vendredi 24 février 2012

Paul Gilson, Les Folies bourgeoises, de quelques inventions délirantes de la fin du XIXe siècle

En 1957, Les Editions du Rocher publièrent Les Folies bourgeoises de Paul Gilson, appuyé sur une documentation rassemblée par Christiane Gilson. Cet ouvrage présente des inventions du XIXe siècle, siècle bourgeois par excellence, toutes plus farfelues les unes que les autres et témoigne de la croyance au progrès de l'époque. On y trouve par exemple le "pedespeed" de 1870 (reproduit sur la couverture de l'ouvrage), le quadricycle à palettes (1883), le col anti-garrot (1856), le topophone (1880), la lampe-veilleuse pour escalier (sd.), le violoncelle-piano (1892), l'equibus (1878) ou encore l'appareil à nager (1880).
Ces prochaines semaines, ArchéoSF vous proposera quelques-unes de ces rêveries techniques...

mercredi 22 février 2012

Une mer intérieure au Sahara ? Le projet de M. Roudaire


En 1883, Sigsimond Zaborowski-Moindron (1851-1929) publie une recueil de ses chroniques scientifiques sous le titre Nouvelles et curiosités scientifiques aux éditions C. Marpon et E. Flammarion.

Il y a nombre d'articles sur les domaines scientifiques et techniques les plus variés dont nous ne relèveront que quelques titres amusants (en attendant de publier des textes intéressants) comme l''allaitement au lait d'ânesse, le système nerveux des vers de terre, les capacités du crâne, des races inférieures et des Parisiens (moins raciste que le titre pourrait le laisser croire), le coccyx des primates, l'histoire de la comète de Biela, l'association d'algues et d'animaux, Les hommes à queue, la polyandrie chez les Bretons et à la côte de Malabar, … [1]

L'article sur le projet du Capitaine Elie Roudaire (datant du 19 mai 1882) visant à (re)créer une mer intérieure dans le Sahara a retenu mon attention car c'est l'argument du dernier roman publié du vivant de Jules Verne, L'Invasion de la mer (1905) dans lequel est cité le Capitaine Roudaire. Une Société de la Mer Intérieure fut créée en 1882 (avec Elie Roudaire et Ferdinand de Lesseps), elle finança une expédition en 1883 et perdura jusqu'en 1892.
Périodiquement des projets de cette nature resurgissent. Dans les années 1990 il y eut même un candidat, Rabah Bencherif, en Algérie défendant cette idée (on peut lire un article du quotidien L'Expression datant de 2008 évoquant ce récent projet de mer intérieure).

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La mer saharienne. - Le projet de M. Roudaire.


Le Sahara passe encore aux yeux de beaucoup de personnes compétentes, pour avoir été couvert d'une mer, d'ailleurs assez peu profonde, pendant la plus grande partie de l'époque géologique quaternaire, époque qui à précédé immédiatement la nôtre. On est même parti de là pour expliquer l'existence des grands glaciers de l'Europe à cette même époque. Au lieu du siroco qui ferait aujourd'hui sentir son influence jusque sur les Alpes, ce sont des vents froids qui auraient soufflé de l'Afrique.
Nous avons déjà ici même rapporté quelques faits en désaccord avec cette opinion. Et elle peut bien passer aujourd'hui dans sa forme trop simple, pour être quelque peu surannée.
D'une série d'observations relevées depuis déjà bien des années, groupées et confirmées en dernier lieu par M. J. Rolland (Bulletin de la Société géologique de France, 1881,1882) et par M. Pomel, il résulte que les dunes de sable du Sahara ne forment qu'un neuvième de sa surface et qu'elles proviennent de la désagrégation des roches sous les influences atmosphériques. Pendant l'époque quaternaire, il se serait formé, dans le Sahara, d'énormes dépôts de grès composés de grains de quartz roulés, mêlés d'argile et cimentés par du calcaire et cela non sous des nappes d'eau permanentes, mais « sous l'action de phénomènes qui trouvent peut-être leur similaire dans cette région des grands lacs de l'Afrique centrale, où les pluies tropicales font épandre des nappes liquides sur des surfaces immenses ». L'érosion de ces dépôts aurait donné naissance à des masses énormes de sables et de graviers qui, à leur tour, sous l'action de la sécheresse et des vents, auraient constitué les dunes actuelles. Ceci établi, le dessèchement du Sahara serait récent. Il se poursuivrait encore de nos jours, comme nous l'avons dit. Mais il ne serait pas le fond d'une ancienne mer, et de ce fait tomberait l'accusation portée contre le projet Roudaire, de nous exposer à voir notre climat d'Europe changer trop profondément. D'autant plus que des études fort ingénieuses, sur lesquelles nous espérons revenir avec quelques détails, et qui ont fait encore dernièrement l'objet d'une thèse de M. Hebert, tendent à démontrer que le siroco n'est nullement un phénomène local, et qu'un désert enflammé n'est pas la condition sine qua non de la production des vents chauds. Ces derniers sont en général le résultat des phénomènes complexes qui se produisent lorsque, sous l'influence des grands tourbillons atlantiques, un courant d'air chaud saturé d'humidité et animé d'une grande vitesse vient choquer une chaîne de montagnes. Voilà pourquoi nous en voyons souffler de la même façon qu'en Algérie, au passage de l'Atlas et du Jurjura, sur le golfe de Gascogne, au passage des Pyrénées; en Suisse, au passage des Alpes; en Piémont et dans le Tyrol en Norvège même sur les deux versants des Alpes Scandinaves au pied du Caucase et jusque sur la côte occidentale du Groënland, etc. Nous sommes garantis de la sorte contre tout abaissement général de température.
De tout cela il ne s'ensuit aucunement que le Sahara ait toujours été ce qu'il est pour le climat des régions voisines. Son dessèchement est récent, venons-nous de dire. Il renfermait autrefois des cours d'eau, des lacs et même des bras de mer intérieure. Hérodote (cinquième siècle avant notre ère), parlait encore du grand golfe de Triton, qui se reliait à la mer Méditerranée, sans aucun doute, au golfe de Gabès, par une passe étroite et dangereuse. Scylax (deuxième siècle avant notre ère), Pomponius Mela (43 ans après Jésus-Christ), mentionnent la Petite-Syrte et le lac Triton, et d'incontestables vestiges de la mer au sud de Cirta (Constantine). Deux siècles plus tard, de ces golfes et lacs salés, il ne restait que deux chaînes de petits lacs. Le dessèchement se poursuivant et les goulets qui les mettaient en communication avec la mer s'étant naturellement comblés, ces lacs sont devenus nos chotts actuels. Ce sont des bas-fonds vaseux où l'eau séjourne pendant les pluies, recouverts d'efflorescences salines, particulièrement de sels de magnésie, qui rendent leur surface très brillante, avec de très dangereux abîmes de boue.
En 1873, M. le Capitaine Roudaire, procédant au nivellement géométrique de la région comprise entre Biskra et le Chott-mel-Rhir, crut reconnaître que le lit de ce dernier était encore de 27 mètres plus bas que le niveau de la Méditerranée. Le Chott-mel-Rhir communique à l'est avec le Chott-Sellem. De ce dernier, on gagne le Chott-Rharsa et celui-ci se continue vers le golfe de Gabès par le Chott-el-Djérid, qui ne serait séparé de la Méditerranée que par une bande de dunes sablonneuses d'une vingtaine de kilomètres à peine. Ce sont ces considérations qui ont fait concevoir à M. Roudaire son projet, aujourd'hui soumis à un examen définitif, de la création d'une mer intérieure en Algérie.
Nous ne rappellerons pas les phases par lesquelles il a passé. Déclaré impraticable par une commission italienne envoyée en Tunisie en 1875, il a été soumis à des études très complètes, dès 1874-1875, par une mission dont M. Roudaire lui-même avait la direction. De ces études préparatoires, il est résulté qu'il y aurait à inonder un bassin de 6,000 kilomètres carrés en Algérie et un autre d'égale étendue en Tunisie. Mais elles ont aussi fait découvrir une première et considérable difficulté; c'est que le  Chott-el-Djérid , celui à travers lequel la mer doit pénétrer dans tous les autres, est séparé du Chott-Rharsa par un bourrelet qui atteint une élévation de 40 mètres au-dessus de la Méditerranée, et que lui-même est, dans toute l'étendue de sa surface, supérieur au niveau de cette dernière.
M, Roudaire croit que cette difficulté peut être tournée par suite des faits suivants
Le Chott el-Djérid, selon lui, est un mélange très liquide d'eau et de sable recouvert d'une couche plus résistante dont l'épaisseur variable dépasse rarement 80 centimètres. Il est très peu de points où cette couche puisse supporter les hommes et les animaux. La route du Nifzaoua au Djérid, qui est la seule à peu près sûre sur laquelle on puisse traverser le chott, n'est qu'une chaussée longue et étroite qui devient dangereuse quand il a plu. Lorsqu'on fait creuser, en un des points abordables du chott, de façon à enlever la croûte résistante, il suffit de laisser tomber dans le mélange d'eau et de sable mis à découvert un bâton ou une pierre suspendue à une corde, pour qu'ils s'y enfoncent de leur propre poids sans rencontrer le fond. En quelques instants le trou s'emplit d'une eau aussi salée que celle de la mer, mais excessivement limpide. « Ces faits, dit M. Roudaire, ne se produisent pas seulement vers le centre du chott j'ai fait creuser dans le Chott-el-Melah, sur le seuil de Gabès, à une altitude de 31 mètres et j'ai trouvé l'eau à 80 centimètres de profondeur. J'ai constaté en outre que le niveau de la croûte solide peut varier en quelques jours. »
M. Roudaire est en conséquence convaincu qu'il suffirait de couper le bourrelet qui sépare le Chott-el-Djérid du Chott-Rharsa, pour que la croûte solide du premier disparût et que ses eaux remplissent le second en déposant leurs sables. La communication avec la mer entretiendrait ensuite un courant constant qui empêcherait la formation de nouvelles croûtes sableuses. On peut, il est vrai, alors se demander si tous les sables en traînés par ce courant ne causeront pas une surélévation dangereuse du fond des autres chotts algériens et tunisiens.
Mais là n'est pas la principale difficulté. Il est en effet avant tout permis de craindre que l'eau amenée par les courants soit insuffisante comme elle l'a été jadis,, à compenser les déperditions causées par l'évaporation intense qui se fera à la surface des chotts. MM. Roudaire et de Lesseps toutefois ne sont pas de cet avis. Quoi qu'il en soit, les bords des bassins; nous paraissent, quant à nous, devoir être d'une pente si faible, que la moindre baisse des eaux, en été, mettra à nu d'immenses surfaces marécageuses, extrêmement funestes à la salubrité du pays (1).

