mardi 31 janvier 2012

Le train de l'an 2000 vu en ... 1920


Une vision du train de l'an 2000 tel qu'on se l'imaginait en 1920. Le Météor a quelques points communs avec le TGV...

(1) si un(e) aimable lecteur / lecvtrice pouvait m'indiquer la source de cette image reprise dans le livre Les Trains, une épopée de légende (éditions La Poste 2001), j'en serais ravi (n'est-ce pas de Mécanique populaire ou une autre revue de ce genre?)

dimanche 29 janvier 2012

Une critique des Aventures merveilleuses de Serge Myrendhal sur la planète Mars par H. GAYAR

Romans-Revue était une publication mensuelle délivrant des critiques d'inspiration catholique sur tous les romans qui paraissaient.On y trouve régulièrement des chroniques de romans d'aventures, d'aventures scientifiques, d'anticipation ou de science fiction. Elles sont rarement positives. Il faut reconnaître pourtant une certaine honnêteté aux rédacteurs de cette revue qui, sans trahir leurs idées directrices, savent découvrir des ouvrages marquant l'histoire des genres de l'imaginaire et de l'aventure.
Aventures merveilleuses de Serge Myrendhal sur la planète Mars, par H. GAYAR


Livre intéressant pour ceux que ne rebutent pas les invraisemblances. Très honnête.
L'honnêteté doit être considérée selon les normes catholiques du début du XXe siècle.

Courte critique parue dans Romans-Revue en 1908.

vendredi 27 janvier 2012

Les découvertes de demain (1905) ou comment l'on imaginait l'an 1950

L'année 1950 a cristallisé les espoirs, les angoisses, les rêves de toute une génération comme ce fut le cas plus tard pour l'an 2000 ou aujourd'hui pour l'an 2050.

Poursuivons cette exploration de l'année 1950 vue par nos aïeuls avec un article de prospective paru anonymement dans le magazine Je Sais Tout en 1905 et superbement illustré par Henri Lanos.


Le texte est disponible gratuitement dans la section téléchargement d'ArchéoSF.

mercredi 25 janvier 2012

Le Carnaval de Nice : un char "Marins à la Planète Mars" (1922)

Le Carnaval de Nice : un char
Le Carnaval de Nice : un char "Marins à la Planète Mars" : [photographie de presse] / Agence Meurisse (1922)
Source: Gallica
Une image qui devrait faire plaisir à Guillaume ;-)

mardi 24 janvier 2012

Raphael Colson (dir.) Rétro-Futur !


Le rétro-futurisme puise dans les pulps, les serials, les fascicules et les oeuvres de science fiction ancienne. Raphael Colson, pilier des éditions Les Moutons électriques, dirige chez l'éditeur lyonnais un beau volume consacré au rétro-futurisme.


Présentation de l'éditeur:
Un passé qui aurait pu être et un futur qui n’a pas eu lieu : le terme « rétro-futurisme » recouvre un courant esthétique apparu au début des années 1980, au fort accent post-moderne et aux ramifications fictionnelles portant les noms de steampunk, dieselpunk et atompunk.
Dernière esthétique produite par l’imaginaire futuriste américain, aux côtés du cyberpunk, le rétro-futurisme s’est imposé comme l’une des grandes tendances culturelles des années 2000, révélant notamment une nostalgie pour un passé où l’Amérique créait le futur. Les représentants de ce courant se plaisent à revitaliser les vieux rêves futuristes de l’imaginaire populaire américain (pulps, serials, etc.). Une fascinante ré-imagination, fertile et exubérante.
Prolongeant le travail réalisé dans Steampunk !, Rétro-Futur ! vous invite à poursuivre le voyage en des terres uchroniques mises en images par le cinéma, la bande dessinée, l’animation, les jeux vidéo et les jeux de rôle. Par le biais des motifs de la ville verticale, de la super-science, de la guerre et du politique, partez explorer un monde passé et à venir élaboré à l’aide des rêves futuristes du XXe siècle.
Avec la collaboration d'Etienne Barillier, Stefanie Diekmann, Sara Doke, Morgan Guery, Sébastien Hayez, Henry Jenkins, Patrick Marcel et P.J.G. Mergey. Entretiens avec David Alvarez, Cédric Ferrand, Serge Lehman, François Schuiten et Sam Van Olffen. Portfolios de Vincent Ackermann, Bastien B et Sam Van Olffen.

