lundi 29 août 2011

Le Tunnel de Gibraltar


Couverture

Les amateurs d'anticipation ancienne connaissent Le Tunnel de Gibraltar du Colonel Royet (Collection Le Live National, série Bleue, n° 494, éditions Tallandier, 1933).
S'il s'agissait de science fiction, ce tunnel est pourtant inspiré par des projets qui furent dans l'air dans les années 1930 comme en témoigne cet article paru dans une très sérieuse revue géographique:



Le Tunnel de Gibraltar

Le Tunnel de Gibraltar. — Le gouvernement espagnol a estimé que la construction du tunnel sous le détroit de Gibraltar était la suite logique de la pacification du Maroc espagnol, maintenant réalisée.
Le mois colonial et maritime nous apprend qu'un comité d'études a précisé son programme qui comporte tout d'abord l'étude des fonds-marins du détroit, la détermination, d'une zone dont la' roche offre toute garantie au point de vue de l'étanchéité et enfin l'évaluation du coût des travaux. Après ce travail de base, les spécialistes envisageront l'importance économique que peut avoir le tunnel, la nature des services qu'il peut rendre au point de vue militaire et commercial.
Les travaux de la première tranche ont commencé sur la côte espagnole, à Tarifa, où un puits d'un diamètre de 0 m. 60 a été foré jusqu'à 100 mètres de profondeur. Il sera poussé, comme celui de Tanger dont l'ouverture est prochaine, jusqu'à 500 mètres, dépassant ainsi de 100 mètres le plus grand fond du détroit.
On ne peut comparer le projet du détroit de Gibraltar à celui du tunnel sous la Manche. Les fonds sont très supérieurs au sud de l'Espagne, mais la nature des roches paraît y être plus favorable au percement. Il va sans dire que le projet espagnol intéresse le Maroc français. Déjà le sud-express conduit nombre de touristes craignant la mer jusqu'à Gibraltar, d'où le bateau les mène à Tanger.
De Tanger à Rabat ou à Fez, on circule dans des trains très confortables ou en autos sur une route très bien aménagée. La création du tunnel poursuivrait le passage interrompu d'Europe en Afrique. Outre les voyageurs, nombre de marchandises emprunteraient cette voie rapide et sûre. Le projet espagnol eût pu, il y a quelques années, être taxé de chimérique. Mais quand on observe ce que nos voisins ont réalisé depuis quatre ou cinq ans au Maroc espagnol, on est forcé de convenir qu'il y a chez eux quelque chose de changé et qu'ils peuvent apporter à la réalisation de leur œuvre sous-marine le même esprit de méthode.

Bulletin de la Société de Géographie de Toulouse, n°62 (nouvelle série), janvier 1930, p. 167

dimanche 28 août 2011

Maurice Limat, A.117 a disparu

Maurice Limat n'est pas inconnu des amateurs de Fleuve Noir Anticipation. Il a commencé sa carrière chez Ferenczi avec de petits romans inégaux mais dans lesquels il faisait preuve d'une imagination débordante.

A.117 a disparu (Mon roman d'aventures, n°289, Editions Ferenczi, 1954) a pour cadre un monde où les Terriens ont exploré le système solaire et rencontré les Martiens, Vénusiens (qui ont partagé des techniques permettant de traverser tout le système solaire en à peine un mois), Neptuniens (dont la plupart des habitants sont de demi-sauvages),...
Un jeune lieutenant, Lionel, est chargé par le système solaire d'enquêter sur la disparition de plusieurs astronefs entre Neptune et Pluton, la dernière concernant A.117. Le navire interplanétaire La Flamme découvre les restes de l'A.117 avec à son bord un Martien, Korgas, qui semble devenu fou. Il mentionne une planète absorbant tout. Justement une "nova" (au sens d'une planète en formation ici) est là et met en péril la sécurité de La Flamme. Korgas parle aussi de Xanthia et de son fils. Lionel comprend qu'il est possible qu'il y ait des survivants sur la planète en formation dont le sol est mi-liquide (de la lave en cours de refroidissement), mi solide (une région montagneuse).  Avec une petite équipe, il se rendent sur place, doivent lutter conter le puissant champ électro-magnétique de la planète, parviennent à se poser et démasquent le Martien qui a en grande partie menti.

Space operette dans laquelle la rigueur scientifique n'est pas de mise, A.117 a disparu nous montre des astro-miniatures, des pistolets désintégrateurs, des superradars, des hyper-téléscopes,... Tout un appareillage qui irait fort bien dans les ray-gun stories ! et une planète qui refroidit tellement vite que quelques temps après le début de leur robinsonnade, les protagonistes découvrent une fleur!

Si le mouvement Raygun revival vous intéresse, allez faire un petit tour ICI.

Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei.

samedi 27 août 2011

Emmanuel Gorlier, Nyctalope! L'Univers Extravagant de Jean de La Hire


Le Nyctalope est le premier super-héros au monde! Eh oui, il possède la double identité/vie (Léo Saint -Clair et le Nycatolpe), le super-pouvoir (il voit la nuit (1)) et un costume de justicier. Emmanuel Gorlier (et l'équipe de Rivière Blanche) lui consacre un ouvrage parmi les Hors séries. On ne peut que succomber à la tentation. Même si Jean de la Hire semble bien avoir été un sale type (Mattiheu Letourneux qui a travaillé sur des archives l'affirme), certaines de ses oeuvres sont importantes dans l'histoire de la science fiction française.
- Je m'appelle Léo Saint-Clair.
- Le Nyctalope! Mon Dieu! s'exclama la jeune fille. Le héros de l'aventure de la Forêt Noire et du pôle Nord contre ce monstre humain que l'on appela Lucifer! Le héros de l'exploration de la planète Mars!


Jean de La Hire (1878-1956) fut, en son temps, l'un des romanciers les plus de populaires de France, écrivant plus de cent livres par an, certains tirés à 100.000 exemplaires, parcourant la France dans sa voiture de sport signant des autographes. Le personnage de Léo Saint-Clair, Le Nyctalope, qu'il créa en 1910, est, avec sa vue surhumaine, son coeur artificiel, ses pouvoirs occultes et son superpatriotisme le premier super-héros de la fiction populaire.

Cet essai d'Emmanuel Gorlier, amplement illustré de reproductions de couvertures et d'illustrations d'époque, rend hommage à et révèle tous les secrets de cet auteur et de cette prodigieuse saga littéraire, oubliée aujourd'hui.


Le livre inclut un court roman de Jean de La Hire paru en journal en 1942 et jamais réédité depuis, un article de Brian Stableford sur Le Mystère des XV et une nouvelle inédite d'Emmanuel Gorlier.


TABLE DES MATIERES:
Intro: Qui est le Nyctalope ?
Biographie de Jean de la Hire
Bibliographie du Nyctalope
Galerie de couvertures
Résumés critiques des Œuvres
Biographie du Nyctalope
Principaux personnages du cycle
Le Nyctalope et son époque
Les super-héros selon Jean de La Hire
Documents:
Brian Stableford : Préface et postface à l'édition américaine du Mystère des XV
Jean de La Hire : L'Enfant Perdu
Jean-Marc Lofficier: Marguerite
Roman Leary : Le Cœur d'un homme
Emmanuel Gorlier : Crépuscule (inédit)


(1) Henri Vernes a sans doute lu les aventures du Nyctalope car il donne cette même caractéristique (moins prononcée) à son héros Bob Morane.

vendredi 26 août 2011

La Brigade Chimérique, aux confins du merveilleux scientifique

La confrérie du radium communique:



Aux Confins du Merveilleux-scientifique est un recueil d’aides de jeu, de nouvelles et de scénarios indépendants qui vous transporte dans les années 1930 superscientifiques ! Ces textes hauts en couleur respectent la délicate formule du radiumpunk : s’y mêlent ainsi l’Histoire, la littérature feuilletonesque, la culture populaire, les surhommes, la politique internationale, la science-fiction d’antan, etc. Tous ces ingrédients, et bien plus encore, font de la Brigade chimérique un univers original et passionnant.
Découvrez les Confins du Merveilleux-scientifique :
• La Chasse au Radium, une mini-campagne qui emmène les personnages au plus profond de l’Océan atlantique dans une chasse au trésor effrénée !
• Cinq scénarios couvrant toutes les années 1930 : L’Héritage de la Reine du Radium, Les Griffes de Paris, La Croix du Sud, La Frontière rouge et Les Derniers Dévots.
• De nouvelles factions et organisations historiques : La Cagoule, Le X-Club ; ou issues de la littérature populaire : La Ligue Fantômas, La Maison aux Rideaux rouges.
• Par-delà des Chemins Oubliés : un tour d’horizon des pays de l’époque aujourd’hui disparus, de l’île des Amazones à la Vallée Perdue de Xanadu.
• De nombreux articles du magazine Superscience & Vie, dévoilant les secrets de la superscience de cette période.
• Trois nouvelles de Maurice Renard, l’un des plus grands auteurs de romans scientifiques – et l’inventeur du terme « merveilleux-scientifique » : Le Brouillard du 26 octobre, M. d’Outremort gentilhomme physicien et l’Homme au corps subtil.
- Et bien d’autres choses encore…
Aux Confins du Merveilleux-scientifique est le second supplément officiel pour la Brigade chimérique – l’Encyclopédie et le Jeu, adapté de la bande-dessinée parue aux éditions L’Atalante.

Sortie prévue: octobre 2011

jeudi 25 août 2011

Capitaine Ricardo, Révolte sur Urtus

Voici un fascicule qui pose problème dès la couverture. Nous avons quitté Victor Vincent et ses amis à la fin de La Reine des montagnards sur Urtus et nous trouvons sur la couverture le titre Révolte sur Ursus. Aurait-il changé de planète? Que nenni, il s'agit simplement d'une erreur. Comme quoi...