19 mai [1882]


(1) On sait que, conformément aux conclusions de cet article, le projet Roudaire a définitivement été repoussé fort peu de temps après par une commission officielle. Cependant il est encore question de l'exécuter sans le concours du gouvernement.

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[1] c'était l'occasion de faire quelques liens vers les camarades de blogage ;-)





mardi 21 février 2012

Pétition Le droit d'auteur doit rester inaliénable

Pour signer la pétition


Mesdames et messieurs les députés, 
Le 13 février, le Sénat a adopté une proposition de loi relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle que vous aviez approuvée en première lecture le 19 janvier. 
Cette loi vise à rendre accessible sous forme numérique l’ensemble de la production littéraire française du XXe siècle dès lors que les œuvres ne sont plus exploitées commercialement. Elle prévoit que la BnF recenserait dans une banque de données publique l’ensemble desdites œuvres dont l’exploitation serait gérée par une Société de perception et de répartition des droits (SRPD) qui assurerait, de façon paritaire, une rémunération aux éditeurs et aux auteurs. 
Vous allez être prochainement appelés à voter cette loi pour adoption définitive. 
Après lecture attentive, il nous apparait que ce texte ne répond pas à l’objectif affiché de concilier la protection des auteurs et l’accès de tous aux ouvrages considérés comme introuvables. Au contraire il dévoie le droit d’auteur défini par le Code de la Propriété Intellectuelle, sans offrir la moindre garantie à tous les lecteurs de pouvoir accéder aux ouvrages dans des conditions raisonnables. 
Il est entendu que, par « auteurs », nous désignons ici les écrivains, les traducteurs, les dessinateurs et les illustrateurs, auxquels sont évidemment liés leurs ayants droit. 
Pour rappel, le droit d’auteur est inaliénable et confère aux auteurs et à leurs ayants droit la libre disposition de leur œuvre et de ses exploitations. C’est, entre autres, pour cette raison que vous avez statué sur le droit de copie et sur ce qu’il est convenu d’appeler piratage en matière d’œuvres numériques. 
Selon le projet de loi, les auteurs ou ayants droit auraient obligation de s'opposer à l'inscription de leur œuvre sur la base de données, ce qui revient à effectuer une confiscation automatique de la propriété des auteurs et ayants droit, avec une possibilité très limitée de rétraction par les propriétaires légitimes des œuvres. Il s’agit donc d’une remise en question du droit d’auteur inaliénable. 
Pour information, il est rarissime que l’indisponibilité d’un ouvrage ressortisse à la volonté délibérée de l’auteur ou de ses ayants droit. Dans une immense majorité des cas, elle est le fait des éditeurs auxquels les auteurs ont cédé le droit d’exploitation commerciale et qui ont cessé d’exploiter ce droit sans toutefois leur en rendre l’usage. Or, le projet de loi que vous allez réexaminer prévoit que l’éditeur en défaut de commercialisation bénéficie au même titre que l’auteur des dispositions de la loi. 
Pour réflexion, il arrive également qu’un auteur ne souhaite pas que tel ou tel de ses ouvrages soient remis dans les circuits de diffusion, par exemple parce qu’il a depuis publié un autre ouvrage plus complet auquel la publication numérique du précédent ferait concurrence. 
L’auteur seul – ou à défaut ses ayants droit – peut décider d’une nouvelle diffusion de son œuvre. Tout éditeur – numérique ou papier – qui souhaiterait exploiter son œuvre se doit en premier chef de lui proposer un contrat. 
Pour comble, la facture générée par la collecte des données et les frais de fonctionnement des sociétés agréées aurait un coût important qui rejaillirait directement sur le prix de vente des ouvrages ainsi exploités et sur la rémunération des auteurs, entraînant l’un à la hausse et l’autre à la baisse. 
En conclusion, bien que, en cette période pré-électorale, nous vous savons fort occupés par la multiplication des textes qui vous sont soumis, nous vous appelons à reconsidérer votre position, au regard des achoppements que nous vous exposons, et à rejeter purement et simplement cette proposition de loi qui ne ferait qu’instituer un piratage officiel et général des œuvres littéraires du XXe siècle sous la forme d’une atteinte sans précédent au droit de propriété, ici celui des auteurs. 