Couverture réalisée par David Alvarez


L'ouvrage peut être commandé directement chez l'éditeur (25 euros - port gratuit). Il sera bien sûr disponible dans toutes les bonnes librairies à partir du 24 février !

dimanche 22 janvier 2012

Régis Messac aux éditions Ex-Nihilo

Les éditions Ex-Nihilo ont entrepris de rendre à nouveau disponible les textes du grand critique que fut Régis Messac. Nombre de ses critiques ont été rassemblées afin de proposer des mises en perspective sur des thèmes comme Les romans de l'homme-singe ou Les premières utopies. Aujourd'hui encore ses ouvrages font référence car il fut un défricheur inlassable des ouvrages de science fiction des époques passées et de son temps. Utiles au chercheur comme au "thématicien", les ouvrages permettent aux curieux de découvrir un critique des années 1920-1940 et nombre d'ouvrages qui restent dignes d'intérêt même si le temps a fait son travail d'enfouissement.

Micromégas: (sur l'homme face au très grand ou au très petit)
Couverture
Les romans de l'homme-singe
Couverture

Les premières utopies suivi de La Négation du progrès dans la littérature moderne
Couverture

vendredi 20 janvier 2012

Jules Verne dans la bibliothèque verte

Jules Verne a été accueilli dans la Bibliothèque Verte créée en  1924 (éditée par Hetzel dont le catalogue fut repris par Hachette, les oeuvres de Jules Verne avaient leur propre collection avant de rejoindre la "Verte").
Sur les ouvrages, on pouvait voir en page de garde cette illustration résumant les voyages extraordinaires contés par Jules Verne :


mercredi 18 janvier 2012

Abonnez-vous gratuitement à Je Sais Tout le roi des magazines !

Dans les premiers numéros de Je Sais Tout, magazine lancé par Pierre Lafitte en 1905 dans lequel ont été publiés des textes relevant de la littérature fantastique et de science fiction et de nombreux articles de prospective, on trouvait ces bulletins proposant le remboursement de l'abonnement sous forme de primes commerciales.




samedi 14 janvier 2012

Gallica eBooks (1)

Retour à la page d'accueil de Gallica

La bibliothèque numérique Gallica a enrichi son offre avec des ePubs (gratuits) depuis quelques temps. Il y en a pas moins de 159 actuellement (14 janvier 2011). 
Parmi eux, l'amateur d'anticipation et de fantastique anciens pourra consulter et télécharger des classiques ( Jules Verne, Honoré de Balzac, Marcel Schwob, Charles Nodier, Jonathan Swift,..).


(merci à Gaël pour l'information)

jeudi 12 janvier 2012

[Radio] Les mondes de Jules Verne par François Angelier (2011)


L'émission La marche de l'histoire animée par Jean Lebrun (du lundi au vendredi de 13h30 à 14h00) sur France Inter a accueilli, au cours de la dernière semaine de décembre 2011, François Angelier (entre autres il est le producteur de l'émission Mauvais Genres sur France culture et auteur d'un Dictionnaire Jules Verne [1]) pour parler des mondes de Jules Verne.

Ces mondes ne relève pas seulement de la science fiction et de l'anticipation mais aussi du voyage et de l'exotisme.

Les Mondes de Jules Verne:
1/ Les mondes de Jules Verne : Voyages et explorations (26/12/2011)
François Angelier qui va vous accompagner dans cette série d'une semaine a publié un Dictionnaire Jules Verne et, tout récemment, un Dictionnaire des voyageurs et explorateurs occidentaux...

2/ Les mondes de Jules Verne : L’Afrique sauvage (27/12/2011)
Quand on accompagne Jules Verne, il faut aussi accepter d'emprunter les machines à relier les hommes qu'affectionne le bonhomme. Et d'abord, aujourd'hui, le Victoria, ballon expérimental...

3/ Les mondes de Jules Verne : de l’Atlantique à la Sibérie (28/12/2011)

4/ Les mondes de Jules Verne : Les gouffres du ciel (29/12/2011)

5/ Les mondes de Jules Verne : Les profondeurs terrestres et marines (30/12/2011)

On peut réécouter ces émissions sur le site de France Inter dans la rubrique La Marche de l'histoire (lien).

Plusieurs articles d'ArchéoSF ont été consacrés à cette figure incontournable de l'anticipation et de l'aventure extraordinaire que fut Jules Verne:


Rappelons que le 10 février 2012 aura lieu la soirée Jules Verne & Cie (toutes les informations)