Victor Vincent et ses amis aide la princesse Latina, fille du roi Horlace, dans la lutte contre la méchante Karama sur la planète Urtus. Dans le même temps, des intriogues de palais ont lieu dans l'entourage de Karama qui est vraiment méchante même avec les siens. Ortis, une manière de premier ministre, décide de la destituer (à son profit bien sûr). Il condamne Goro, coupable de venir en aide aux Terriens et à la princesse Latina aux noms des valeurs humaines. Ortis sait manipuler les foules et tient ces propos:
" Sujets de la reine Karama, je connais votre sort et je sais qu'il est malheureux. Vous vous attendez encore une fois à l'une ou l'autre loi, qui menacera un peu plus votre existence. Il n'en est rien. Les heures qui vont suivre seront des heures historiques dans ce royaume. J'ai à vous parler. J'ai à vous dire des choses que vous comprendrez. Toutefois, je ne vous les dirai pas ici. Que ceux qui aiment la liberté, que ceux qui aspirent à vivre en hommes et non en bêtes humaines me suivent!"
Avec pareil discours, on lève le peuple et on l'entraîne dans la révolte contre la tyrannie... même si c'est pour en établir une nouvelle.
Emprisonnée, Karama pourrait devenir une alliée des Terriens mais... le complot d'Ortis a été déjoué et sa dépouille est amené aux pieds de la reine cruelle. Sa parole n'a guère de valeur ety nos amis risquent bien d'être condamnés à leur tour!
Comme l'image le laisse entendre, cet épisode à une forte saveur de Guy L'Eclair... Un plagiat de plus pour le Capitaine Ricardo!

Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei

mercredi 24 août 2011

Communiquer avec Mars

Dans sa "Causerie" du 17 juin 1900, Jacques Mauprat entretient les lecteurs du Progrès illustré des possibilités de communiquer avec les habitants de la planète Mars et des questions que soulèveraient les échanges entre les deux mondes. Le sérieux scientifique (on croit encore possible une vie martienne assez comparable à celle de la Terre) le dispute à la fantaisie dans ce petit texte.

Depuis quelque temps les astres semblent jouer à cache-cache. Il y a trois semaines c'était le soleil qui, par un bel après-midi, se livrait à ce petit jeu, et dans la nuit de mardi à mercredi dernier la lune s'offrait à son tour le même amusement. Cette fois par exemple l'éclipse a été plus complète qu'on ne pensait, un épais rideau de nuages nous ayant masqué complètement les péripéties du phénomène, peu important d'ailleurs et qui au surplus n'aurait pu être observé qu'avec de puissants instruments d'optique, ce qui nous a permis de ne pas partager les regrets que les astronomes ont dû éprouver de ce contre- temps.

Mais enfin, l'éclipse annoncée s'est produite tout de même, et l’'on a pu vérifier ailleurs l'exactitude des formules servant à prédire les mouvements célestes, et cela nous suffit. La science astronomique est une belle chose ; avec elle il n'y a pas de surprise ; ce qu'elle annonce se réalise ponctuellement, à la minute, à la seconde même; il n'y a pas d'exemple qu'un astre se soit permis de déjouer les calculs des astronomes et de manquer, ne fût-ce que d'un instant, au rendez-vous qu'ils lui avaient assigné. Que de gens n'en pourraient dire autant!

Par contre, on nous a fait depuis quelques années une promesse qui ne s'est pas réalisée encore. On nous avait promis la lune a un mètre ; mais quelle que soit la puissance des instruments qui devaient nous rendre témoins de ce merveilleux spectacle il ne paraît pas qu'on ait sensiblement approché du résultat attendu. Ce sera donc pour plus tard, si toutefois on y arrive jamais, ce qui n'est pas prouvé du tout.

En attendant cet heureux jour où on pourra voir, comme si on y était, ce qui se passe dans notre satellite, d'autres savants s'occupent de recherches bien plus curieuses encore, et l'un d'eux ne parle rien moins que d'établir des communications entre la Terre et la planète Mars.

Convaincu que cette dernière planète est habitée par des êtres d'une intelligence au moins égale à la nôtre, il a entrepris une série d'écrits et de conférences afin de développer cette idée, et il cherche à réunir une souscription pour réaliser son projet. De vastes triangles lumineux seraient établis sur certains points ; les Martiens, s'il y en a, verraient ces figures géométriques, et comme ils ne doivent pas être en retard sur nous pour les sciences exactes, ils comprendraient et nous répondraient par des signaux analogues. On leur ferait alors des signaux d'une autre forme, ils continueraient à comprendre, et ainsi s'établirait entre eux et nous un nouveau système de télégraphie sans fil. De là à leur transmettre des dépêches pour savoir le temps qu'il fait chez eux et tout ce qui s'y passe d'intéressant, il n'y aurait qu'un pas, qui serait vite franchi.

Voyez-vous nos grands quotidiens publiant régulièrement des nouvelles de la planète Mars ! Les mieux informés n'hésiteraient pas à s'y faire représenter par des correspondants particuliers qui nous tiendraient au courant de tous les événements importants dont ce monde lointain doit être le théâtre. Le paiement des appointements n'irait pas sans offrir quelque difficulté, faute d'un service des postes interplanétaire ; mais il serait aisé de tourner la difficulté ; ces correspondants seraient rétribués au moyen d'un échange équivalent d'informations, et ils n'auraient plus dès lors qu'à porter leur bonne copie aux journaux de là-haut, qui s'empresseraient d'accueillir toutes les nouvelles de nature à plaire à leurs lecteurs.