Collectif d’auteurs « Le droit du serf » 


Pour signer la pétition

lundi 20 février 2012

Valangougeard, Le lorgnon au radium (1904)

Dès la découverte du radium, les romanciers, les chansonniers, les humoristes se sont emparés de l'élément chimique pour en faire souvent une substance quasiment magique.
Dans le texte qui suit, l'humoriste imagine l'insertion d'une fraction infime de radium dans un lorgnon qui devient un véritable appareil à rayons X portatif et que l'on peut utiliser dans des circonstances fort diverses!
Nous reprenons au bas du texte les dessins de Daner accompagnant le texte de Valangougeard paru dans Le Journal Amusant, n° 243, daté du 20 février 1904.



LE LORGNON AU RADIUM

Ne blaguons plus!
C'est la découverte de demain.
A l'aide d'un lorgnon en verre, dans lequel on aura ajouté par des procédés trop longs à vous expliquer un millionième de milligramme de radium, on pourra voir nettement et clairement, à travers les enveloppes, les habits, lés doublures et les portes. Il n'y aura plus de blindage possible, tout le monde aura ce lorgnon, tout le m onde" pourra se flatter d'en avoir, un oeil!
]e commence par trouver l'invention admirable au sujet de l'octroi et de là douane. Inutile d'insister, n'est-ce pas?
Vous arrivez après un long voyage. Un octroyen, en général grincheux, vous dit d'une voix traînante ;
— Qu'est-ce que vous avez à déclarer?
— Rien, absolument rien...
— C'est bien... dans ce cas ouvrez votre malle...
Il faut ouvrir, de gré ou de force... et montrer qu'on n'apporte pas de volailles truffées dans son carton à chapeau. Cela est intolérable.
L'octroyen muni du lorgnon au radium deviendra d une politesse exquise.
— Inutile d'ouvrir votre malle, monsieur, j'aperçois clairement deux boîtes de cigares dans votre gilet de flanelle...
Ou bien :
— Madame, pourquoi donc avez-vous enfoui un paquet de dentelles au fond des bottines de votre mari ?
On n'a pas idée de la prodigieuse quantité de services que peut rendre le radium.
Un actionnaire, jadis émerveillé par la vue d'un magnifique coffre-fort, verra qu'il n y a dans le meuble qu'un simple lapin empaillé.
Avec le radium, l'affaire Humbert n'eût jamais existé.
Gavroche à la foire aux pains d'épices fera remarquer au bonhomme qui exhibe une grosse femme moyennant dix centimes, qu'il n'a plus besoin de payer deux sous, puisqu'en se promenant devant la baraque il voit tout ce qu'il y a dedans !
Tout ce qu'il y a dedans, voilà bien ce qui m'inquiète! II y a une foule de gens qui ont, surtout à Paris, l'habitude de suivre les jolies femmes dans la rue.
Vous rencontrez une créature exquise de formes, place Clichy. Elle vous plaît. Elle descend par la rue Notre-Dame-de-Lorette, le carrefour Drouot : cela constitue une promenade délicieuse S'il pleut, vous la voyez relever élégamment sa robe, vous savez bien, avec ce geste dégagé et charmant que seules connaissent les Parisiennes... Sa robe fait froufrou, frou-frou... ses petits pieds font toctoc... comme on chantait jadis aux Variétés.
Et comme quand on voit le pied, le reste se devine, vous faites en marchant, une foule d'hypothèses charmantes. Que peut-n y avoir au-dessus de la cheville adorable: De quelle couleur sont les jarretelles?
Hypothèses douces pour un désoeuvré.
Mais voilà qu'avec le lorgnon au radium, plus d'illusions, plus de surprises, plus de rêves! Vous la voyez, crûment, et avec une réalité de rayons X, la jolie femme ; ou du moins celle que vous preniez pour une belle femme.
La jolie tournure? En coton! Les formes délicieuses? C'est un corset médical qui les dessine... Et vous voyez tout, avec les défauts, les vilaines lignés, les taches de rousseur.
Plusd'illusion ! c'est abominable.
Et voilà pourquoi il n'est pas si avantageux que ça, le lorgnon au radium !
Je sais, ! parbleu, qu'en revanche il peut rendre des services. Ainsi, l'autre jour, mon ami Dupolin rentre brusquement chez sa femme : l'amant de Mme Dupotin s'est jeté dans une armoire. Il y est resté trois heures, et Dupolin ne s'est douté de rien.
Tandis qu'avec le lorgnon il n'eût pas eu besoin de chercher longtemps. Il aurait vu tout de suite qu'il y avait un homme dans l'armoire, et sans doute il aurait exercé une vengeance terrible. Il se serait mis à crier, par exemple :
— Je vais mettre le feu à la maison! il y est, le feu... la maison brûle!
Et alors, on eût entendu une voix éplorée, criant de dedans l'armoire :
— Sauvez les meubles! Sauvez les meubles!

VALANGOUGEARD
Dessins de DRANER

Source: Gallica
A lire sur ArchéoSF: Linette, Un corps merveilleux (1904) disponible dans la section Téléchargement








samedi 18 février 2012

René Miette, la fin du Monde (1933)

La fin du Monde est un classique de la littérature de vulgarisation scientifique. Rejetant les écrits et dits des charlatans, les scientifiques ne sont pas dans une perspective eschatologique mais purement de projection des savoirs de leur époque notamment sur le devenir de notre étoile, le Soleil et les risques d'une rencontre désagréable avec une comète.