[1] François Angelier, Dictionnaire Jules Verne, éditions Pygmalion, 2006

mercredi 11 janvier 2012

Galaxies Science fiction n° 15


Editorial:
Un numéro qui paraît en janvier est un numéro de fête. Un numéro tourné vers l'avenir radieux, forcément radieux, de l'année qui s'ouvre. (…) Très bonne année donc à tous nos lecteurs, année que nous leur souhaitons la meilleure possible, avec la faculté de discerner l'important, un sourire, un regard, une parole, l'image d'un ciel dégagé, de beaux textes de science-fiction, tout ce qui peut sauver, dans ces temps difficiles.
Car, en effet, les temps sont difficiles, comme le chantait déjà Léo Ferré il y a quarante ans. Les temps sont difficiles pour l'Europe et pour le monde. D'une certaine manière, nous voilà projetés dans une fiction spéculative en vraie grandeur où pour un moment le pouvoir a été en partie capturé par une caste étrange de diseurs de bonne aventure (qu'est-ce que prédire la fiabilité future d'un emprunteur, sinon dire la bonne aventure en remplaçant les arcanes par des équations et la boule de cristal par un i-pad ?) rassemblés sous le vocable d'agences de notation. Pour l'observateur extérieur, voilà qui ne manque pas d'être intéressant, et il attend avec impatience l'épisode suivant. Malheureusement, aucun d'entre nous n'est vraiment un observateur extérieur. Nous sommes sur la scène, et les coups d'épée ne sont pas de carton mâché…

C'est dans ces moments-là que la science-fiction devient indispensable. Devant une impasse au fond de laquelle il nous semble souvent être acculés, avec des conséquences qui n'ont rien de fictives pour ceux qui perdent leurs emplois, voient s'effriter leur niveau de vie, se trouvent indignés en tous les sens du terme, il faut de l'imagination, il faut s'affranchir des demi-solutions, de la résignation, de l'aquabonisme, et inventer….


Pierre Gévart


Sommaire:


Nouvelles
Un regard pénétrant - Philippe Curval
Le hamsty - Leonid Kaganov
Marshmallow flambé et autres morts - Camille Alexa
Egregore 2050 - Yann Minh
Dossier : Charles Stross
Entre des mondes incertains - Charles Moreau
Entretien avec Charles Stross - Pierre Gévart
Bibliographie - Hugo van Gaert
Analyse de style - Gilles Duterme
Une Guerre plus froide - Charles Stross
Rubriques
Krystal Camprubi
Une lettre de l’Inde - Arvind Mishra
Le Bouquineur : Nouvelles conjecturales de Clément Vautel - Philippe Ethuin
Notes de lecture - Laurianne Gourrier
(S)Trips - Alain Dartevelle


mardi 10 janvier 2012

#Free Il a le téléphonoscope, il a tout compris !

Albert Robida nous présentait il y a 125 ans le téléphonoscope soit bien avant une conférence de Free  qui retient toute l'attention des Geeks aujourd'hui !
Passage en revue des avantages incommensurables du téléphonoscope. Après cela, vous pourrez dire: Il a un téléphonoscope, il a tout compris !

Grâce au téléphonoscope, conservez même quand vous êtes loin de chez vous :

Grâce au téléphonoscope, n'ignorez rien de ce qui se passe dans le monde:

Fichier:Robida telephonoscope.jpg

Grâce au téléphonoscope, la télévision à la demande et en illimité

Robida vingtieme siecle p86 1.jpg

Grâce au téléponoscope, entrez dans la société de la formation à distance




Source des images:

lundi 9 janvier 2012

Soirée Jules Verne et Cie - 10 février 2012

Le Club Verne (1) organise une soirée spéciale autour de sa  nouvelle revue « Jules Verne & Cie »

vendredi 10 février 2012
à partir de 19h
au salon-bouquinerie Chapeau melon & Piles de livres
11, rue des Lombards à Amiens


« Notre intention est de replacer Jules Verne dans sa compagnie, bonne ou mauvaise, et relire ses romans dans une perspective qui les relativise et les enrichit. Tel est le but de Jules Verne & Cie qui, rappelons-le, est un supplément de la revue Le Rocambole . »



Au programme
Présentation du Club Verne : activités et projets
Échange autour de la revue : N°1 « L'Asie Mystérieuse »




Entrée gratuite sur réservation
Ouvert à tous
(dans la limite des places disponibles)
Le Club Verne
BP 20119
80001 Amiens cedex 1
contact[at]clubverne[pt]net



(1) Le Club Verne est une composante de l'Association des Amis du Roman Populaire

samedi 7 janvier 2012

G. Bethuys, L'Homme en nickel

Pierre Versins résume ainsi L'Homme en nickel de G. Bethuys ( qui est aussi Pierre Ferréol ) dans l'article « sculpture » de son Encyclopédie:

Un savant étudie l’« occlusion » des êtres vivants (nous disons aujourd’hui hibernation artificielle ou naturelle) et décide de tenter l’expérience sur lui-même. Mais pour compliquer les choses, il prend un bain galvanique et l’on retrouve son corps métallisé dans une position qui en fait une statue parfaitement décadente. Elle sera réclamée comme son oeuvre par le neveu du vieux fou, puis mise aux enchères. A vingt mille francs, le commissaire priseur adjuge et donne un coup de maillet sur la statue... qui s’éveille, bouge, le vernis de nickel craque et le vieux savant tombe mort. Expérience réussie.
Une illustration de J. Beuzon nous montre le moment où le savant est enduit de plombalgine :