Les correspondants actifs pourraient se faire de jolis appointements avec ce travail, car il est bien certain que les dépêches, ainsi transmises à travers l'espace, seraient lues avidement des deux côtés, dans les premiers temps surtout, à cause de la nouveauté du fait. Et comme nous sommes mutuellement très mal renseignés sur ce qui se passe dans nos deux mondes, on aurait joliment de choses à se dire pour se mettre au courant de tout.

D'abord, comment sont-ils faits, ces bons Martiens? Ont-ils comme nous le nez au milieu du visage ? Portent-ils des vêtements ou vont-ils complètement nus ? Quelle est leur forme préférée de gouvernement ? Ont-ils comme nous des femmes charmantes qui les adorent... ou qui les trompent ? Ils ont l'air... martial, naturellement, mais sont-ils batailleurs ou pacifiques? Question intéressante à trancher, car il s'agirait tout d'abord de savoir si nous avons eu tort ou raison de les placer sous l'égide du dieu de la guerre.

Aiment-ils le spectacle, la comédie, la musique ? S'adonnent-ils aux apéritifs ? Ont-ils des chevaux pour traîner leurs fiacres, ou font-ils de l'automobilisme, et alors écrasent-ils aussi fréquemment leurs concitoyens qu'on le voit chez nous ? Les femmes enfin portent-elles la culotte, ou si c'est le sexe barbu? Mais au fond, les Martiens ont-ils seulement de la barbe ?

Autant de questions importantes auxquelles nous les prierions de répondre, tout en nous mettant à leur disposition pour tous renseignements dont ils auraient besoin pour être bien et dûment fixés sur notre compte. Faisons donc des vœux ardents pour la réalisation de l'admirable projet dont nous venons de faire miroiter les nombreux agréments, et, en attendant, laissons tourner le monde.

Jacques Mauprat

Source du texte: Presse lyonnaise sur le site de la Bibliothèque Municipale de Lyon

Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei et du Défi martien de Guillaume.

mardi 23 août 2011

Jouons avec les illustrations anciennes

A quoi peut bien servir l'appareil que l'on trouve sur cette image?



Réponse mardi 30 août! d'ici faites vos propositions dans les commentaires

Louis Desnoyers, Les Aventures de Robert-Robert (2)

Les aventures amphibies de Robert-Robert et de son fidèle compagnon Toussaint Lavenette est un roman de Louis Desnoyers régulièrement réédité pendant plus d'un siècle. Si c'est avant tout un roman d'aventures maritimes, il comporte deux fragments relevant de l'anticipation et de la littérature de l'imaginaire. Le second est un appendice: « Petit voyage de l'innovation à travers la routine de la Terre, pour faire pendant au grand voyage de Laroutine à travers la Lune. Un songe creux de Robert Robert en 1832. Paris civilisé » qui nous entretient d'un Paris anticipé (nous y reviendrons) dans lequel on trouve par exemple des véhicules fonctionnant sans chevaux: des automobiles. Le premier, sur lequel nous allons nous arrêter, a pour titre « L'histoire fantastique de mon cousin Laroutine et de son grand voyage au fin fond de la Lune ». Pour distraire ses compagnons de voyage (à bord de La Rapide les voyages maritimes sont tout de même longs), l'imaginatif Lavenette raconte ce conte, le présentant comme une histoire de famille.
Couverture

Laroutine est moqueur. Il raille sans cesse ses contemporains à propos de tout et de rien. Lors d'une exhibition aérostatique au Champ de Mars, il remplace à lui seul l'équipage malade d'un ballon contre la moitié de la recette de l'attraction. Cependant le gaz était prévu pour cinquante-sept et non pour un seul homme. Malgré ses demandes insistantes pour descendre, le voici emporté. Mais alors que le personnage de Voyage au Ciel de Samuel Henri Berthoud voulait monter plus haut que l'éther, Laroutine souhaite plutôt que l'expérience cesse. L'ascension est très rapide et le ballon se retrouve bientôt entre la Terre et la Lune, à l'exact équilibre des forces. S'agitant dans la nacelle, Laroutine donne involontairement une secousse qui le pousse vers l'astre de la nuit. De là-haut, notre voyageur découvre des régions variées baignées dans des airs suaves. La descente est douce et Laroutine alunit sur « un magnifique diamant, presque taillé à pic, des larges flancs duquel, au milieu d'arbres violets, portant naturellement des pruneaux confits, s'échappait un torrent qui avait la couleur, le goût et la saveur du lait de nos pays ». Ce premier contact donne le ton du voyage lunaire de Laroutine.
Le voyage sur la lune est une fantaisie - dont nous n'abordons que quelques éléments - dans laquelle les sélénites usent d'une monnaie inverse à la nôtre (des « napoléons en fer » et des « centimes en argent »), changent de souverains une douzaine de fois par an (c'est le plus lourd qui est élu), l'éducation est gratuite, n'agiotent pas à la Bourse, … Pourtant la Lune n'est pas épargnée par les conflits quand les ambitions de deux souverains s'affrontent mais les combtas sont dignes de la guerre picrocholine et l'on se bat à coups de bonbons opiacés, de flots de vin muscat ou de poil à gratter.

Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei 


Illustration: Louis Desnoyers, Le Voyage dans la Lune, collection Hypermondes n°3, Editions Francis Valéry, 1981 (tirage limité à 250 exemplaires.

lundi 22 août 2011

Stanley G.Weinbaum, "Une odyssée Martienne" (1934 )

Deuxième incursion dans le monde des pulps d'ArchéoSF après "La conquête de Gola" de Leslie F. Stone avec cette nouvelle publiée dans Les meilleurs récits de Wonder Stories. "Odyssée martienne" est sans doute la nouvelle de  Stanley G.Weinbaum la plus rééditée en France.
CouvertureLa question de l'intelligence extraterrestre est au coeur du texte. Il rejoint en cela des romans plus anciens comme Les navigateurs de l'infini (1925) dans lequel Rosny Aîné nous montrait des êtres intelligents issus d'autres règnes qu'animal.
Pour communiquer avec une espèce de Martien (nommé Tweel), l'explorateur Jarvis - victime d'un accident mécanique, il doit rejoindre le reste de l'équipage -  utilise les mathématiques, l'algèbre même, qui sont un langage universel vu de la Terre (rappelons que c'est l'un des présupposés qui amena les Américains à mettre des vidéodisques dans Voyager 1 & 2). Cette communication permet à l'astronaute de déjouer les pièges martiens: tous les Martiens ne sont pas mus par des intentions pacifiques, certains veulent juste manger.
Ici pas d'humanoïdes ni de petits hommes verts mais des formes de vie surprenantes, qu'elles soient organiques ou minérales.

Cette nouvelle est classée parmi les meilleures de la SF américaine et obtint la seconde place lors d'un vote en 1970 des "Science Fiction Writers of America" pour la meilleur nouvelle de SF de tous les temps (elle ouvre l'anthologie "The Science Fiction Hall of Fame Volume One, 1929-1964.")


Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei et du Défi martien de Guillaume.

dimanche 21 août 2011

Marius Brubach, "Guerre astrale" (poésie)

Il existe peu d'anthologie de poésie conjecturale. Je connais le recueil La terre est bleue comme une orange publié en 1986 par les éditions ouvrières sous la direction de Pierre Ferran et qui rassemble 150 poèmes d'une centaine d'auteurs de toutes époques et quelques parutions de poèmes ici ou là mais c'est assez peu finalement.
Pour modestement combler ce manque, voici le poème "Guerre Astrale" de Marius Brubach paru en 1931 dans la revue La Proue:




Les Martiens s'en vont en guerre

contre les Jupitériens.
La peur fait trembler la Terre;
et les Saturniens
jappent comme de bons chiens
de bons chiens militaires.
Dans l'ombre, les Mercuriens
aiguisent les cimeterres,
et ils s'en trouvent fort bien...

Loin des « bêê » et des « coin-coin »,
bien tranquille dans son coin,
rêve un poëte lunaire.
Passe un général solaire
tout chamarré de lumière,
caparaçonné d'airain
depuis le nez jusqu'aux reins.
Avisant notre Lunaire,
il le traite de crétin,
d'embusqué, de propre-à-rien,
de révolutionnaire!

Le Lunaire répond « – Ut »
en grattant sa guitare.
Le général comprend « Zut ! »
et déclanche la bagarre.
Le Lunaire est fusillé
sans tambour ni trompette.
Puis les représentants de toutes les planètes
sont conviés,
sous le contrôle-haut du général solaire
à se réconcilier
sur le dos des Lunaires...

Mais le poëte s'en rit !
A l'état de pur esprit,
il vogue loin des guerres,
et laisse Les Alliés,
entre eux, se débarbouiller,
lui qui t'est tiré d'affaire.

Et, sur sa guitare, il chante.
Il chante « Je n'aime rien
« tant qu'une blonde aux yeux de clair-de-lune,
« même si la blonde est brune,
« du moment que sa lèvre au signe vénusien
« me lance, à travers l'espace,
« le Rêve dont elle m'enlace ·
« Et j'aime aussi les voyages
« et les cosmiques paysages
« vus par la lorgnette lyrique
« du projecteur métaphysique !
« Chanter ce double cantique,
« telle est ma noble tâche !
« Et j'aime, à tous les échos,
« le crier de bas en haut,
« afin qu'on le sache,
« car si je suis un héros,
« moi, je ne suis pas un lâche »



Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei (parce que ça manquait cruellement de poésie ;-) )



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vendredi 19 août 2011

Galaxies Science-Fiction Hors Série Belgique

Le Hors Série 2011 de Galaxies Science-fiction est consacré à la SF belge.