LA FIN DU MONDE

Malgré les nombreux et savants astrologues du Moyen Age, et même des siècles modernes, qui, à propos de tout rapprochement céleste remarquable, de toute position spéciale d’une planète parmi les étoiles, prédisaient avec fracas et grands détails la fin subite de notre monde, malgré les menaces de quelques comètes, venues des profondeurs du ciel souffleter notre globe, celui-ci est toujours là, et sans doute mourra-t-il de sa plus belle mort : de vieillesse.
En effet, dans l’univers, tout est si harmonieux, logique, que chocs et graves perturbations ne peuvent avoir lieu. .En un rapide exposé, nous analyserons les différentes fins terrestres, brusques ou lentes, que la Science a pu prévoir et expliquer; mais, que l'on se rassure, au minimum cette échéance fatale ne se place que dans quelque six millions d’années !
Tout dernièrement un film excellent a fait défiler, devant les yeux des spectateurs enthousiasmés, les visions titanesques des effets produits par la chevelure empoisonnée d’une comète, frôlant la terre dans sa course vertigineuse, de l’infini au Soleil.
Abel Gance s’est inspiré du roman mystique de C. Flammarion, où sa poésie, ses élans vers l'infini se sont, plus qu'en aucun autre de ses ouvrages, donné libre cours.
La vérité est plus prosaïque. Certes une comète peut passer très près de la terre et la baigner de ses gaz impondérables; cet événement (1811 et 1910) s'est déjà produit. Mais personne parmi le commun des mortels ne s’en est aperçu.
Le noyau ou tête des comètes, constitué par des matériaux, roches cosmiques aux masses variables), animé d’une grande vitesse, gigantesque boulet, pourrait, tout au plus, anéantir une ville, créer en un mer une île nouvelle ou poser sur le sol une petite colline; mais la Terre ne frissonnerait point et continuerait ses tours, assurant aux humains vie et bonheur relatifs.
Les gaz qui constituent l’arrière-train cométaire empoisonneraient sur une partie du globe l'air si nécessaire aux êtres, et provoqueraient des orages, incendies et autres grands fléaux, mais que l'homme a déjà regardés en face.
La Science prévenue pourrait en partie y apporter remède, et la rançon de l’accomplissement de ce rarissime événement astronomique se chiffrerait par la mort de quelques milliers d’infortunés, par quelques, milliards de désastres matériels.
Ce mode de fin terrestre est très hypothétique. Pourtant les comètes sont des astres si mystérieux, si extravagants, qu’il ne faut pas crier à l’impossible.
Toutes les autres fins du monde ne se produiront que lentement ; il est certain que l’heure fatale sonnera pour la Terre, bien longtemps après la fin du dernier homme redevenu sauvage, lequel aura fermé les yeux sur les ruines du passé mort lui-même depuis longtemps.
Oui, personne ne vivra plus pour assister à cette chose inouïe, quoique possible : la mort d'une planète.
L’âge de la terre, seul, causera sa fin; en l’univers n’existent, ni faiblesses, ni accidents ; mais le temps transforme profondément tout être; évolutions chimiques, organiques, géologiques changeront la face du globe.— évolution dont l’existence a été établie ou vérifiée scientifiquement. Les hypothèses, loin de se concurrencer, s’unissent pour démontrer que comme tout organisme vivant — car elle vit, la terre — notre planète passera !
Tout d’abord, chacun le sait, l’eau, cet élément primordial en la nature, sans cesse en mouvement, par la pluie, les torrents, les fleuves, les nappes souterraines, use, désagrège, ravine, découpe et mine les montagnes, emporte la terre vers l’océan, aplanit toute hauteur et comble les gouffres marins. Graduellement,, le relief deviendra uniforme : l’eau alors envahira la surface entière du globe. Cette nouvelle forme du déluge universel devrait se produire dans 10 millions d’années. L’observation montre qiie la planète Mars traverserait actuellement cette phase critique de la vie planétaire...
Mais l’eau aussi se perd, disparaît lentement. Jadis certaines régions étaient submergées ; peu à peu l’élément liquide s'est retiré, a fixé un tracé continental tel qu’il existe encore, et se retire toujours, insensiblement.
Pénétrant profondément dans le sol, une petite quantité d’eau se combine avec les pierres, les minéraux (hydrates, oxydes) ; elle descendra de plus en plus vers le centre, à mesure que le feu intérieur s’apaisera. Lorsque la terre sera presque froide, toute eau aura disparu et avec elle toute vie végétale et animale, auxquelles l’eau est indispensable. Notre satellite la lune est bien l’image de la terre dans 6 à 10 millions d'années, avec ses rocs arides, son atmosphère vide où l’air et l'eau sont absents.

La diminution de l’eau sur le globe peut amener la fin par le froid ; car la vapeur d’eau diffuse et retient la chaleur. Jadis l’eau était très répandue et une haute température humide a permis à une végétation luxuriante, aux fougères gigantesques, de se développer. Chaleur et humidité ont diminué d’intensité, d’où ce ralentissement dans la vitalité des végétaux et des animaux.
Bientôt..., c’est-à-dire encore dans quelque 10 millions d’années, la terre sera refroidie et toute vie aura disparu à sa surface.
L’Ecriture serait vérifiée : « Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées. »
Mais ! le soleil ! qui, par son rayonnement permet la vie sur tous les mondes, ne peut-il intervenir efficacement dans ces lentes transformations. ?
Jadis immense et nébuleux, d’une température inouïe, le soleil se condense peu à peu, diminue de volume, et, en vertu de l’équivalence mécanique de la calorie, rend la chaleur qui servit à la création de la nébuleuse primordiale. L’astre radieux perdra sa vitalité, "s’éteindra et avec lui la terre et toute vie se sera arrêtée. Les mers seront solidifiées l’air gelé à 200°, les nuits sans lune ; dans vingt ou trente millions d’années, notre soleil entraînera ses planètes vers le néant !...
Et ce même astre, sous une soudaine poussée intérieure, peut éclater, s’étendre et dessécher, carboniser tout ce qui se trouve à la surface des plus proches planètes !...
Ainsi, ne nous tourmentons pas ! D’une façon ou d’une autre, le monde finira !... Dormons en paix, des millions d’années nous séparent de la date fatale !
Souvent, l’effroi des masses fut porté à son comble par des prédictions erronées. L’an 69 est funeste... et se termine sans dommage. La date la plus sûre semblait bien l’an 1000. On ne concevait pas une année 1001, L'Apocalypse en témoignait :
« Après mille ans, Satan sortira de sa prison et détruira les peuples... la mer rendra ses morts... et il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle... »
Peu avant et peu après cette époque, la famine et l’effroi, la désolation et la sauvagerie régnèrent partout. La fin du monde fut bien près d’arriver, mais d’une toute autre façon qu’on ne l'attendait...
L’an 1000 passa. Puis les astrologues eurent beau jeu, avec leurs rapprochements planétaires (1524-1584). Toutes ces terreurs nous ont valu les belles cathédrales que nous admirons aujourd’hui.
Vinrent de belles comètes qui remplacèrent les charlatans (1556, 1652, 1680). En 1773, l’illustre astronome Laplace ne rassure guère les foules : « L'axe du monde change de direction... les mers sortent de leur lit. » Tels étaient les méfaits que pouvait causer la comète.
De nos jours encore parfois, mais sans grand succès, des présages courent. L’un, de source religieuse, fixerait la fin du monde en 1999, d’après les devises des papes et la durée moyenne de leur pontificat.
Quoique animé de quatorze mouvements différents, notre vieux globe sous nos pieds reste ferme. De sa vie dépend la nôtre ; de ses transformations au cours des âges dépend l’évolution de la vie humaine. De même que la vie de la terre, peu après son apogée, commencera à décliner, de même la civilisation, devenue de plus en plus belle, harmonieuse, préparant peu à peu l’âge d’or des économistes et des sociologues, s’arrêtera dans son ascension, et rien. ne pourra alors être ajouté au bonheur des hommes. Nonchalants parmi les délices de cette apothéose,, ceux-ci oublieront les découvertes transmises par les ancêtres, les sciences redeviendront obscures, l’homme s’avilira, alors que l’agonie de la terre commencera. Seuls, quelques hommes, assemblés en tribus guerrières comme jadis, il y a cent mille ans, disputeront leur part de vie et de butin aux bêtes féroces dont ils seront peu dissemblables d’ailleurs par les mœurs et le caractère. Toute civilisation, toute pensée, toute recherche, tout travail auront disparu. Les trésors, les richesses légués par les siècles, seront dispersés, anéantis, oubliés.
Le dernier vivant, possesseur de tout, de la terre entière, sera frappé comme les autres...
Et, dans l’éther glacial roulera la terre morte, autour d’un soleil rougeâtre, entretenant péniblement la vie à la surface des autres planètes, Jupiter et Saturne : à leur tour, ces globes passeront et le radieux soleil s’éteindra.
Astre noir, traînant d’obscurs boulets, il poursuivra, sans but, sa course dans l’espace illimité, jusqu’au jour où, rencontrant une autre étoile morte comme lui, le choc, la communion formidable de ces deux astres provoquera une déflagration immense d’où naîtra la nébuleuse, source d’autres soleils futurs.
Et ainsi, toujours dans le temps, en l’infini, autour des étoiles sans cesse peuplant le ciel d’astérismes changeants mais impérissables, la vie continuera...