G. Bethuys, L'Homme en nickel, Librairie d'éducation de la jeunesse,
sans date [vers 1890], illustrations de J. Beuzon.

vendredi 6 janvier 2012

Vases communicants: ArchéoSF accueille François Bon





Je n’ai pas lu Jédédias Jamet ni Kéraban le Têtu ni Clovis Dardentor, mais j’ai lu tous les autres

Est-ce que j’ai cessé jamais de lire et relire Jules Verne, est-ce que j’aurais passé une année sans reprendre à nouveau le chemin Jules Verne ?
Ouvrez n’importe quel Jules Verne : qu’ils nous paraissent dessinés d’un trait, les personnages, avec leur façon de parler et même – on dirait – leur façon de faire des gestes.
Je ne sais pas si ce sont les gravures : je n’ai jamais lu un Jules Verne sans la gravure à chaque moment du récit associée, et pourtant en me gardant de la confondre au récit, la gravure un rêve de lecteur comme moi je rêvais – et moi qui je suis dans les Jules Verne que je lis ?
Peut-être que la réponse est facile (mais on ne la trouve qu’à condition de l’écrire : dans Jules Verne, on ne s’identifie pas au premier rôle. Le premier rôle est désagréable, il est d’un bloc, il est antipathique, il fait des bêtises. Tout est toujours vu depuis le deuxième rôle, et c’est par lui que vous entrez dans le livre. Lorsque Phileas Fogg demande à Passepartout de payer la facture du gaz resté allumé, c’est à vous qu’il prend l’argent dans la poche.
Je ne sais pas, considérant à distance le sentiment global de lecture qui s’appelle en moi Jules Verne, si c’est l’oeuvre qui passe devant ou bien le souvenir séparé de ses titres.
Je suis incapable de dire quel a été mon premier Jules Verne lu. Probablement Michel Strogoff, parce que je le revois (je les revois, il y avait deux tomes) en Bibliothèque Verte. J’ai relu l’an passé Michel Strogoff, je trouvais ça tout petit, comme une maison jouet pour les enfants : le méchant, le traître, l’amour et la maman. Regarde de tous tes yeux, regarde : la phrase était bien au rendez-vous, pile au milieu du livre, mais ce n’était plus du jeu, je savais l’artifice, et qu’il y voyait quand même.