Au sommaire, on trouve quelques morceaux de choix pour les amateurs d'anticipation ancienne (ou à l'ancienne) notamment avec un arrêt sur Bob Morane (l'une des séries que je lis toujours avec plaisir) et sur Victor Vincent, personnage né sous la plume du Capitaine Ricardo (régulièrement évoqué sur ce site):
  • Dossier : la filière belge
    • Editorial
    • Luc Schuiten
    • La possibilité d’une science-fiction - Dominique Warfa
    • Hommage à Alain le Bussy - Pierre Gévart
    • La SF francophone et moi - Alain le Bussy
    • Entretien avec Alain le Bussy
  • Nouvelles
    • La dernière danse avec la mort - Alain le Bussy
    • Moi, Elmyr Schatz, en ma vie infinie - Alain Dartevelle
    • Service des rebuts - Serge Delsemme
    • Une rose morte au fond du glacier - Anne Smulders
    • D’une gare à l’autre - Christian Simon
    • Pertes de mémoire - Adriana Lorusso
    • Fracture de temps dans la tour de l’espoir - Frank Roger
    • Prévenu - Odile Kennel
    • Micronouvelles - Vincent Bastin
  • Petit aperçu de la BD belge - Alain Dartevelle
  • Jacques Sternberg - Odile Kennel
  • Bob Morane et la Science-fiction - Michel Vannereux
  • Interview d’Henri Vernes - Hugo van Gaert
  • Les aventures de Victor Vincent - Philippe Ethuin
  • Quizz du Groupe Rempart
Pour commander ce numéro, rendez-vous sur le site de Galaxies Science-Fiction

mardi 16 août 2011

Capitaine Ricardo, La reine des Montagnes

Les Nouvelles aventures de Victor Vincent semblent ne jamais pouvoir avoir de fin. Sans cesse, plus ou moins adroitement (souvent moins que plus), le capitaine Ricardo fait rebondir les intrigues, ajoute de nouveaux personnages, de nouvelles péripéties, plus délirantes les unes que les autres. Nous avions laissé Victor Vincent, pilote de la RAF mais... belge, avec ses amis sur un nouveau satellite de la terre mis en orbite par des Nazis revanchards (rien qu'avec ces quelques lignes, on sent poindre le nanar de première catégorie, voir la chronique de Futura City). Alors qu'ils triomphent, manque de chance, La Reine des Montagnards les capturent. Elle est Karama, reine d'Urtus, petite planète grande comme la Lune, où les "humains" ne peuvent véritablement vieillir et sont condamnés à mourir jeune. Les savants d'Urtus ont l'idée de kidnapper quelques Terriens pour découvrir le secret de la vieillesse. Forcément, ça tombe sur Victor Vincent et ses amis. Avec bon sens, Morrison beugle: "Le meilleur moyen de vieillir, c'est de ne pas mourir, hell and devil!".
J'ai déjà exprimé tout le bien que je pensais des qualités littéraires de Gustave van Loo (nom véritable de l'auteur signant Capitaine Ricardo) lui reconnaissant cette capacité incroyable à synthétiser tout ce que les séries B ont de meilleur. L'univers ici décrit participe de cette synthèse naïve et par bien des côtés surréalistes. retenons une nouvelle fois la belle couverture de Fred Funcken avec ces vaisseaux spatiaux-traîneaux, ces combinaisons rouges et ces deux rayons laser colorés!



Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei


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lundi 15 août 2011

Leslie F. Stone, "La conquête de Gola" (1931)





Couverture


J'aborde rarement la science fiction américaine ici. Non pas que je n'en lise pas ou que je ne l'aime pas mais parce qu'il me semble que c'est un domaine fort souvent évoquée et globalement bien balisé contrairement à la science fiction française.


"La conquête de Gola" fut publié dans Wonder Stories et l'on doit à Jacques Sadoul de pouvoir la lire en français dans l'anthologie Les Meilleurs récits de Wonder Stories.
Comme d'autres publications de l'époque, nous sommes en 1931, Wonder Stories est un pulp proposant divers textes de science fiction, plus ou moins bons. L'anthologie nous propose donc le meilleur de la production. Intéressant car Wonder Stories était dirigé par Hugo Gernsback, celui qui a forgé l’appellation Science fiction dans l'éditorial du premier Wonder Stories, et dont le prénom donne le nom d'un des plus prestigieux prix mondiaux du genre SF.

Leslie F. Stone n'a été à ma connaissance traduite qu'une fois en français. Cette nouvelle "La conquête de Gola" nous montre des Terriens, hommes (appelés les Detaxaliens), tentant de conquérir une planète dominée par des êtres féminins qui tiennent en esclavage la part masculine. Leslie F. Stone est de toute évidence féministe, ce qui détonne un peu dans le milieu SF de l'âge d'or. Jacques Sadoul précise dans sa présentation: "il s'agit de la première histoire de science-fiction où une femme réclame pour son sexe le droit au plaisir et à la liberté sexuelle".  Pour l'époque, il était plus commode de livrer une histoire se déroulant sur une planète lointaine pour avancer ces idées. Il n'empêche que les femmes de Gola sont de redoutables guerrières, très bien équipées technologiquement et que les Terriens ont trouvé leur maître (ou plutôt maîtresse mais le mot a alors une signification équivoque). Pourtant ces habitants de Detaxal pourraient bien être au goût des habitantes de Gola. 
wonder stories April, 1931


Le miroir exotique de la planète lointaine permet, en renversant l'ordre de choses, de poser la question de la place des femmes dans la société américaine de l'époque. Par bien des côtés,  les thèmes abordés dans "La conquête de Gola" restent d'actualité.
Les curieuses (et curieux) pourront se référer à l'essai de Batya Weinbaum "Sex-Role Reversal in the Thirties: Leslie F. Stone’s “The Conquest of Gola”" publié dans Science Fiction Studies e
n 1997 et disponible ICI (en anglais).
Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei 


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dimanche 14 août 2011

Eugène Fournière, Chez nos petits-fils (1900) : un extrait en téléchargement

Eugène Fournière a laissé une oeuvre politique importante. On lui doit aussi une utopie intitulée Chez nos petits-fils dans laquelle il imagine en 1900 une utopie d'inspiration socialiste à la fin du XXe siècle.