René Miette, "La fin du Monde",
in Le Chasseur Français n° 522 et 523,
septembre et octobre 1933

jeudi 16 février 2012

Régis Gignoux, La nautoaérocyclette (1910)

La jeunesse a souvent des idées d'amélioration des techniques en vigueur. Certains lecteurs du supplément "Jeunesse" du Figaro proposaient de fondre en un seul moyen de locomotion la bicyclette, le canot et l'aéroplane.
Les adultes sont plus terre à terre et René Gignoux, après avoir décrit cette merveilleuse nautoaérocyclette, décourage les vocations...

NAUTOAEROCYCLETTE

Des lecteurs veulent bien me demander de leur donner des conseils pour transformer leur bicyclette en nautocyclette et en aérocyclette. Cette nautoaérocyclette serait, disent-ils, l'appareil idéal pour leurs prochaines vacances.
La nautocyclette a été inventée par M. Luk. C'est une bicyclette ordinaire qu'on transforme en radeau à aubes. L'appareil comporte deux flotteurs gonflables, munis de chambres à air, maintenus dans un châssis en bois et accouplés par deux planches étroites. Ces flotteurs sont placés, pendant la route, sur un porte-bagages qu'on renverse pour naviguer. On fixe les flotteurs. Deux palettes en tôle sont adaptées aux pédales et servent de propulseurs. On dirige avec le guidon par la roue de devant, qui repose sur une latte de bois à laquelle est attachée une planchette-gouvernail. A cette nautocyclette, nos correspondants désirent d'ajouter à l'avant une hélice qui serait entraînée par une chaîne démultipliée et actionnée par la chaîne même de la bicyclette.
Depuis quelques jours, on voit dans les rues de Neuilly une bicyclette à hélice qui semble fonctionner parfaitement. En recouvrant les flotteurs d'une toile qui ferait deux ailes, la nautoaérocyclette serait réalisée. Par les pédales, on aurait la traction pour voler, comme pour naviguer sur l'eau ou rouler sur les routes.
Quelle merveilleuse combinaison allez-vous dire. Les trois appareils en un seul Hélas! il faut déchanter. La bicyclette transformée en nautocyclette pèse 38 kilos. Donc, on ne peut pas rouler aisément, et quel est l'athlète qui monterait les côtes avec un tel engin ? Si on ajoute une hélice, une chaîne, des ailes, la nautocyclette, devenue nautoaérocyclette, pèserait au moins 70 kilos. Nous ne pourrions plus nous en servir, et pour avoir voulu faire trois sports à la fois, nous ne serions plus capables d'en suivre un seul. Ne compliquons pas les choses. Prenons une bicyclette pour aller sur les routes, un canot pour naviguer en attendant d'avoir un petit monoplan qui suffirait à nous dispenser de rouler et de naviguer, en attendant principalement d'avoir bien travaillé pendant ce dernier trimestre.

Régis Gignoux.
Le Figaro de la jeunesse, n°8, Jeudi 28 avril 1910.

Source: Gallica

mardi 14 février 2012

John Elfreth Watkins Jr. Ce qui pourrait arriver dans les cent prochaines années ( 1900 )

En 1900, John Elfreth Watkins Jr. publia dans le périodique The Lady's Home Journal l'article What May Happen in the Next Hundred Year (Ce qui pourrait arriver dans les cent prochaines années ).
Slate a repris des extraits dans un article publié le 9 février 2012 "Comment vivrons-nous dans cent ans, en 2112" qui m'a été signalé par Guillaume. Depuis quelques semaines on trouve ce texte décliné sur les sites d'information américains et depuis la fin janvier français. Une nouvelle preuve de l'intérêt pour les futurs antérieurs...
ArchéoSF publiera très prochainement une traduction de l'article originel.

dimanche 12 février 2012

Daniel Compère, Les Romans populaires (2012)


Président de l'Association des Amis du Roman Populaire, professeur à la Sorbonne Nouvelle, auteur de nombreux ouvrages de référence notamment consacré à Jules Verne Daniel Compère a dernièrement dirigé le Dictionnaire du Roman Populaire Francophone (Nouveau Monde édition).
Dans l'ouvrage Les Romans populaires paru aux éditions Presses Sorbonne Nouvelle, Daniel Compère propose une étude synthétique sur ce qui n'est pas un genre au sens propre mais domaine culturel à la fois majoritaire en terme de production et marginal en terme de reconnaissance.
Daniel Compère brosse un tableau historique et thématique du roman populaire du début du XIXe siècle au début du XXIe siècle, se penche sur les genres de la littérature populaire et s'interroge sur la (dé)légitimation de ce continent littéraire. Le style est clair et agréable, à mille lieues du jargon universitaire qui brouille parfois le message délivré.