Je crois qu’ensuite ça a été Vingt mille lieues sous les mers, parce que là encore c’est une sensation tactile qui vient en amont : l’épaisseur du double volume en faisait un objet non pas parallélépipédique, mais tendant vers le cube. Et se superpose aussi très vite au livre le dispositif optique qu’il contient : comme si, à se poser dans le salon du Nautilus avec ce brave Ned, ayant devant nous le grand hublot circulaire donnant sur la vie sous-marine, c’est le livre lui-même qu’on voyait. Sans doute qu’on pourrait élargir à bon nombre de titres c’est idée d’un dispositif optique lié au récit lui-même, et le caractérisant, et qui nous aide à déterminer notre lecture et la rendre intérieurement pérenne.
Si j’ai maintenant bien en mémoire les petits livres Bibliothèque Verte, je vois se dessiner d’autres couvertures  : Voyage au centre de la terre, et Cinq semaines en ballon.
Un coup sous la terre, un coup au-dessus. Me reste de Cinq semaines en ballon la toute fin, les personnages accrochés au reste de l’enveloppe caoutchoutée, poussée par un feu allumé de l’autre côté du fleuve... J’ai un peu oublié le reste. Mais il m’arrive souvent, reprenant dans les vieux Tour du monde des mêmes années (et avec les mêmes graveurs, ce qui était décisif à l’époque pour que Jules Verne impose l’effet de réel de ses romans), à lire les récits d’exploration de l’Afrique Vierge, ou les premières traversées d’Australie, de reconnaître telle ou telle figure préalablement incrustée dans la mémoire par telle ou telle scène de Cinq semaines en ballon que je croyais oubliée.
Voyage au centre de la terre, je l’ai lu bien plus souvent que les autres. Les figures, évidemment archaïques, évidemment symboliques, jouent avec le temps, le réel, la protection, et finalement l’expulsion par ce tunnel final. Je me souviens mal des personnages, mais bien des paysages.
Je suis d’un temps et d’un lieu où il fallait aller soi-même à la chasse aux livres pour les lire. On ne revient peut-être pas assez sur ce changement pourtant décisif : il y a cinq ou dix ans encore, on attendait un livre, on guettait sa rencontre, on avait des listes intérieures de livres à dénicher, et on savait quelques grottes plus riches, où il était bon de passer tous les deux ou trois ans. Et s’en aller à Londres parce qu’il était temps de revenir à Helter Skelter, et qu’à New York forcément on sortirait le sac tout chargé des deux Strand, dont aujourd’hui il ne subsiste que celui de Broadway South.
C’est pour cela que le souvenir de comment a pu être chronologique ma lecture de Jules Verne ressuscite le parcours progressif de l’accès aux livres. J’étais fier de ma collection de livres en Bibliothèque Verte, mais elle avait fini de livrer ses richesses. Dans l’armoire aux livres du grand-père maternel, il y avait des Jules Verne (et des Edgar Poe, et Balzac) : lui qui était si réservé quant à l’emploi de ses affaires, outils, herbier ou matériel de pêche, timbres et instruments, il ne m’a jamais restreint dans le prêt de livres – je les lui rapportais à la visite suivante, un mois plus tard. Les Balzac, encore bien tard, je les garderais quatre mois. Et puis c’est chez là, à Damvix, que je basculais dans la lecture immédiate, les adultes laissés à leur fin de repas. En tout cas c’est ainsi que je relie à Damvix et à cette armoire Le superbe Orénoque (au masculin). Qu’est-ce qu’était l’Orénoque, et de quelle couleur son eau, je n’en savais rien. J’associe aussi à l’armoire à porte de verre La Jangada, suis incapable de retrouver les autres. Or, Damvix est au coeur du vieux marais poitevin, qui n’était pas alors considéré comme une perle touristique, mais bien plutôt comme un trou du cul du monde, c’est Chaissac qui doit le dire – et peut-être que je l’ai croisé pour de vrai, ces années-là, sans le connaître, Gaston Chaissac. Des Jules Verne Damvix je revois aussi les pages, avec des rousseurs jaunes, de Nord contre Sud et Que ce soit l’Orénoque ou laJangada, il s’agit de dérive sur fleuves et un peu peur, même à distance, des deux frères jumeaux (même si on on comprend bien avant la fin que leur double présence alibi soit due au fait qu’ils soient jumeaux).
C’est l’étape 2 de mes lectures Jules Verne. Il y a des voies parallèles : j’ai toujours connu ces fac-simile des anciennes éditions Hachette à couverture cartonnée rouge. Nous les avons même rachetées plus tard, pour notre propre bibliothèque. Les livres y sont rassemblés par deux ou quatre. Plus difficile alors de retrouver les titres via ces Jules Verne là, qui m’arrivaient par la distribution des prix à l’école – mais j’y associerais bien Deux ans de vacances et Les enfants du capitaine Grant.