Quelques mots à propos de l'auteur extraits du Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 de J. Joly (source: base de données de l'Assemblée Nationale):


Né le 31 mai 1857 à Paris, mort le 6 janvier 1914.
Député de l'Aisne de 1898 à 1902.Après avoir fait ses études primaires à Ottange, en Lorraine, Eugène Fournière gagna Paris où il devint bientôt maître de conférences à l'École polytechnique, professeur au collège libre des sciences sociales et aux Arts-et-Métiers, et conseiller municipal d'Arcueil. Il se lança alors dans la vie politique en collaborant aux journaux socialistes. Directeur de la Revue Socialiste qu'il avait fondée avec Benoît Malon, il prit place parmi les théoriciens les plus écoutés du jeune parti.Conseiller municipal de Paris pour le XVIIIe arrondissement (quartier de Clignancourt) depuis 1894, il se présenta aux élections législatives de mai 1898 dans l'Aisne, où il fut élu dès le premier tour député de la 2e circonscription de Vervins, en totalisant 6.123 voix contre 5.582 pour le député sortant, M. Moret, républicain modéré.A la Chambre il déploya une grande activité en faveur d'une politique pacifiste mondiale, contre les écoles congréganistes, les ouvroirs-orphelinats religieux appelés « Bons pasteurs ». Candidat socialiste aux élections de 1902, il fut battu dès le premier tour par le candidat nationaliste, le comte Caffarelli, n'ayant recueilli que 5.001 suffrages contre 7.487 à son adversaire. Il se consacra dès lors à ses tâches de président de l'École du journalisme et de l'Association pour l'enseignement du travail et de l'hygiène sociale et de membre de la Société de sociologie. Il publia de nombreux ouvrages.Il mourut le 6 janvier 1914. Il était âgé de 57 ans.



ArchéoSF vous propose un extrait de Chez nos petits-fils dans la section "téléchargement" avec  le chapitre II "Le coin des ancêtres".
source du texte: Gallica

vendredi 12 août 2011

André Héléna, la Planète des Cocus

Tout commence par une superbe illustration de Jef de Wulf:
Couverture

Et nous voici plongés dans un monde si loin et si proche de notre bonne vieille Terre.
La planète des cocusAndré Héléna n'est guère connu pour être un auteur de SF. Père avec Léo Malet du roman noir français, il fut à la fois génial et considéré comme un tâcheron par les éditeurs. Léo Malet a connu le succès tardivement, André Héléna n'a pas eu cette chance. Ses oeuvres sont pourtant régulièrement rééditées et ce fut le cas en 2010 de La Planète des cocus (éditions E/DITE). Bizarrement le livre est souvent mal classé chez les libraires, on le met en polar, rarement en SF.

Il semble donc nécessaire de préciser certains points et de se demander de quelle manière André Héléna use de la science-fiction.

Un truand, Pierrot le tordu, poursuivi par la police française, trouve refuge auprès d'un professeur souhaitant quitter la Terre à bord d'une fusée. L'affaire est rapidement entendue et nos deux héros se retrouvent sur une planète lointaine espérant y trouver la paix. Manque de chance les humains qui y vivent ont les mêmes défauts que les Terriens: les dirigeants veulent dominer le monde, les affaires sont les affaires, les blocs politiques les blocs politiques et l'humanité est très humaine, trop humaine. Ecrivant comme ses pieds des textes incompréhensibles Pierrot devient le plus grand écrivain de sa planète d'adoption. Il prend une pose politique qui le conduit à avoir admirateurs et ennemis. Invité dans le camp d'en face, il voit que ce n'est guère mieux (totalitarisme, totalitarisme...). Rejeté par les uns et par les autres mais avec le professeur comme compagnon fidèle, il arpente la planète à la recherche d'un havre de paix. Est-ce si facile? Candide pouvait finir par cultiver son jardin mais quand les hommes possèdent la bombe atomique c'est beaucoup plus difficile. Tandis la planète est menacée d'explosion, le bon sens populaire affirme: « les survivants seront les maîtres du monde », c'est à désespérer de l'espèce humaine...
Alors que Voltaire faisait descendre Micromégas sur Terre, André Héléna, dans ce pamphlet qui n'épargne aucun des camps, envoie nos bonshommes sur une planète lointaine. Le résultat est le même: dénonciation acerbe des travers de l'humanité. Derrière le masque de la SF, alors à la mode en France avec le débarquement massif de la SF américaine, Héléna nous livre une belle satire... car la SF sert aussi à faire réfléchir et les mondes lointains sont souvent les masques de nos petites vies terriennes...