L'ouvrage est destiné aussi bien aux curieux qu'aux étudiants, aux amateurs de littérature populaire comme à ceux qui voudraient découvrir les charmes d'Eugène Sue, Gabriel Ferry, Jean de la Hire, Maurice Champagne et quelques autres.
Bonne introduction à cette littérature si souvent mise à l'écart, Les Romans populaires se veut aussi un guide et une invitation à la recherche et à la (re)lecture de ces romans qui ont fait rêver tant de générations.


On peut visionner la vidéo tournée à l'occasion d'une conférence de Daniel Compère donnée le 27 janvier 2012 dans le cadre des Etudes Populaires d'Amiens Métropole (EPAM):



Les romans populaires en France par epam-tv

samedi 11 février 2012

Quinzinzinzili n° 16 : Léon Groc, Louis Pergaud et Marc Stéphane

La Société des Amis de Régis Messac publie le Quinzinzinzili, l'univers messacquien.
Le dernier numéro prouve une fois encore l'érudition de Régis Messac et son infatigable curiosité.
Relevons quelques articles:
Retour sur Léon Groc : Léon Groc est un auteur populaire qui a touché à de nombreux genres dont la science fiction (un ouvrage publié chez Les Moutons électriques rassemble trois romans de SF signés Léon Groc). Un membre de la  Société des Amis de Régis Messac apporte des éclairages biographiques intéressants et le Quinzinzinzili propose une bibliographie (sans doute incomplète mais c'est le lot commun des bibliographies du domaine populaire).
Un dossier Louis Pergaud à l'occasion du centenaire de La Guerre des boutons (et franchement il vaut mieux le livre que visionner les récentes adaptations fort édulcorées)
Un dossier Marc Stéphane, auteur de La Cité des fous ou Aphorismes, boutades et propos subversifs d'un ennemi du Peuple et des Lois.

vendredi 10 février 2012

Les savants du monde entier se demandent d'où viennent et ce que sont les soucoupes volantes





















Les Veillées des chaumières est l'un des (peut-être le) périodiques les plus anciens encore en activité. Lancé le 7 novembre 1877 comme bi-hebdomadaire, il est devenu hebdomadaire en 1952 et propriété des éditions Mondiales en 1994.
Le fonds des récits est essentiellement sentimental et l'on trouve quelques articles sur l'actualité (toute l'actualité) et parfois quelques lignes relevant de la conjecture. Aux débuts des années 1950 les soucoupes volantes étaient à la mode et les Veillées des chaumières n'éludent pas cette délicate question comme en témoigne l'article reproduit ci-dessous. Ainsi dorment dans les publications non étiquetées SF des textes susceptibles d'intéresser les amateurs de conjecture rationnelle...


Les savants du monde entier se demandent 
d'où viennent et ce que sont les soucoupes volantes