On n’avait pas la télévision. Jules Verne était notre seule façon d’appréhender ce qui se trouvait loin. On apprenait le monde vrai par la fiction qui recourait à notre imaginaire. Ceux de mon âge ont été les derniers à bénéficier de ce luxe absolu et grand : qu’avons-nous liquidé du rêve pour ceux qui sont venus après nous, et disposaient de la télévision et du cinéma en même temps que de leurs Jules Verne à eux, et qu’est-ce qui, du coup, se retira de ce qui leur était accessible ? Je ne sais pas répondre. Mes enfants auront lu Jules Verne et Le grand Meaulnes avec une intensité qui démentirait aisément ce que je viens d’affirmer.
Je n’ai pas souvent relu Deux ans de vacances, l’idée suffisait à m’accompagner. Et je n’ai pas aimé beaucoup Les enfants du capitaine Grant : après tout, ils avaient bien de la chance, en leur malheur infini, d’avoir droit à si grand voyage. Il ne m’en reste pas beaucoup d’images, que celle de cet arbre où on vit dans les branches, et qui dérive sur la mer : moi aussi je rêvais beaucoup, perché dans l’arbre du jardin, avec la mer cette ligne à l’horizon.
L’étape définitive de ma lecture Jules Verne, c’est celle du livre de poche. Donc la suite des Jules Verne, les autres Jules Verne, les Jules Verne l’un après l’autre, les Jules Verne pour les lire tous. C’est seulement aujourd’hui que je me rends compte que le livre de poche – on est en 1963, et ça va jusqu’en 1968 – était tout neuf encore. Cela ne ressemblait pas à nos autres livres, à ces livres qui venaient de si loin dans le temps, via l’armoire du grand-père.
Alors commence, comme au troisième sous-sol, un autre Jules Verne, plus tenace, plus anguleux. Et ce qui devient plus tard comme les galeries pour le rejoindre, à partir desquelles on peut toujours repartir en arrière vers ces Jules Verne de l’entrée, de la surface, ceux des premières lectures.
De toute façon c’est dans la phrase : il y a la façon de parler de ces personnages, d’être silhouettés à gros traits, et leur façon de gesticuler. On le sait tout de suite, qu’on est dans Jules Verne, et ça nous renvoie direct – mais couche par couche – à l’âge qu’on avait, très précisément, la première fois qu’on a lu ce texte, ce texte précisément.
J’y mets Le château des Carpathes, pour ce mystère à distance, pour ce spectre dans la nuit, pour la voix devenue mystère. J’y mets Les cinq cents millions de la Begum, pour ces deux portraits de ville, et que finalement ce qui se passe chez les méchants (avec le gentil infiltré) est plus intéressant que ce qui se passe chez les gentils (avec l’obus des méchants qui les rate).
En poche aussi ces Jules Verne qui sont comme des parcours qu’on refait réguilèrement, comme on repasse dans un jardin qu’on connaît bien, les Tribulations et son compte à rebours, les 80 jours et son mystère de l’heure qui manque.
Enfin ceux qu’on découvre plus tard, ceux qui ont comme une double porte à franchir avant qu’on y entre, et tout soudain y est plus silencieux, avec un fond d’angoisse aussi. On apprend à les préférer (non, je ne préfère rien, je prends tout en bloc, j’y circule en permanence, toutes issues, toutes galeries, toutes chambres comme la bestiole du Terrier de Kafka) : Le phare du bout du monde, Le sphynx des glaces, Le rayon vert.
Ici, dans la maison, il y a comme des silos à livre, en gros dans chaque pièce, dans le couloir et dans le garage. Je ne sais pas s’il y d’autres auteurs que Jules Verne à avoir la capacité de s’être démultiplié, en ordre dispersé, dans chacun de ces silos. Nous n’avons jamais su ranger correctement Jules Verne, parce que chacun l’a lu à sa guise et a mis au plus près, dans ses propres zones des silos, ceux qui lui importaient le plus. Au sous-sol il y en a une pile épaisse, d’ailleurs elle tient l’étagère, rangés à l’horizontale pour le calage. Est-ce important de le relire (ceux qu’on relit autant : Simenon, Balzac), comme si comptait presque autant de simplement passer devant le livre, voir le titre, savoir que c’est matériellement là, et dans sa tête aussi.
Dès ma première connexion Internet, en 1996, tout Jules Verne était disponible au format numérique, c’était sur un site israélien dont la page d’accueil comportait l’image animée d’une fausse bougie, le fondateur du site ayant perdu un de ses fils. Je ne serais pas capable de le retrouver. Les livres accumulés de Jules Verne, dans la maison, ne servent strictement à rien. Sauf à cela : cette géographie, et qu’elle est aussi temporelle.  

