercer le corps ou à dormir sur des clous... »
Pourquoi alors, Laufer est-il mort quelques jours plus tard? En ralentissant toutes les fonctions de ses organes par hibernation humaine, il est probable qu’il aura ramené les pulsations-minutes de son coeur à 25 ou même 20. Son corps n’a pas résisté...
Oh, je sais bien que la mort de Laufer, loin d’en décourager certains va au contraire leur donner I’idée de mettre au point sa méthode. On y parviendra, sans doute. Mais je pose alors la question : ces hommes qui, courent sans même savoir ce qu'ils font, endormis scientifiquement, biologiquement «dopés», inconscients, dans un état second qui ressemblera fort au somnambulisme, ces hommes mériteront-ils encore le titre de sportifs?

Docteur LAMBERT

L'article se conclue par un tableau comparatif (avec une note amusante sur le saut en hauteur) des records établis en 1958 et 2000. 



(1) Depuis les 2 m. 28 de 1970, on sait que plus aucun record n'a été homologué par la Fédération Internationale. Le saut en hauteur est devenu aujourd'hui un exercice de saut périlleux... Rappelons que le sud-africain Ogodo vient de réaliser... 3 m. 82. Depuis trente ans les officiels no savent plus dire (on les comprend) à quel moment finit le saut en hauteur pur et commence le saut acrobatique.

A titre de comparaison, indiquons les records actuels : 100 m : 9''58 ; 110 m haies: 12''87 ; 200 mètres : 19''19 ; 400 m : 43''18 ; 400m haies : 46''78 ; 800m : 1'40''91 ; 1.500 m : 3'26'00 ; 3000 m steeple : 7'53''63 ; 5000 m 12'37''35 ; 10.000 m : 26'17''53 ; 4x100 m : 36'84'' ; 4x400 m 2'54''29 ; Disque 74m08 ; javelot 98m48 ; perche 6m14 ; poids : 23m12 ; longueur : 8m95 ; hauteur : 2m45 ; marteau : 86m74 ; triple saut : 18m29 

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Billet publié sur une idée de Guillaume