Depuis plusieurs années, les journaux publient périodiquement des informations ayant trait à de mystérieux engins se déplaçant à grande vitesse dans l’atmosphère et qu’on désigne du nom qu’un aviateur américain leur a donné un jour : « soucoupes volantes », à cause de leur forme. Reproduisons donc une de ces dépêches :
« Nancy, 20 novembre 1953. — Plusieurs Nancéiens affirmaient, samedi soir, avoir vu une « soucoupe volante » aux environs de 21 heures au-dessus de la capitale lorraine. Leurs déclarations laissèrent sceptiques. Mais depuis, divers autres témoignages se sont fait connaître, qui confirment, même dans les détails, les constatations rapportées le jour même. »
Un ingénieur de Nancy a décrit ainsi le phénomène : « Une lueur attira tout à coup mon attention vers le ciel. J’ai très bien vu un disque un peu aplati, d’un vert brillant, aux contours un peu flous. L’angle de site de ce météore était d’environ 45° à 60°. Son diamètre apparent était vu sous un angle approximativement égal à la moitié ou aux trois quarts de celui sous lequel nous voyons normalement la pleine lune. L’objet était donc fort volumineux. »
Des observations de cette nature, il en est venu de tous les points du globe et provenant de témoins dignes de foi. Que croire alors? Quels sont ces mystérieux engins ? Sont-ce même des machines ou seulement des phénomènes célestes ? Une nouvelle arme ou quelque chose de tout à fait pacifique ?
On comprend que le problème ait préoccupé ceux qui ont la charge de veiller à la paix du monde tout en préparant les armes de guerre suivant un adage qui, hélas! n’est pas encore périmé : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. »
Depuis le mois de juillet 1952, un officier américain, le commandant Donald E. Keyhoe, maintenant en retraite, mais qui a appartenu au célèbre « Marine Corps », a procédé à une enquête très sévère et très complète sur les « soucoupes volantes ». Dûment averti de la gravité du problème par l’existence des soucoupes volantes et des dangers qu’elle implique, il a eu connaissance de faits ignorés du grand public. Cet officier a eu sous les yeux des centaines de constats d’observations, témoignages rédigés par des pilotes de l’aviation militaire, et les conclusions du 2e bureau technique de la « U. S. Air Force ». Certains faits sont tellement incroyables que, deux ou trois ans plus tôt, on les aurait taxés de plaisanteries.
Le commandant Donald E. Keyhoe a publié en Amérique un volume qui rassemble tout ce que les services de l’aviation américaine ont recueilli en fait de témoignages se rapportant aux soucoupes volantes. Les chapitres les plus importants de cet ouvrage capital ont paru, en novembre dernier, dans « Le Figaro ». On y trouve l’explication des nouvelles contradictoires diffusées, de temps à autre, par les différents porte-parole du ministère de la Défense nationale et les raisons du silence « officiel ».
Les services officiels américains ont rejeté le terme de « soucoupes volantes ». En effet, s’il parle à l’imagination populaire, ce terme, à leur avis, ne fait pas sérieux. Pour les experts, le phénomène inexplicable c’est l’U. F. O., c’est-à-dire Unidentifiable Flying Object, ou, en français : objet volant non identifiable. Il ne faut pas croire que l’on admet sans discernement tous les rapports établis sur les U. F. O. En fait 50 % de ces rapports sont éliminés pour « insuffisance de précisions ». Plus de 30%, après examen, ont permis de conclure qu’il s’agissait de ballons-sondes, de phares d’avions ou de lueurs sortant des tuyères des avions à réaction, ou encore de phénomènes électroniques ou météorologiques comme les étoiles filantes. Enfin, 20 % des « visions » ont été classées comme « objets volants non identifiables ». Les descriptions fournies par les pilotes d’avions concordent généralement. Il est question d’objets en forme de disques émettant une lueur orangée qui semble s’accentuer au fur et à mesure que la vitesse s’accroît et qui se déplacent à des vitesses bien supérieures à celles des avions à réaction actuels; des disques qui pulvériseraient tout sur leur passage; des disques qui navigueraient aussi bien sur la « tranche » que sur le plan horizontal. Si l’on veut, des « yo-yo géants capables de bonds gigantesques dans la stratosphère ».
En fait, un grand pas sera accompli vers la solution du problème quand on aura pu approcher suffisamment près d’un U. F. O. pour l'examiner en détail. Jusqu’à présent, on n’a même pas pu obtenir une photographie acceptable. Celles que l’on possède ne montrent qu’une simple lueur.
Comme bien on pense, le livre du commandant Keyhoe a soulevé de nombreuses controverses et les clans s’affrontent : ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Dans « Le Figaro » du 30 novembre 1953, un spécialiste des questions scientifiques, M. Pierre Devaux, sous le titre : « Quelle valeur peut-on accorder au dossier des soucoupes volantes ? » se montre assez sceptique. Il constate cependant que devant la masse d’observations apportées par l’officier américain, on ne peut traiter le problème à la légère et déclarer que « ça n’existe pas ». S’il estime que les « soucoupes » en elles- mêmes sont discutables, la psychose des soucoupes est chose sérieuse. Un ingénieur spécialiste des engins « autoguidés » et « téléguidés », tels les V2 pendant la guerre, s’étonne qu’on n’ait jamais retrouvé aucun fragment métallique de ces fameuses soucoupes. On ne signale nulle part, de façon certaine, un point de chute ou d’atterrissage de ces engins. A son avis, cela suffirait à infirmer l’hypothèse soucoupes- engins guidés ou automatiques.
Reste à trouver une explication aux phénomènes observés. « Si les soucoupes, écrit Pierre Devaux, ne sont pas une illusion, si elles ne peuvent être des engins « habités » par des pilotes semblables à nous, comment expliquer leurs manœuvres puissantes et rapides, leur vitesse, leur comportement « intelligent » au plus haut point en certaines circonstances. »
Le commandant Keyhoe en arrive à l’explication la plus fantastique ; l’hypothèse interplanétaire. D’après cette hypothèse, les soucoupes viendraient de la planète Mars et seraient montées par des Martiens qui s’efforceraient d’espionner les Terriens. Mais M. Devaux repousse cette explication parce qu’aucun observatoire astronomique n’a jamais aperçu une soucoupe volante. « On sait pourtant, écrit-il, avec quel soin ils examinent continuellement au télescope et à l’aide de clichés photographiques tous les cantons de la voûte céleste; les plus minuscules petites planètes ont été cataloguées... et des engins aussi spectaculaires que les soucoupes leur auraient échappé ? C’est invraisemblable. »
Interrogé, M. Couderc, astronome à l’Observatoire de Paris, a déclaré : « Il faut une longue éducation pour faire un observateur de qualité, à l’abri des illusions et des psychoses grégaires. Que de fois Vénus ou Jupiter ont été pris pour des feux terrestres... même par des officiers de marine! Seul compte le témoignage des astronomes professionnels et de leurs clichés, qui demeurent résolument muets sur le chapitre des soucoupes. » Il s’agirait donc, d’après Pierre Devaux, de « phénomènes lumineux » comme on en a déjà observés à Florence le 9 décembre 1751, sur une ville du Massachusetts, en 1846, où l’on vit un disque lumineux, dans les mers de Chine, en 1893, où l’officier de quart du navire anglais « Carolina » donna l’alerte en observant « des globes de feu qui montaient, qui descendaient et tournaient ensemble, changeaient constamment de formation et prenaient quelques fois la forme d’un croissant ». On pourrait multiplier les exemples,
L’ingénieur G.-A. Grégoire, ancien polytechnicien à l’esprit fécond, grand chercheur dans le domaine de l'automobile, n’est pas du tout d’accord avec M. Pierre Devaux dans « Le Figaro » du Ier décembre dernier, estime que l’hypothèse interplanétaire expliquant les soucoupes volantes n’est pas invraisemblable. Pourquoi veut-on que les Martiens soient des êtres semblables à nous « Si l’on y réfléchit, écrit M. Grégoire, il n’y a pas de raisons que ces êtres lointains soient des caricatures de Terriens plutôt que des créatures absolument différentes. Leur aspect physique peut être sans aucun rapport avec le nôtre, leur taille de dimension d’une souris ou même d’une fourmi. Leur système respiratoire et circulatoire peut ne pas exister ou fonctionner de toute autre façon que le nôtre. Il est même raisonnable de penser que ces être construits d’une autre façon que nous ne pourraient pas subsister dans notre milieu terrestre. »
Et M. Grégoire nous invite à la modestie. Nous avons tendance à croire que nous sommes les seuls êtres intelligents et supérieurs au monde. Qu’en savons-nous ? Les explications de l’existence des soucoupes volantes deviennent beaucoup plus faciles si on arrive arracher de son esprit cette tendance instinctive et généralisée à faire ressembler l’habitant intelligent d’une planète au Terrien. On peut admettre que ces engins viennent de la Lune, de Vénus aussi bien que de Mars.
La conclusion de M. G.-A. Grégoire est que, si ces soucoupe volantes viennent d’une autre planète, « elles sont peut-être la manifestation d’un effort de ses habitants, arrivés probablement à un état de connaissance bien supérieur au nôtre, pour entrer en communication avec la Terre ».
Nous nous garderons bien de prendre parti dans cette controverse. Nous nous sommes bornés à vous livrer les pièces du dossier. Un fait est certain : il y a dans l’atmosphère des U.F.O. . Les savants ne sont pas d’accord sur la nature de ces engins. Pour nous, simples mortels, une seule chose importe : jusqu’à présent ils se sont montrés inoffensifs. Puissent-ils le demeurer toujours.

J. DEPOIX.
Les veillées des chaumières, n°16, 74ème année, 20 février 1954


Illustrations: Deux dessins de savants qui accompagnent l'article
Couverture de Science Wonder  Stories, novembre 1929

mercredi 8 février 2012

A. Portier, Une chasse préhistorique à l'époque magdalénienne ( 1937-1938)

Le hasard nous conduit parfois vers des publications dans lesquelles on n'imaginerait pas vraiment découvrir des textes relevant de la science fiction. C'est le cas de la revue Le Chasseur français. Avec un titre pareil on suppose que les domaines exclusifs seront la chasse, la pêche, les animaux...
On s'amuse à relever quelques articles à tendance conjecturale comme L'Aventure humaine en l'an 500000 (rien que cela!) (1953), Le commerce dans cent ans (moins ambitieux que le précédent) ( 1932), une Fantaisie préhistorique (1967) ou un article sur les femmes en l'an 2000 (1966). Et voici que l'on tombe sur une fiction préhistorique publiée en cinq épisodes en 1937-1938 dont on ne trouve nulle part les références... pas même dans les ouvrages ou sur les sites... de référence sur le roman préhistorique. Evidemment, le plaisir est grand et on le fait partager à ses lecteurs avec le petit résumé qui suit publié dans le n° 571.
La collection ArchéoSF (éditions Publie.net ) s'enrichit donc d'un nouveau texte avec cette "Chasse préhistorique à l'époque magdalénienne", édition présentée, commentée et annotée.