1 François Bon | www.tierslivre.net


Texte de François Bon, hébergé dans le cadre de l'opération Vases Communicants, qui propose aux blogueurs littéraires d'échanger un texte entre blogs le premier vendredi du mois.

Cherchez #VasesCommunicants sur Twitter et visitez le scoop-it Vases communicants pour trouver d'autres textes.


Puis visitez Le Tiers Livre pour lire bien d'autres textes !


Et si vous êtes paresseux, voici la liste des blogs qui ont pris part à la première opération des Vases Communicants de 2012  :
G@rp http://lasuitesouspeu.net/ et Christopher Selac http://christopherselac.livreaucentre.fr
Camille Philibert-Rossignol http://camillephi.blogspot.com/ et Éric Duboishttp://www.ericdubois.net/
Pierre Ménard http://www.liminaire.fr et Benoît Vincent http://www.amboilati.org
Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/ et François Bonneauhttp://irregulier.blogspot.com/
L.Sarah Dubas http://lsarahdubas.over-blog.com/ et Jean-Christophe Cros http://www.boat-a-idee.com
François Bon http://www.tierslivre.net/ et Philippe Ethuin http://archeosf.blogspot.com
Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/ et Franck Thomas http://www.frth.fr/

mardi 3 janvier 2012

Jules Verne, Maître du monde

La Bibliothèque verte a proposé en son temps une quasi-intégrale de l'oeuvre de Jules Verne. L'illustration de la couverture signée de Raoul Auger - inspirée des illustrations originales (1904)  de Georges Roux - de Maître du monde présente un navire aérien des plus extraordinaires.


lundi 2 janvier 2012

Pierre Devaux, UNE CATASTROPHE GÉOGRAPHIQUE ! L’Angleterre va-t-elle se souder au continent?


Livre électronique Le formidable événement
Le polytechnicien Pierre Devaux est connu à la fois comme vulgarisateur scientifique et auteur de romans de science fiction. On trouvera une bibliographie détaillée sur BDFI. Retenons tout de même XP 15 en feu!, L'Exilé de l'espace et La Minute dérobée (parmi de nombreux autres titres).
Dans l'article qui suit, paru dans Le Chasseur français en janvier 1940, Pierre Devaux se demande si l’Angleterre va se souder au continent, ce qui est l'argument du roman Le Formidable évènement (1920) de Maurice Leblanc et de la nouvelle "L'An 1937" (1924) de Claude Farrère.