Edition originale: La Planète des cocus, Le Crépuscule, Editions Armand Fleury, 1952
Réédition E/DITE, 2010
Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei

summer+star+wars.jpg (215×203)

Source de l'image 

mercredi 10 août 2011

Une critique de Le Sous-marin Jules Verne de Gustave Le Rouge par Bernard Blanc

Le sous-marin « Jules-Verne » (Gustave Le Rouge, Gustave Guitton, 1902)A la fin des années 1970 fut lancé le magazine Futurs, le magazine de la science-fiction. Des auteurs, nombreux, y furent publiés. Futurs comportait aussi une partie encyclopédique (des fiches sur des films, des essais littéraires,...) et une série de chroniques sur les nouveautés. Francis Lacassin dont on connaît le travail opiniâtre pour réhabiliter la littérature populaire, ses héros et archétypes ainsi que la bande dessinée, dirigeait la réédition chez 10/18 de toute une série de textes alors quasiement introuvables: Le Rour de Pierre Souvestre et Marcel Allain ou les oeuvres de Gustave Le Rouge par exemple.
Bernard Blanc chronique ainsi dans le numéro de 4 de Futurs la réédition de Le Sous-marin Jules Verne du génial Gustave Le Rouge.


LE SOUS-MARIN JULES VERNE
Gustave Le Rouge
(Ed. 10-18 no 1245)

Jules Verne n'a malheureusement pas attiré que des assassins (1) ! Beaucoup lui ont rendu de sérieux hommages. La toute récente édition d'un court roman de Gustave Le Rouge, Le sous-marin Jules Verne en est un, et non des moindres.


Il ne nous fait pas changer d'avis sur Jules Verne, mais il permet en tout cas de faire la lumière sur ce mystérieux Gustave Le Rouge, qu'on cite toujours comme grand ancêtre de la science- fiction, mais dont on ne connaît pas assez l'ouvre, pourtant fort belle. Les éditions 10-18, sous l'influence laborieuse et entêtée de Francis Lacassin, veulent rendre à Gustave Le Rouge la place qui lui est dûe, en rééditant ses principaux livres, Le Rouge a beaucoup écrit. Des souvenirs, un roman de cape et d'épée et même un gros traité de cuisine. Près de 80 livres. Le plus intéressant de cette production reste sans conteste l'oeuvre d'anticipation. I1 faut absolument lire les trois volumes d e La Conspiration des Milliardaires, les cinq volumes du Mystérieux Docteur Cornélius et surtout Le Prisonnier de la Planète Mars, suivi de La Guerre des Vampires, une épopée spatiale et ésotérique à côté de laquelle bien des spaces operas contemporains font piètre figure.
Le sous-marin « Jules-Verne » (Gustave Le Rouge, Gustave Guitton, 1902)L'intérêt de la SF de Gustave Le Rouge (qui a suivi de très près un autre pionier sur lequel on ne perd pas son temps à se pencher, Rosny Aîné, dont on lira avec plaisir les Récits de SF et La Force Mystérieuse chez Marabout) est qu'elle se situe toujours dans un cadre réaliste. Le Rouge ouvre ainsi la voie à la science-fiction moderne qui, on le sait, a abandonné l'exploration des planètes lointaines pour ne s'occuper que de la Terre.
l'anticipation scientifique, bien sûr, joue toujours un grand rôle. Mais Le Rouge y ajoute une bonne dose de critique sociale. Il s'attaque, avec une extra- ordinaire véhémence, aux milliardaires américains, dont il fait de terribles caricatures, annonçant leur impérialisme.
Dans Le Sous-Marin Jules Verne l'innocente jeune fille ne pouvait être enlevée que par un Yankee sans foi ni loi, fils de milliardaire, évidemment.
C'est toujours très schématique : Gustave Le Rouge écrit de la littérature populaire. Ses dénonciations ne lui font pas oublier qu'il doit intéresser les concierges. De là ces aventures rocambolesques, ces incroyables inventions, et la peinture détaillée de la passion amoureuse. Tout cela est parfois gros comme un sous-marin, mais d'un comique irrésistible. Pourtant, ce serait faire du mal à Le Rouge que de le réduire à un éclat de rire. Le Prisonnier de la Planète Mars et La Guerre des Vampires révèlent de magnifiques pages où l'épique et la poésie surréaliste se glissent partout, du fond des mers à l'infini de l'espace.
Il faut redécouvrir Gustave Le Rouge.


Bernard BLANC


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Pour aller plus loin: une petite biographie de Gustave Le Rouge sur le site Club Verne de l'Association des Amis du Roman Populaire
Les oeuvres de Gustave Le Rouge sont dans le domaine public et peuvent facilement être lues sur le net.

Les images proviennent du site Mobilis in Mobile consacré au Capitaine Nemo et au Nautilus (qui a repris les images de BDFI).

Couverture
(1) Pour ceux qui ne le sauraient pas, Bernard Blanc a publié un essai/pamphlet intitulé Pourquoi j'ai tué Jules Verne dans la collection Dire, éditions Stock 2, 1978.