Résumé. — Un guerrier de la préhistoire, Naroud. chasseur averti et expert, monte la garde près de l’entrée de la caverne cù repose sa tribu. Après avoir chassé deux grands loups qui rôdaient aux alentours, il est sur le point de s'assoupir, quand des bruits insolites viennent frapper son oreille. Grâce à sa sagacité et à sa connaissance du terrain, il se rend compte de la présence assez proche d'un nombreux troupeau de rennes et décide de l'attaquer pour avoir des vivres pour sa tribu qui souffre de la faim depuis plusieurs fours. Comme il ne peut suffire seul à la chasse, il réveille le chef de la horde et s'entend avec lui sur la marche à suivre. Les guerriers de la tribu n’étant pas assez nombreux, aide est demandée à la tribu voisine. Les guerriers de celle-ci arrivent au plus vite et la poursuite va commencer.


Livre électronique Une chasse préhistorique à l'époque magdalénienne


La fiction préhistorique "Une chasse préhistorique à l'époque magadalénienne" est disponible dans la collection ArchéoSF aux éditions Publie.net (édition numérique)

mardi 7 février 2012

[Musique] Air, Le Voyage dans la Lune

Le groupe électro Air sort le 6 février 2011 un septième album qui a pour titre Le Voyage dans la Lune. Il ne s'agit pas d'un simple clin d'oeil au film de Goerges Méliès mais d'une véritable bande originale directement inspirée par le court métrage tourné en 1902.
En mai 2011, pour la présentation d'une version recolorisée du Voyage dans la Lune de Méliès au festival de Cannes, Air avait composé une musique originale. L'album qui paraît aujourd'hui offre onze morceaux d'une profondeur musicale foisonnante. 
Une édition limitée propose le CD + le DVD comprenant la version restaurée du Voyage dans la Lune.

 Air présente son nouvel album, Le Voyage dans la lune

Le site officiel de Air

lundi 6 février 2012

Des inventions insolites, étranges, bizarres ou délirantes !

L'imagination des inventeurs semble sans limite.
La page Facebook de Gallica invite aujourd'hui ArchéoSF pour présenter une petite sélection de ces inventions dont l'utilité ne saute pas immédiatement aux yeux mais  aux qualités esthétiques indéniables.
Voici par exemple un traîneau à turbine datant de 1910.



Vous trouverez encore dans l'album publié sur la page Facebook de Gallica:
- le car-rame sportif
- l'agrandisseur pour myope
- la bouée de sauvetage à propulsion
- le vélo-torpille
- la triplette cycliste
- la machine à vapeur... en verre
- l'appareil pour apprendre à marcher aux bébés
- l'appareil pour habituer les pilotes aux secousses qu'ils subissent en avion
- le protecteur pour autobus
- le traîneau à turbine

dimanche 5 février 2012

Le vélocipède à neige et à glace

La locomotion a été l'un des grands thèmes scientifiques de la fin du XIXe siècle. Automobile, locomotive, aéroplane, steamer ou vélocipède ont connu des progrès permettant de parcourir toute la surface du globe quelque soit les conditions.
Dans l'article qui suit, extrait de La Science illustrée, est présenté un vélocipède à neige et à glace.


VELOCIPEDE A NEIGE ET A GLACE

Depuis que la vélocipédie a détrôné tous les autres genres de sports, que n'a-t-on pas imaginé pour diminuer les inconvénients des premières machines, défauts inhérents à l'état de la fabrication encore peu expérimentée ! Entre le vélocipède de l'ancien modèle et le bicycle à grande roue est venue se placer la bicyclette qui jouit des avantages de l'un et de l'autre.
La bicyclette permet d'atteindre et même de dépasser la vitesse du grand bicycle avec la stabilité et la sécurité du vieux vélocipède; aussi a-t-elle conquis rapidement l'estime générale. Les uns ne s'en servent que comme distraction ou pour satisfaire au goût du temps, mais pour d'autres, elle est un auxiliaireulile, presque un instrument de travail. C'est pour cela que les perfectionnements ont porté sur deux points différents : l'élégance et la solidité. De là proviennent la multitude des formes qui ont été essayées pour le cadre et la variété des dispositifs proposés pour obtenir la multiplication.
Mais la bicyclette ainsi conditionnée ne pouvait donner de bons résultats que sur des chemins unis et pour ainsi dire faits exprès ; les pavés, la route en mauvais état, les ornières étaient les ennemis des bicyclettistes. On parvint à augmenter le champ d'exploration du nouvel engin par l'invention du caoutchouc creux auquel succéda presque immédiatement le pneumatique et ses variantes. Des essais ont même été tentés pour remplacer le pneumatique trop fragile par des systèmes mécaniques à ressorts, mais ils ne semblent pas avoir donné de bien bons résultats.
Après avoir rendu la bicyclette apte à rouler sur toutes sortes de terrains, on a cherché à étendre le même principe pour marcher à la surface de l'eau et dernièrement on fit beaucoup de bruit autour d'une bicyclette nageante.
Aujourd'hui, il nous vient d'Amérique une bicyclette qui peut fonctionner sur la neige et la glace. C'est de l'Erié, où les longs hivers privent les bicyclettistes de l'emploi de leurs machines ordinaires, que nous arrive cette invention. Aujourd'hui, l'on peut jouir d'une piste de glace toute l'année, aussi le nouvel appareil permettra-t-il aux patineurs bicyclistes de cumuler les deux plaisirs.


Cette machine, brevetée par M. Jonas Schmid, est représentée par la figure ci-contre. Le cadre est tabulaire de façon a être plus léger; l'arrière se termine par un axe sur lequel pivote un support ; à celui-ci est fixé un sabot en alignement avec la roue motrice. A l'avant du cadre se trouve, monté sur billes, le gouvernail dont la partie inférieure est terminée par un sabot recourbé; cette forme rend la direction plus sensible et plus facile. La roue motrice a une jante d'acier avec des pointes qui lui permettent de s'enfoncer dans la neige ou la glace ; elle reçoit le mouvement des pédales par l'intermédiaire d'une chaîne. Le dispositif qui maintient la roue forme une fourche entre les branches de laquelle elle s'engage, et lui-même est relié au cadre par un ressort droit. Celui-ci est pris, à peu près à son centre, par une goupille qui fait partie d'un levier coudé dont l'axe de rotation est sur l'arrière du cadre et dont la poignée, qu'on peut fixer à telle hauteur qu'on veut par une cheville et une. crémaillère, est aussi basse que possible. Si la machine doit être employée sur la glace, on adapte aux sabots dont nous avons parlé les patins représentés par la figure. A cet effet, ceux-ci sont munis de brides, de saillies et de vis de pression qui permettent de les fixer ou de les enlever avec la plus grande facilité. D'après l'inventeur, cette machine peut être conduite avec facilité et rapidité, et de plus elle se laisse diriger dans la perfection.

Paul Perrin 

Source: Gallica