UNE CATASTROPHE GÉOGRAPHIQUE !
L’Angleterre va-t-elle se souder au continent?

Un de nos confrères publiait récemment une « petite histoire illustrée » éminemment actuelle :
- Avez-vous dessiné votre carte d’Europe ? demande un professeur.
Et l’élève de répondre :
- Oh ! non, m’sieur, je n’ai pas encore lu le journal ce matin !

Il est certain, hélas! que la « carte politique » de l’Europe se transforme depuis quelques années avec une rapidité déconcertante sur les pages bariolées des atlas. Mais les « cartes physiques » du monde, avec les arêtes solides de leurs montagnes, le tracé inébranlable de leurs fleuves et de leurs rivages, paraissent plus coriaces. Il est rare qu’un Lesseps, d’un coup de ciseau géant, sépare deux continents; et, pour dire la vérité, ces grêles coupures qui ont nom Suez ou Panama, colossales à l’échelle de l’homme, sont bien peu de chose sur le planisphère bleuté des terres et des mers !
Six cents ans sous la mer. — Une œuvre plus vaste — « cartographiquement » parlant — est celle des Hollandais, qui viennent de terminer l’encerclement et l’assèchement partiel du Zuiderzée. On sait que cette échancrure, familière à nos crayons d’écolier, et qui rompait le littoral européen au nord d’Amsterdam, était la trace d’une terrible catastrophe : dans une nuit de tempête et de grosse marée de l’an 1282, la mer du Nord rompit ses digues, engloutissant 70 bourgs ou villages et noyant 10.000 personnes.
Les ingénieurs néerlandais sont parvenus à isoler cette nappe d’eau, non pas d’un seul coup, ce qui eût donné lieu à des « courants de marée » irrésistibles, mais en la divisant au moyen de digues intérieures. Vidés au moyen de pompes à moteurs électriques ou Diesel, ces bassins donnèrent naissance à autant de champs bas ou « polders », submergés depuis plus de six siècles, mais que les eaux de la pluie dessalèrent en quelques mois.
La nappe d'eau centrale, coupée de la mer par une grande digue, forme aujourd'hui le lac d’Isjel ; et tout le monde a trouvé son profit dans l’opération... à l’exception des poissons migrateurs qui frayaient depuis six siècles dans le Zuyderzée, et qui viennent périr par milliards devant la digue !
Une erreur de Jules Verne. — De telles « transformations géographiques », opérées de main d’homme, s’étendront peut-être demain à toute la planète, favorisées par le progrès de l’outillage technique : excavateurs, pelles à vapeur, camions, béton, etc. Les maîtres actuels de la Russie ne viennent-ils pas d’étudier un grand projet de dessèchement de la mer Caspienne, grâce à un colossal barrage bâti près de Kamychine, en travers du fleuve Volga ?
Dans le sud de la Tunisie existait autrefois un vaste golfe, sur l’emplacement duquel se trouvent aujourd’hui les « chotts » à croûte de sel ; des navires de l’époque romaine, naguère encore, ont été découverts dans le sable, mais ces nobles débris furent utilisés incontinent par les indigènes pour faire du feu !
Un grand projet, présenté par le capitaine Roudaire et approuvé par de Lesseps, vit le jour sous le Second Empire. Il s’agissait de couper la côte par un canal, afin de permettre aux eaux de la Méditerranée, de la Syrte de Gabès, d'envahir leur ancien domaine. Cette nappe d’eau eût modifié complètement le régime des pluies dans le Sud-tunisien et créé une industrie de la pêche; le contour de l’inondation englobait, par contre, 70 oasis dont on eût indemnisé les occupants.
Les avantages du projet Roudaire parurent-ils à l’Empereur discutables ? Les météorologistes semèrent-ils le doute sur ce mirifique « climat artificiel » espéré des ingénieurs ? La grande œuvre de Roudaire resta sur le papier... Sage décision, au surplus, puisque de récents levers géodésiques indiqueraient que la fameuse dépression des Chotts se trouve tout entière... au-dessus, du niveau de la',Méditerranée !
Ne jetons pas trop vite la pierre à l'audacieux Roudaire ; de Lesseps ne croyait-il pas lui-même, avant les travaux du canal, qu’il existait une dénivellation de 2 mètres entre les niveaux marins de Suez et de Port-Saïd ? Jules Verne s’est fait l'écho de cette erreur classique dans Vingt mille lieues sous les mers, quand il fait passer le Nautilus par l'« Arabian-Tunnel ».
On sait qu’une autre « opération géographique », singulièrement plus urgente et fructueuse, s’impose à nous dans la région du lac Tchad. Usé par l’érosion naturelle, un certain « seuil » rocheux est en train de s’effacer entre le Tchad et le bassin de la Bénoué, affluent du Niger; déjà, en temps de crue, les eaux du grand lac franchissent le seuil, qu’elles rongent dangereusement, et vont se perdre dans le Niger qui les porte au golfe de Guinée. Encore quelques années, et ce sera la baisse rapide et l’assèchement du Tchad.
Le général Tilho, avec toute l’autorité désirable, a jeté un cri d’alarme. Le grand lac africain alimente souterraine- ment la « nappe des puits » d’un énorme territoire ; l'asséchement ou même une baisse importante de son niveau signifierait la mort pour des millions de têtes de bétail, la famine pour des millions de Noirs qui vivent sous notre drapeau : le Sahara avancerait de 300 kilomètres ! Actuellement, les travaux nécessaires sont encore « à l’échelle humaine » ; souhaitons qu’ils soient menés à bien avant que le désastre géographique du Tchad soit un fait accompli.
Le « Formidable Événement ». — Mais il est d’autres « catastrophes lentes », d'une prodigieuse ampleur, qui modifient l’écorce terrestre de la façon la plus singulière.
Au fur et à mesure que le noyau central de notre globe se contracte, cette écorce solide s'affaisse. La lune agit également sur elle, en provoquant ;par attraction de véritables « marées terrestres » : chaque fois que l’astre des nuits passe dans le ciel, le sol s’élève de 50 centimètres sous nos pieds 1
Ainsi se produisent des déformations très lentes mais qui pourraient avoir une énorme influence sur les destinées humaines. L’Europe, par exemple, se plisse dans le sens Nord-Sud, telle une fraise à la Henri H; la Finlande s’élève, tandis que la plaine de l’Allemagne du Nord s’abaisse, par un mouvement de bascule... N'attendons point, du reste, d’un destin vengeur, 1 inondation de la moitié de l'Allemagne, la submersion de Brème et de Hambourg ! Ces événements-là demandent des siècles et des millénaires.
Dans un de ses plus curieux romans, intitulé Le Formidable Evénement, l'auteur d'Arsène Lupin décrit un phénomène grandiose : le soulèvement du fond de la Manche, qui fait apparaître de nouveaux territoires et soude la Grande-Bretagne au continent !
Une telle fantaisie prête à sourire, et cependant elle repose sur des bases scientifiques. Le fond de la Manche, ainsi que celui de la mer du Nord, ont été tantôt émergés, tantôt submergés au cours des âges. Les « océanographes » modernes, armés de. leurs sondes, ont pu- tracer l’ancien rivage, encore existant sous la mer, de ce vaste « plateau franco-anglo-irlandais » aujourd’hui englouti à une profondeur minime de 200 mètres.
Ces golfes submergés, ces estuaires, ces montagnes noyées, qui prolongent les monts anglais de Wicklow, sont d’ailleurs bien connus des pêcheurs qui les nomment : Petite et Grande Sole, trou aux Raies, banc Labadie, banc Melville.
Au milieu de ces plaines franco-anglaises, la Seine coulait jusqu’au large de Brest. Le Rhin recevait la Tamise à gauche, l’Elbe à droite, et allait finir au voisinage de la Norvège ; ce fleuve énorme traversait le plateau, aujourd’hui sous-marin, du Dogger-Bank, d’où les filets des chalutiers ramènent au jour de formidables ossements de mammouths !
Bien mieux : ce Rhin préhistorique, cette Seine submergée coulent encore ! Des mesures méthodiques de salure, exécutées à la bouteille Nanssen, ont permis de repérer le cours sous-marin de ces eaux douces qui suivent le lit ancien en ne se mélangeant que très lentement aux eaux salées ambiantes. Ainsi s’expliquerait que tels saumons bagués, descendus à la mer, remontent fidèlement dans le même fleuve : c'est qu'en réalité ils ne l’ont pas quitté !
Pour certains poissons, tels que les thons rouges, le Pas- de-Calais est une réalité géographique encore peu digne de confiance : pour se rendre de la Manche dans la mer du Nord, ils font le tour par l'Ecosse !
Reverrons-nous ces territoires engloutis, ces villes d’Ys aux cloches de rêve ? Cela n’est pas impossible ; au temps de Jules César, on accédait à pied sec dans une partie des îles anglo-normandes: puis les côtes ont continué à s’abaisser jusqu'au temps de Charlemagne. Depuis l’an 800, la bascule est repartie en sens inverse et, d’ici deux ou trois mille ans — bien peu dé chose dans l'histoire de la Terre ! — l’Angleterre pourrait bien se retrouver soudée au reste de l’Europe.
Ce jour-là, les descendants de M. Baldwin pourront répéter avec une incontestable évidence : «Notre frontière est sur le Rhin » !